Poudreuse, lourde, gelée, glacée, mouillée, humide, plâtrée, roulée, soufflée, crémeuse, collante, croûtée… En français, les épithètes ne manquent pas pour décrire la neige. En finnois, ce sont plus d’une cinquantaine de termes qui permettent d’en qualifier les différentes consistances. Du milieu des années 1890 au début des années 1930, Pekka Halonen (1865–1933) n’a cessé de représenter les différentes nuances de la neige avec quelque mille peintures de paysages représentant l’hiver ou le début du printemps.
Peintre d’extérieur que n’effrayaient pas les températures bien en dessous de zéro, il allait chercher autour de chez lui et dans diverses régions de Finlande les reflets de la lumière sur le blanc. Reconnu pour son exceptionnelle maîtrise, il fit du sujet un terrain d’expérimentation où s’exprimèrent différentes influences – naturalisme, symbolisme, japonisme, fauvisme – sans jamais se départir d’une grande authenticité. Les bottes enfoncées dans le blanc, perdu dans la forêt, au bord d’une rivière ou d’un lac, il était dans son élément.
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Une envahissante couche de neige

Pekka Halonen, Forêt en hiver, Kinahmi, 1923
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huile sur toile • © Lars Engelhardt / PEW.
En 1923, Pekka Halonen se rend à Kinahmi, dans le centre-est de la Finlande. Là, dans les difficiles conditions de l’hiver, il peint une série de paysages où la neige, amoncelée en lourdes couches sur les branches, les rochers, le sol, envahit tout l’espace jusqu’à transformer les forêts en féerie de sculptures abstraites. Dans ces œuvres d’une grande douceur, Halonen déploie tout son art de la nuance en jouant des roses, des mauves, des verts, des bleus et des gris. En 1925, l’artiste offre Forêt en hiver, Kinahmi au prince Eugène de Suède et de Norvège – lui-même peintre, graveur et mécène – qui est venu lui rendre visite dans sa maison-atelier d’Halosenniemi.
De la couleur dans le blanc

Pekka Halonen, Rochers couverts de neige et de glace, 1911
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Huile sur toile • © Finnish National Gallery / Aleks Talve.
Dans les années 1910, influencé par le fauvisme et le néo-impressionnisme, Pekka Halonen opte pour une palette plus colorée et une touche plus visible. Jusqu’alors réputé pour ses paysages de plein hiver, il s’intéresse aux premiers jours de printemps et à leur lumière glaciale qui rend les ombres plus tranchées et accentue les nuances. Rochers couverts de neige et de glace représente la vue qui se déploie juste devant la porte de son atelier. Toute en transparences, la cascade de glace intègre une vaste variété de tons, bleus, roses, violets – jusqu’à l’orange trahissant l’oxyde de fer présent dans l’eau.
Un blanc venu du Japon

Pekka Halonen, Genévrier enneigé, 1917
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huile sur toile • 76,5 × 51 cm. • © Finnish National Gallery / Yehia Eweis.
Dans le courant des années 1890, la vague du japonisme atteint le grand-duché de Finlande et Pekka Halonen, qui a pu voir certaines gravures sur bois chez Paul Gauguin à Paris, n’y échappe pas. S’inspirant des estampes japonaises pour traiter de la nature sauvage de son propre pays, il en reprend aussi certains codes stylistiques : une ligne d’horizon invisible, des plans rapprochés, de longs formats verticaux (kakemono) ou horizontaux (makimono), une composition asymétrique, une palette très pure… Ses toiles empesées de neige chantent une musique unique : celle, cotonneuse et douce, du silence des bois en hiver.
Seul dans la neige

Pekka Halonen, Le Chasseur de lynx, 1900
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huile sur toile • 125 × 180 cm • © Finnish National Gallery / Aleks Talve.
Malgré le froid glacial de l’hiver et les températures négatives, Pekka Halonen peignait dehors, sur le motif, parfois plusieurs heures d’affilée. Dans Paysage d’hiver, Pekka Halonen exploite le côté décoratif des branches ployant sous la neige, tandis que la gamme chromatique restreinte accentue l’impression de silence qui se dégage de la scène. Le Chasseur de lynx a été réalisé en 1900 pour le pavillon de la Finlande lors de l’Exposition universelle de Paris, à l’invitation du peintre Albert Edelfelt. Cette œuvre fut présentée avec La Lessive sur la glace, qui montre une femme lavant son linge en extérieur malgré la rigueur du climat. Conçues en réaction à la période d’oppression vécue par les Finlandais sous le joug du tsar russe Nicolas II, ces toiles exaltent le mode de vie rural des Finlandais.
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Pekka Halonen, Fonte de printemps, 1895
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huile sur toile • © Joensuu Art Museum.
Avec les jours qui s’allongent et les températures qui deviennent plus clémentes, la texture de la neige change. Maniant les gris, les bleus et les blancs avec une extraordinaire habileté, Pekka Halonen n’a cessé d’en explorer les variations. Deux tableaux peints à un an d’intervalle en sont une illustration. Paysage d’hiver à Myllykylä laisse deviner la neige dure et glacée des zones ombragées tandis que Fonte de Printemps restitue l’atmosphère des premières chaleurs qui découvrent les herbes tassées et jaunies par des mois sous le froid. Le talent d’Halonen pour saisir les moindres reflets, à l’instar de ce morceau de ciel bleu à la surface du torrent, y est incomparable.
Du bleu sur le blanc

Pekka Halonen, Les Bouleaux au soleil d’hiver, 1912
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huile sur toile • 75 × 58 cm. • © DR.
Les Bouleaux sous le soleil d’hiver, réalisé en 1912, trahit l’influence du fauvisme et du néo-impressionnisme sur le travail de Pekka Halonen. La touche y est épaisse, plus marquée, les couleurs plus vives et la lumière plus intense, accentuée par les ombres bleues des arbres. L’évolution est notable par rapport à Jour d’hiver, une toile peinte en 1895 à Sortavala, à l’extrémité nord du lac de Ladoga en Carélie. Le tableau renvoie à un épisode de l’enfance de l’artiste au cours duquel, encouragé par sa mère, il libéra un lièvre qu’il avait piégé.
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Pekka Halonen. Un hymne à la Finlande
Du 4 novembre 2025 au 22 février 2026
Petit Palais • Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
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