La météo vous incite à rester sous la couette ? Relevez les paupières et sortez plutôt au musée Marmottan-Monet à Paris voir l’exposition L’Empire du sommeil, qui explore les faces sombres et lumineuses de ce moment suspendu quotidiennement dans nos vies. Elle a tenu en éveil Cédric Enjalbert qui vous en parle dans « Par ici la sortie », notre newsletter culturelle dont nous vous proposons ici un extrait.

Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

« “Dormeuse, amas doré d’ombres et d’abandons, […] ta forme veille, et mes yeux sont ouverts.” C’est un vers de Paul Valéry emprunté à son magnifique poème La Dormeuse, qui m’est revenu à l’esprit en entrant au musée Marmottan-Monet (par un temps qui incitait plutôt à rester sous la couette). L’institution présente une exposition sur le sommeil, explorant les faces sombres et lumineuses de ce moment suspendu quotidiennement dans nos vies. 

Enfant de la nuit et de la mort

Ouvrant sur un bonheur sans entraves comme sur de monstrueux cauchemars, motif érotique parent de la mort, le sommeil, hypnos dans la mythologie grecque, est enfant de la nuit, nyx, qui engendre aussi thanatos, la mort. Le parcours, conçu par la neurologue et historienne des sciences Laura Bossi et la conservatrice Sylvie Carlier, débute ainsi avec un charismatique portrait d’homme endormi, signé Carolus-Duran. Il se prolonge de façon thématique, avec des tableaux parfois méconnus. Une allégorie de la peintre préraphaélite britannique Evelyn De Morgan figure ainsi Nuit et Sommeil main dans la main, délivrant un bouquet de fleurs sur le monde (photo). Autrement plus inquiétantes sont les représentations de Füssli ou Goya, pour qui “le sommeil de la raison engendre des monstres”. 

“Une éclipse de l’être”

Plutôt que de sommeil de la raison, le regretté Jean-Luc Nancy parle, lui, dans un petit livre intitulé Tombe de sommeil (Galilée, 2007), d’une “éclipse de l’être” au “cœur parfaitement obscur” mais porteuse d’une forme de vérité, qu’essaient d’encapsuler la plupart des artistes exposés. Le philosophe observe qu’on “tombe de sommeil dans le sommeil : il est lui-même, le sommeil, la force qui se précède et qui entraîne sa puissance dans son acte. Si je tombe de sommeil, c’est que déjà le sommeil a commencé à s’emparer de moi et à m’envahir avant même que je dorme, avant que je commence à tomber. Nous disons que le sommeil nous gagne : il gagne sur nous, il étend son emprise et son ombre avec la discrétion et la constance qui sont celles du soir, de la poussière, de l’âge”, et c’est bien là son empire. Sur ce, baille, baille… »

➤ L’Empire du sommeil, exposition au musée Marmottan-Monet (2, rue Louis-Boilly, Paris XVIe), jusqu’au 1er mars 2026.