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Rédaction Paris

Publié le

9 janv. 2026 à 17h51

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes (Ille-et-Vilaine) a placé sous contrôle judiciaire, ce vendredi 9 janvier 2026, un futur policier municipal de la ville de Paris mis en examen pour « viol aggravé par l’administration de substance chimique » sur une « connaissance » à Nantes (Loire-Atlantique). Cet homme de 38 ans doit être normalement titularisé dans les effectifs de la police municipale de la mairie de Paris « fin février 2026 » après y avoir réalisé son année de « stage » dans la fonction publique territoriale.
Mais il y a un an, le 1er janvier 2025, une femme avait porté plainte au commissariat de police de Nantes pour dénoncer ses « viols sous soumission chimique » survenus quelques semaines plus tôt, « courant décembre 2024 ».

Il doit devenir policier dans l’année

Le mis en cause avait accepté d’héberger cette « connaissance » qui s’était retrouvée « sans domicile » : lui-même n’occupait que peu son appartement nantais compte tenu de ses fonctions de policier municipal à Paris. Mais il était toutefois revenu « de plus en plus souvent », avait-elle expliqué aux enquêteurs.

Les derniers faits remontaient ainsi au 30 décembre 2024 : ce soir-là, la plaignante était rentrée au domicile et ce dernier avait « tenté de l’embrasser sur le canapé » avant qu’elle n’aille se coucher. Elle s’était ensuite « réveillée tardivement » le lendemain, et avait constaté qu’elle ne portait plus son jogging ni sa culotte… Cela lui était déjà « arrivé à deux occasions », a-t-il été précisé ce jeudi lors de l’audience publique. Elle avait alors interrogé son logeur, mais celui-ci lui avait expliqué l’avoir juste « couchée » car elle était « fortement alcoolisée ».

Consommateur d’ecstasy et de « gellule »

Reste qu’ensuite, en « faisant le ménage » chez son hôte, la plaignante avait découvert une plaquette de prégabaline, un traitement épileptique « utilisable comme stupéfiant ». Or l’homme de 38 ans lui avait « déjà proposé » d’en prendre courant décembre 2024 alors qu’elle se plaignait de règles douloureuses ou de « maux de tête ». Elle avait toujours « refusé », mais les analyses toxicologiques avaient confirmé la présence de cette molécule dans ses urines, compatibles avec « une prise entre le 31 décembre 2024 et le 1er janvier 2025 ».

La plaignante s’était par ailleurs confiée à une amie sur ces « soirées se terminant avec des ressentis bizarres ». Entendue, la témoin avait expliqué avoir également recueilli les confidences du mis en cause : il lui aurait dit « avoir couché » avec la femme qu’il hébergeait, mais il ne fallait « surtout pas lui en parler » car « elle ne s’en rappellerait pas »… Apprenant que les deux femmes s’étaient tout de même parlé, le trentenaire s’en était même pris à cette témoin en lui faisant « la morale de manière agressive ».

Un barman nantais « connu » de la plaignante et du logeur avait à son tour été entendu par les enquêteurs : lui aussi avait recueilli les confidences du policier municipal. Ce dernier lui aurait dit avoir eu « une relation sexuelle » avec son invitée alors qu’elle était rentrée « ivre »… mais il lui avait expliqué qu’elle « n’assume pas ».

Ce serveur dira par ailleurs que le policier municipal parisien était « utilisateur régulier d’ecstasy ». Il lui arrivait aussi d’utiliser « des gélules pour détourner leur usage en soirée »… Un autre homme s’était d’ailleurs déjà vu « proposer des cachets ». « En en prenant deux, ça fait effet pour toute une soirée festive », lui avait alors assuré le policier municipal.

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Un transfert d’ADN à cause du « panier à linge sale »

Placé en garde à vue, le mis en cause avait reconnu « deux relations sexuelles » en décembre 2024 avec son invitée, alors qu’elle était « dans un état de conscience suffisant ». Le lendemain, il avait noté qu’elle « ne se souvenait de rien » mais cela « l’arrange » car « elle a un copain », dira-t-il aux enquêteurs.

Mais hormis cela, il ne s’était « rien passé », avait juré ce policier municipal qui n’a « jamais pris de drogue » mais qui ne pouvait pas « expliquer » comment la molécule s’était « retrouvée dans ses urines ».

L’analyse des sous-vêtements de la plaignante a par ailleurs révélé la présence de l’ADN du suspect. Ce dernier – pour qui il ne s’est strictement « rien passé le 30 décembre 2024 » – avait alors invoqué un « transfert d’ADN » : les deux partageaient « un panier à linge sale » et, comme il lui arrivait de « se masturber », sa semence ayant donc dû « s’y retrouver »…

Le juge d’instruction en charge de l’affaire avait d’emblée envisagé de le placer sous contrôle judiciaire, un choix « pas habituel » a commenté ce jeudi à Rennes le rapporteur du dossier. Le parquet avait d’ailleurs saisi un juge des libertés et de la détention (JLD) qui avait placé le suspect en détention provisoire le 24 décembre 2025, près d’un an après la plainte.

Ce jeudi 8 janvier 2026, Me Ramzi Sahli a donc fait appel de cette décision et sollicité le placement de son client sous contrôle judiciaire : le casier de son mis en cause est « vierge » et son client n’a pas tenté de « faire pression » sur les témoins, avait-il fait observer. Une année s’est pourtant écoulée entre la plainte et sa présentation devant le juge d’instruction.

Retour dans le 20e arrondissement de Paris

« Les services de la mairie de Paris ont confirmé qu’il était bien en formation rémunérée au sein de la police municipale », a insisté l’avocat nantais. « Il n’y a aucune indication disant que son poste serait remis en cause. » Me Ramzi Sahli proposait donc un placement sous contrôle judiciaire chez le père de son client, dans le 20e arrondissement de Paris.

La « double personnalité » du mis en cause inquiétait toutefois la représentante du parquet général : cette « emprise chimique générée » et sa « capacité à détourner des médicaments » est « en totale contradiction avec son projet professionnel ». « Et puis, il y a le contexte : on est quand même après le procès Pélicot [affaire des viols de Mazan, NDLR], tout le monde a entendu parler de la soumission chimique et il y a eu un avertissement donné à toutes ces personnes qui procèdent ainsi », avait grincé l’avocate générale à l’audience.

Le mis en cause  a pour sa part indiqué qu’il lui était possible de « reporter » sa titularisation dans la fonction publique territoriale en repoussant la « série d’examens » qu’il devait encore passer à « une prochaine session ». Le trentenaire a par ailleurs fustigé ses conditions de détention.

« Comprenez que les faits qui me sont reprochés et mon statut professionnel font de moi une cible », a déploré celui qui a sollicité « plusieurs fois » sans succès son placement à l’isolement. « J’ai toujours eu des engagements professionnels portés vers l’aide aux autres, et l’engagement dans la police montre que je ne suis pas de composition criminelle », avait conclu le suspect. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes s’est rangée à son avis et l’a remis en liberté ce vendredi 9 janvier 2026.

/CB et GF (PressPepper)

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