Abou Dabi, qui craint l’influence des Frères musulmans et a interdit la confrérie sur son territoire en tant qu’organisation terroriste, milite de longue date pour que les pays européens fassent de même.

Les universités du Royaume-Uni sont-elles gangrenées par l’islamisme radical ? C’est bien ce que craignent les Émirats arabes unis, qui ont décidé de tenir leurs étudiants éloignés de ces campus en limitant les inscriptions, affirment ce vendredi deux médias britanniques de premier plan, The Times  et le Financial Times, citant des responsables proches du dossier. Ils expliquent que le financement fédéral dédié à ces inscriptions a été réduit, Abou Dabi invoquant notamment des inquiétudes quant à l’influence des Frères musulmans, qu’ils ont interdits sur leur territoire en tant qu’organisation terroriste.

«Complètement fou», s’est étonné le vice-président américain J. D. Vance sur le réseau social X. «Certains de nos meilleurs alliés musulmans dans le Golfe estiment que l’endoctrinement islamiste dans certaines parties de l’Occident est trop dangereux.»


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Le gouvernement émirien accorde des bourses généreuses aux étudiants du pays pour partir étudier à l’étranger. Les fonds doivent couvrir les frais de scolarité, de voyage, de subsistance ou encore d’assurance maladie. Le Royaume-Uni n’est pas totalement banni des destinations possibles : les jeunes Émiriens pourront toujours partir y faire leurs études, à condition que leurs familles assument elles-mêmes les frais. Ils n’étaient pas moins de 8500 sur les campus britanniques fin 2024, leur nombre ayant doublé depuis 2017.

Les Frères musulmans dans le viseur

Les Émirats arabes unis militent de longue date pour que les différents pays européens reconnaissent la confrérie des Frères musulmans comme terroriste et l’interdisent sur leurs territoires. Au Royaume-Uni, ils ont notamment «mené une campagne de lobbying qui a incité le gouvernement conservateur de David Cameron  à ouvrir une enquête sur le groupe en 2014», assure The Times. L’enquête était parvenue à la conclusion que les convictions du groupe étaient contraires aux valeurs britanniques, mais n’avait pas trouvé suffisamment de preuves pour l’interdire.

Éducation, implantation associative, lobbying institutionnel : le plan des Frères musulmans pour islamiser en douceur la civilisation occidentale

En France, l’organisation a fait l’objet d’un long rapport commandé à deux hauts fonctionnaires et dévoilé fin mai. Les Frères musulmans y sont décrits comme une «menace pour la cohésion nationale». Le rapport pointe notamment leur influence dans certains établissements scolaires. Emmanuel Macron avait demandé au gouvernement de lui faire des «propositions» au vu de la «gravité des faits». Pour Jordan Bardella, qui défend l’interdiction de la mouvance, la position des Émirats arabes unis est «un renversement qui en dit long sur notre aveuglement et notre faiblesse face à cet obscurantisme qui s’installe chez nous», comme il l’a écrit sur X ce vendredi.

Mercredi 7 janvier, les députés de la commission des Affaires européennes ont adopté une proposition de résolution visant à inscrire la mouvance sur la liste européenne des organisations terroristes. Le texte avait été déposé en mai 2025 par le député des Alpes-Maritimes Éric Pauget (Droite Républicaine). En Europe, seule l’Autriche a inscrit la confrérie sur sa liste noire. Les Frères musulmans sont par ailleurs interdits en Russie, en Syrie, en Égypte, en Arabie saoudite, à Bahreïn et en Jordanie.