L’accord décrié a été validé par une majorité des États, vendredi, malgré l’opposition de la France.
La majorité des États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé, vendredi, la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay.
Une validation qui survient après plus de vingt-cinq ans denégociations, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche et l’Irlande.
La Commission européenne et des pays tels que l’Allemagne et l’Espagne voient dans cet accord un élément clé de la stratégie visant à ouvrir de nouveaux marchés, afin d’atténuer l’impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l’égard de la Chine. Particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries.
Des concessions insuffisantes
À l’inverse, ses détracteurs s’inquiètent d’une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l’agriculture locale.
Pour convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre les importations de produits agricoles sensibles. Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l’agriculture.
Ces concessions, insuffisantes pour la France, semblent avoir convaincu l’Italie, dont le soutien à l’accord commercial a été décisif.
« On ne baissera pas les bras »
Le texte doit désormais être soumis au vote des eurodéputés, mais la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, envisage une application du texte sans attendre la ratification du Parlement.
Jeudi, le Président français Emmanuel Macron a affirmé, lui, que « l’étape de la signature de l’accord », prévu le 17 janvier au Paraguay, « ne constitue pas la fin de l’histoire », s’engageant à continuer de protéger le monde paysan.
De mesures, portées par le gouvernement (lire ci-dessous), ont été annoncées dans la foulée, alors que les agriculteurs menaient de nouvelles actions en France, mais aussi plus largement à travers l’Europe.
Si les tracteurs de la Coordination rurale ont quitté Paris après leurs blocages, ceux de la Confédération paysanne ont perturbé, vendredi, le trafic sur le périphérique parisien. Porte-parole du syndicat, Stéphane Galais et Thomas Gibert, ont été, parallèlement, interpellés aux abords de l’Arc de Triomphe.
« Les agriculteurs français n’accepteront jamais qu’on leur impose des règles si les importations ne les respectent pas. On ne baissera pas les bras », prévenait, jeudi, le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, contacté par notre rédaction.
Le premier syndicat agricole français appelle à « poursuivre le combat » contre le Mercosur, avec, notamment, une mobilisation du monde paysan, le 20 janvier, devant le Parlement européen, à Strasbourg.
Des mesures pour tenter d’apaiser la colère
En fin de journée, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé face à la presse une série de mesures pour aider les agriculteurs et simplifier leur travail. « Votre message est reçu cinq sur cinq », a-t-elle affirmé, cherchant à « apaiser les tensions » avec le monde paysan. Le gouvernement a annoncé un doublement à 22 M€ du fonds d’indemnisation destiné aux éleveurs impactés par la dermatose nodulaire bovine. Une brigade dédiée au contrôle des produits pouvant contenir les substances interdites à l’importation sera créée. Trois fonds de soutien aux filières (Méditerranée, fruits et légumes, protéines) seront musclés à hauteur de 30 M€ au total. La ministre veut accélérer, par ailleurs, la publication des décrets de simplification, à la suite du vote de la loi Duplomb. « De même, les textes qui permettent de trouver des solutions plus vite pour lutter contre les nuisibles, les virus, les bactéries qui ravagent les productions seront pris avant le salon », a-t-elle ajouté. Le quota du nombre de loups pouvant être abattus va augmenter, lui, de 10 %. Ces mesures évaluées à 300 M€ restent suspendues à l’adoption du budget et disparaîtront avec le gouvernement s’il est censuré, a prévenu Amélie de Montchalin, ministre de l’action et des comptes publics. « S’il n’y a pas de gouvernement, il n’y aura pas de solution pour les agriculteurs », a-t-elle affirmé.