Par
Cédric Nithard
Publié le
9 janv. 2026 à 19h23
Après l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela le 3 janvier dernier, une vingtaine d’associations, syndicats, partis politiques*… appellent à une manifestation unitaire ce samedi 10 janvier à 15h au départ de la place Albert 1er à Montpellier. Ils entendent exprimer leurs inquiétudes face à l’impérialisme américain et soutenir le peuple vénézuélien.
« Il faut prendre la mesure de ce qu’il s’est passé »
Une quinzaine d’organisations du mouvement social montpelliérain se sont réunies mardi soir avec l’objectif de lancer un appel à « une manifestation unitaire contre l’agression américaine en direction du Venezuela » explique Alban Desoutter de la Libre Pensée. « On a convergé sur la condamnation. Il y a évidemment des nuances sur l’appréciation de ce qu’est Maduro mais ce n’était pas vraiment le but. Ce qui était important c’est que l’on s’unisse face à une agression qui apparait ouvertement déconnectée des questions de surface. Ce n’est évidemment pas la drogue qui intéresse les milieux financiers américains mais le pétrole » précise-t-il lors d’une conférence de presse ce jeudi 8 janvier en présence de quelques-unes des organisations.
« Il faut prendre la mesure de ce qu’il s’est passé » souligne Francis Viguié de La Carmagnole, « On assiste à une logique stricte de la force. Un État, parmi les principales puissances mondiales, devient un prédateur mondial qui rouvre tous les champs du colonialisme pur et dur ». Comme la plupart autour de la table, ce dernier ne cache pas son inquiétude face à « un risque réel de guerre car quand on écoute Trump ce n’est pas que le Venezuela. C’est peut-être la Colombie, Cuba, le Groenland… c’est une logique prédatrice d’accaparation des richesses et une négation totale du droit international ».
D’autant que pour Robert Kissous des Rencontres de Marx : « On est qu’au début d’une histoire ». En se référant au National Security Strategy 2025 (ndlr : document officiel détaillant les orientations de la politique de sécurité américaine publié en novembre dernier), il explique : « L’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes sont maintenant un domaine exclusif des États-Unis. Il n’est pas question que d’autres puissances étrangères viennent s’ingérer car c’est désormais l’arrière-cour des États-Unis et, plus encore, puisqu’il s’agit de mettre en coupe réglée toute cette zone pour la mettre sous le contrôle exclusif des États-Unis ». Ce dernier juge ainsi que « le danger n°1 pour la paix mondiale, c’est les États-Unis ».
« Non au kidnapping de Maduro »
Alban Desoutter a également rappelé la centaine de morts, dont des civils, lors de l’assaut visant Nicolas Maduro et sa femme par les forces spéciales américaines conduisant à leur extradition. Ce à quoi Francis Viguié interroge : « De quel droit les États-Unis se permettent de juger Maduro ? Au nom de qui ? On peut discuter de tout, d’appréciation ou autre, mais la Cour Pénale Internationale ce serait autre chose car elle a un statut. Là, il n’y aucune légitimité ». Robert Kissous ajoute ainsi un mot d’ordre à la manifestation : « Non au kidnapping de Maduro. On ne peut pas accepter qu’un État, quel qu’il soit, kidnappe un président en exercice pour le juger dans ses cours de justice. C’est absolument intolérable. Quoi que l’on pense de Maduro. Là n’est pas le problème. Le problème c’est la reconnaissance de la souveraineté des États et des peuples ».
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Max Muller de Révolution Permanente ajoutera : « Les impérialismes, notamment celui des États-Unis, ont démontré depuis toujours leur capacité à intervenir dans d’autres pays en justifiant que ce serait au nom de la nature du régime. Cela a été le cas en Irak, en Afghanistan, au Venezuela… c’est le cas systématiquement ». Ce dernier prévient par ailleurs : « Par la nature du régime au Venezuela on pourrait se dire que c’est une bonne nouvelle que Maduro soit tombé et que cela va libérer le peuple vénézuélien. Il ne faut absolument pas être dupe. La libération du peuple vénézuélien ne viendra pas de l’extérieur et encore moins des États-Unis. Les seuls qui peuvent être capables de libérer le peuple vénézuélien, c’est le peuple vénézuélien ».
Le peuple vénézuélien
Face à la situation, Myriam Rivoire de l’Union locale de la CGT de Montpellier, apporte son soutien au peuple vénézuélien et met en avant : « Le seul but est la captation des richesses et une fois de plus ce sont les travailleurs et les peuples qui vont se retrouver au milieu d’une guerre qu’ils ne veulent absolument pas comme toutes les guerres ». Béatrice Rougy du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) appelle ainsi : « La seule réaction possible au niveau internationale c’est que les peuples s’unissent pour empêcher la guerre. On souhaite qu’il y ait des manifestations et des réactions pour montrer que les peuples sont pour la paix ». Cette dernière explique par ailleurs : « Nous partons pour une lutte à long terme. Le droit international est bafoué partout dans le monde. Nous allons bientôt fêter les 80 ans de l’ONU mais il y a le grand risque d’une guerre au niveau international entre les grandes puissances en sachant que l’Europe est médiocre actuellement dans ses positions comme l’a été la déclaration d’Emmanuel Macron. Personne n’a demandé une réunion du Conseil de sécurité ».
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Le président de la République est loin d’être épargné par Max Muller de Révolution Permanente qui souligne « son rôle de paillasson en se félicitant de l’intervention des États-Unis en revendiquant que Maduro était un dictateur et que l’on ne pouvait que se féliciter de sa chute ». Alban Desoutter complète : « La question de l’intervention américaine n’est même pas présente. Tout son communiqué a été de dire que c’était une bonne nouvelle de se débarrasser de Maduro. Quand un chef d’État plus ou moins autoritaire tombe, ce n’est pas une victoire pour la démocratie comme on cherche à nous le faire croire. Au contraire, c’est une poigne de fer de l’impérialisme américain. Donc la situation est pire. La question n’est pas de savoir s’il y aura plus ou moins de liberté au Venezuela car aujourd’hui, si les États-Unis interviennent au Venezuela ce sera un effondrement et une défaite pour les peuples du monde entier et de la région ».
La pression populaire comme en 2003
Évoquant « une remise en cause profonde de l’ordre international » ou encore « un retour un siècle en arrière à l’époque de la politique de la canonnière », Nicolas Cossange du Parti Communiste Français tente un parallèle historique : « Il faut revenir en 2003 avec l’invasion de l’Irak. On est dans la même logique et regardons comment cette intervention a depuis profondément déstabilisé le Proche et le Moyen Orient. On peut avoir les mêmes craintes pour l’Amérique du Sud et les Caraïbes ». Un parallèle, motif également d’espoir quant à l’importance de la manifestation de samedi : « En 2003, c’est par la mobilisation du peuple français que le gouvernement de l’époque, en se souvenant notamment du discours de Dominique de Villepin à l’ONU, s’est senti obligé de tenir la position digne tenue à l’époque. Nous avons donc besoin d’organiser la pression populaire ».
Une pression populaire qui débutera donc à Montpellier samedi 10 janvier à 15h place Albert 1er. « Ce qu’il se passe au Venezuela est un danger pour l’équilibre mondial et une menace contre la paix mondiale. Toutes nos organisations réunies malgré leurs différentes appréciations et champs d’application sont toutes attachées au fait que l’on ne veut pas d’une troisième guerre mondiale qui aurait des conséquences bien plus dévastatrices que les précédentes » souligne Alban Desoutter comme une dernier mot d’ordre à la manifestation. Outre Montpellier, d’autres rassemblements sont prévus dans l’Hérault à Bédarieux, Béziers, Sète et Pézenas qui viendront s’ajouter à la mobilisation nationale et internationale contre Donald Trump et l’impérialisme américain.
* Attac, La Carmagnole, Rencontres Marx, Collectif Palestine Libre, Réseau Université Sans Frontières (RUSF), BDS Montpellier, Ligue des Droits de l’Homme, CMM Le Coeur en Action, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), PCF, La France Insoumise, POI, Parti de Gauche, Cause Commune, Mouvement des Jeunes Communistes de France, Gauche Écosocialiste, Révolution Permanente, L’APRÈS, NPA, CGT, Solidaires étudiant.e.s, SNUDI FO34, U FSU34…
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