Par

Manon Haddouche

Publié le

9 janv. 2026 à 20h03

Le Bal des Paradoxes se vit comme une chorégraphie désaxée, entre équilibre et vertige. Rien n’y est tout à fait stable, ni tout à fait fictif. Le réel est là, reconnaissable, mais il tangue. Il se dédouble, se déplace, se transforme sous nos yeux. Chez David Klo, regarder devient un acte actif. Le spectateur est invité à douter, à relier, à interpréter. Une excitation intellectuelle s’installe, presque ludique, puisque le sens n’est jamais livré clé en main, mais laissé en suspens. L’exposition est à voir jusqu’au mardi 20 janvier, à la galerie Upside Town, à Montpellier

Une urgence de créer, jamais forcée

Issu d’une famille d’artistes, David Klo n’a jamais dissocié création et vie. Chez lui, créer n’est ni une posture ni une stratégie : c’est une nécessité organique. Il est père de quatre enfants, « une autre forme de création », nous dit-il en souriant, et cette urgence vitale traverse autant son œuvre que son quotidien. Rien n’est prémédité à l’excès. Les idées surgissent, il les suit, il va au bout du geste.

Cinéma documentaire, photographie, écriture, installation sonore, peinture, collage, sculpture d’assemblage, David Klo circule entre les médiums depuis plus de trente ans. Ancien résident de la Friche la Belle de Mai, il a travaillé pour la radio, le film, l’image fixe, accumulant une immense réserve visuelle et sonore. Une mémoire dans laquelle il puise aujourd’hui.

Six univers sont représentés dans l'ensemble de la salle.
Six univers sont représentés dans l’ensemble de la salle. (©MH / Métropolitain )Faire glisser le réel

Face à ses photographies, on cherche à comprendre la technique, on s’interroge sur ce qui était réel ou non, ou du moins, ce qui était originel et ce qui est venu créer une nouvelle réalité. Certaines images sont entièrement photographiques, d’autres minutieusement transformées ; parfois, c’est l’inverse de ce que l’on croit. Une femme semble ajoutée à un décor improbable, elle était pourtant là.

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Un animal paraît réel, il est peint, collé, réinventé. Le cadre suffit à transformer le monde. David Klo ne cherche pas à tromper, mais à rappeler une évidence « Dès qu’on regarde, dès qu’on cadre, le réel n’est plus neutre. Il est déjà interprétation ».

Six territoires pour cartographier le sensible

L’exposition se déploie comme une cartographie en six territoires visuels. Les paysages en mouvement étirent le temps à travers des poses lentes, où le regard devient mémoire. Les villes et les visages assemblent des fragments d’humanité, gestes furtifs et silhouettes anonymes (ou non). Les corps et les désirs explorent une sensualité assumée.

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Un mur entier est consacré à L’homme et ses vertiges, espace plus métaphysique, nourri par un texte poétique éponyme sur l’aliénation contemporaine, l’accélération du monde et la perte de sens. Plus loin, l’eau devient zone mentale, respiration, miroir du temps. Enfin, le ciel (nuages, espace, souffle) agit comme une métaphore du passage et de la pensée. Chaque œuvre dialogue avec les autres, sans hiérarchie, dans un flux continu.

Une prise de vue de l'exposition.
Une prise de vue de l’exposition. (©MH / Métropolitain )Une écriture hybride, entre cinéma et matière

Le travail de David Klo repose sur un corpus immense : photographies argentiques, images numériques, captations vidéo issues de décennies de cinéma documentaire. À cela s’ajoute un travail manuel constant entre dessin, peinture, fusain ou encore logiciel spécialisé. Les outils numériques ne sont jamais une finalité, mais un prolongement du geste.

Il compose, superpose, retravaille, laisse le grain vivre. L’imperfection devient langage. Le résultat évoque un réalisme poétique où chaque image raconte une histoire condensée, comme un film réduit à un seul plan. Un talent de storytelling dont il usait déjà dans ses productions.

David Klo en pleine explication.
David Klo en pleine explication. (©MH / Métropolitain )Ni vrai ni faux, mais profondément humain

Le Bal des Paradoxes se présente comme un espace d’attention. Un théâtre du monde ordinaire, où l’humour côtoie la gravité, où la tendresse n’efface pas le vertige. On y croise des figures solitaires, des scènes intimes, des fragments de vie qui n’auraient jamais dû se rencontrer et qui, pourtant, dialoguent et s’allient harmonieusement. Le spectateur avance à son rythme, funambule à son tour, entre illusion et vérités.

Au fond, David Klo ne cherche pas à donner des réponses. Il ouvre des brèches. Et rappelle, doucement, que parfois, vivre tient à peu de chose : un geste déplacé, une image qui déborde, une poésie qui détourne la chute.

Une prise de vue de l'exposition.
Derrière les rideaux rouges se cache une partie plus sensuelle… (©MH / Métropolitain )Geste solidaire :

Deux de ses oeuvres « L’Homme et ses vertiges » et « Silence », seront exposées trois semaines, salle des ventes, place de la Canourgue. Elles seront vendues aux enchères pour une oeuvre caritative lors du gala de l’opéra, le vendredi 6 février 2026.

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> Pratique : Le bal des paradoxes, exposition des oeuvres de David Klo, à la galerie Upside Town, à Montpellier, jusqu’au samedi 17 janvier. À voir du mardi au samedi, de 11h30 à 19h. Évènement convivial pour le finissage le jeudi 15 janvier, à partir de 18h. Pour suivre l’actualité de la galerie, c’est par ici. Pour suivre l’artiste, c’est par là

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