Pincez-vous, on frôle la dystopie. Le projet était prévu bien avant le lourd revers dans l’Hérault, et n’était pas souhaité par Grégory Patat, du moins dans le domaine aérien. Mais le manager marche sur des œufs en interne depuis quasiment un an et demi. Et peu importent les résultats, plus que positifs jusqu’en juin dernier et la demi-finale perdue face au Stade Toulousain. Depuis, les succès à domicile peinent à compenser (ou justifier) les éclats en déplacement.
Son président Philippe Tayeb et une partie du conseil d’administration ont décidé de bouger les lignes. Sans réellement les bouger, d’ailleurs. En creux : l’opinion publique suit la courbe des résultats, ne nous la mettons pas à dos. Au lieu de trancher, on empile les compétences. On ne se dédit pas pour Laurent Travers, nommé directeur du rugby en juillet dernier, contre l’avis du staff, on le place au-dessus de Grégory Patat, quand bien même les deux hommes ne s’accordent pas. On n’écarte pas Stéphane Barberena comme adjoint, on ajoute Jean Monribot à ses côtés, pour préparer une transition sans heurter la majorité des supporteurs.
Castres dans le viseur
Quid des joueurs ? Ils assistent au ballet, aux premières loges. « La plus grande différence cette semaine, c’est que Jean est arrivé pour la touche », posait le capitaine Arthur Iturria, ce jeudi, lors de la conférence de presse hebdomadaire. En somme, un changement marginal, quand bien même le président Philippe Tayeb promettait un grand remaniement, tout en sous-entendus souriants, samedi soir devant les caméras de Canal+, avant de s’envoler pour dix jours de vacances à Punta Cana. « Ils se partagent le travail avec Steph, qui garde la mainmise, entre guillemets, sur la touche, précise le deuxième ligne. Jean est arrivé avec un nouveau message. C’est le plus gros changement. Sinon, à part la venue du staff du XV de France mardi, c’était une semaine à peu près identique aux autres. »
« Si on veut être compétitif (contre Castres), il faut mettre des choses en place ce week-end et le suivant face au Leinster »
Ce jeudi, Barberena donnait de la voix durant plusieurs séquences de jeu. En retrait, Monribot observait, cahier plaqué sous le bras et sur le torse. « Mardi, l’un prenait position sur les portées et l’autre travaillait plus sur les touches directes pour le numéro neuf, glisse Iturria. Pour l’instant, ils se partagent comme ça, et ça fonctionne plutôt bien. Mais c’est un peu rapide pour analyser, ça ne fait qu’une semaine. » Et surtout, ce n’est pas dit que cela révolutionne les résultats : l’Aviron se rend à Leicester, ce samedi à 21 heures, en laissant de nombreux cadres au repos (Tiberghien, Maqala, Segonds, Fischer, Setiano) au profit de beaucoup de novices (Lapègue, Boyle-Tiatia, Marchesin, Ariceta, Iandolino, Tumania, Rasal, Thompson).
Vu l’hécatombe de blessés et les deux défaites inaugurales contre les Stormers et aux Harlequins, la Champions Cup n’est pas une priorité. « Quand bien même Castres est un match important et ciblé pour le retour du Top 14 le 24 janvier, si on veut être compétitif, il faut mettre des choses en place ce week-end et le suivant face au Leinster (17 janvier, 16 h 15) », avance l’entraîneur des trois-quarts Gerard Fraser, qui remplaçait Grégory Patat cette semaine en conférence de presse. L’Aviron n’a rien à perdre, ce samedi en Angleterre. Les jeunes veulent prendre de l’expérience et les « tauliers » savent qu’à Montpellier, « plus que le staff, ce sont (eux) qui (ont) fauté », dixit le trois-quarts centre Guillaume Martocq. Pas sûr que cela suffise à convaincre tout en haut de l’organigramme, mais un contenu correct dans les Midlands pourrait permettre de passer une semaine détendue en bord de Nive. Dans le contexte actuel, ce n’est pas neutre.