Ses adversaires, partis en campagne bien avant lui, et pour certains il y a déjà plusieurs mois, attendaient cette déclaration de candidature pour ne plus avoir l’impression de boxer dans le vide. C’est désormais chose faite dans les colonnes de La Provence : Benoît Payan âgé e 47 ans sera bien candidat à sa succession en mars prochain et sur son nom cette fois. Dès ce matin, sa lettre aux Marseillais sera distribuée en ville, sa photo sur fond coloré barrée du slogan « Pour Marseille » placardée sur les murs.

Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession aux municipales 2026, lors d'une interview au siège de "La Provence".Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession aux municipales 2026, lors d’une interview au siège de « La Provence ». / PHOTO Frédéric SPEICH

L’ancien socialiste, à la tête d’une coalition de gauche, descend dans l’arène à partir d’aujourd’hui avec l’ambition de poser les bases d’une ère nouvelle pour la deuxième ville de France après un mandat, s’il a été de rupture, qui n’a pas suffi pour renverser complètement la table. « J’ai replacé Marseille sur la carte du monde », dit-il volontiers. II veut aujourd’hui lui dessiner un avenir pour les 50 ans prochaines années. Face à une forte poussée du Rassemblement national et à la France insoumise qui joue des coudes, Benoît Payan promet d’aller chercher les voix « une à une » pour transformer l’essai.

Il y a six ans presque jour pour jour, vous renonciez à être tête de liste. Aujourd’hui, êtes-vous candidat ?

J’ai décidé d’être candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars. Le travail qu’on a fait ces six dernières années a été à la fois exigeant, passionnant et très compliqué : on a trouvé la ville dans un état catastrophique. On a dû la relever et la repenser, ce que je veux poursuivre avec la même force. Ma responsabilité aujourd’hui, c’est de porter cette ville vers son destin. Marseille n’est pas une ville comme les autres, une ville de province ou simplement une grande ville mais un petit pays que j’ai dans le sang. Je me bats pour ses habitants, son histoire, son présent et son avenir.

Benoît Payan lors de sa conférence de presse, ce samedi 10 janvier 2026.Benoît Payan lors de sa conférence de presse, ce samedi 10 janvier 2026. / PHOTO NICOLAS VALLAURI

Votre retrait en 2020 devait permettre l’union de la gauche. Les difficultés, les reproches sur votre illégitimité supposée, tout cela est-il derrière vous ?

Lorsqu’on a des adversaires politiques qui n’ont comme seul reproche que d’essayer de m’affubler de ce qu’ils ont fait eux-mêmes, c’est qu’ils n’ont pas grand-chose à dire. Je ne veux pas rentrer dans des batailles picrocholines, sémantiques et de politique politicienne. Je ne suis le candidat ni d’un camp, ni d’un clan, ni d’un prétendant à l’élection présidentielle et je ne suis dans aucun parti. Je suis un homme de gauche mais je gouverne pour toutes les Marseillaises et tous Marseillais, qu’ils habitent dans le 1er ou dans le 16e arrondissement, qu’ils aient voté pour moi ou non, qu’ils soient jeunes ou vieux, riches ou pauvres. Je serai le candidat de tous les Marseillais.

Est-ce que vous repartez avec cette même équipe composite ?

Ce sont des questions de politique politicienne qui n’ont pas lieu d’être posées aujourd’hui. Bien sûr qu’on a un bilan collectif, mais c’est d’abord un choix personnel d’être candidat.

Vous avez hésité à repartir ?

On se pose toujours des questions. Je ne crois pas à l’homme providentiel : ça finit toujours dans le marasme. Ceux qui nous font croire qu’ils n’ont ni sentiment ni doute, qui disent qu’ils sont des super-héros, n’ont en réalité aucune conviction. Il est normal et sain de s’interroger parce qu’être maire de Marseille, ça veut dire lui consacrer sa vie. Je ne suis pas devant vous pour pleurer sur ce que j’ai perdu à titre personnel ou familial. Mais évidemment que ça coûte…

Votre entrée en campagne tardive a pu être interprétée comme une hésitation.

Je suis maire et j’ai la responsabilité de travailler jusqu’au bout. La campagne est un moment démocratique sain et normal. Certains de mes adversaires se sont déclarés bien plus tôt. Or, si j’avais été candidat il y a six mois ou trois mois, j’aurais perdu un semestre ou un trimestre à ne pas travailler pour les Marseillais.

Benoît Payan lors de sa conférence de presse, ce samedi 10 janvier 2026.Benoît Payan lors de sa conférence de presse, ce samedi 10 janvier 2026. / PHOTO NICOLAS VALLAURI

Quel est votre vision, votre grand projet pour Marseille dans cette élection ?

Il y a deux axes pour le mandat 2026-2032. D’abord, le quotidien, le concret, tous les irritants qu’on doit enlever et les plaisirs qu’on doit augmenter. En même temps, on doit se projeter. Si on regarde l’histoire de la ville – et ça me passionne – il y a eu déjà un très grand mouvement au moment de la première révolution industrielle (au XIXe, NDLR), avec la question de la mer, la création du port autonome, l’empierrage et le sablage des marécages au sud, tout ce qui a donné à Marseille sa teinte. Cela a créé des richesses, mais aussi des inégalités spatiales très fortes. Que veut-on semer pour les 50 ou les 100 ans qui viennent ? Est-ce que ce mandat va nous servir à lancer la deuxième révolution de cette ville, en gardant son identité ? J’ai réfléchi dans tous les sens à la manière dont on pouvait casser les barrières physiques, la dichotomie nord-sud. Bien sûr, la gare souterraine à Saint-Charles va énormément compter, la question de la passerelle de Plombières va se poser, mais ça ne suffira pas. Il faut quelque chose qui soit encore plus fort que ça, pour que la ville montre un nouveau visage tout en étant reconnaissable entre mille. Nous allons prochainement présenter un grand projet du littoral. Ce sera le chantier du siècle !

C’est-à-dire ?

Vous en saurez plus bientôt.

Quel bilan tirez-vous de votre mandat ?

Nous sommes dans un moment où il y a de l’enthousiasme et de la joie. Mais le regard est lucide. Pendant les deux premières années, on a découvert des choses tous les jours – et ça arrive encore – avec des dysfonctionnements uniques en France. Mais remettre cette ville à l’endroit a été une aventure incroyable : assainir les finances, remettre une administration au travail, fabriquer une ville plus solidaire, mettre un milliard et demi sur les écoles, doubler la police municipale… Nous sommes la plus grande ville de France à distribuer des fournitures scolaires à tous les élèves. 12 000 petits Marseillais mangent gratuitement à la cantine. Regardez ce qui se passe avec les musées, avec une fréquentation record. Et l’Été marseillais : il a été un succès d’estime et de fréquentation pour des gens qui n’ont parfois pas d’autre possibilité pour voir des concerts de musique classique ou de rap.

Le dossier emblématique, ce sont les écoles. Les 188 écoles du plan Marseille en grand auront-elles été rénovées à la fin du prochain mandat ?

C’est un plan exponentiel dont le rythme, d’année en année, s’accélère. En 2032-2033, les premières pierres des 188 écoles auront été posées.

Vous dites qu’il a fallu remettre la Ville en route. Qu’est-ce que vous regrettez de n’avoir pas fait ou pu faire ?

Si j’avais eu des finances saines, j’aurais pu accélérer sur la fluidification de l’état civil ou sur l’urbanisme. S’il y avait eu une Métropole normale, elle n’aurait pas agi contre les intérêts des Marseillais. Elle a été la principale entrave à l’action municipale. Parce qu’après avoir remis la mairie à l’endroit, on a fait des choses impensables : pas une seule grande ville ne s’est désendettée comme nous !

Ce désendettement a été financé pour partie par la hausse de taxe foncière, non ?

Mon opposition, lorsqu’elle dirigeait Marseille, a augmenté 17 fois les impôts. Moi, une fois. Si j’étais eux, je balaierais devant ma porte. Quand on voit comment sont gérés la Métropole et le Département, quand on est presque sous tutelle, on n’explique pas à l’élève qui reçoit des bonnes notes comment on gère de l’argent public.

Qu’est-ce que la réforme du mode de scrutin change ?

C’est une vraie force et une vraie chance. Marseille ne méritait pas d’être charcutée comme elle l’a été par Gaston Defferre puis Charles Pasqua. Elle méritait de retrouver une unité, à laquelle je tiens énormément. Ce mode de scrutin va clarifier. Il ne pourra plus y avoir quelqu’un d’élu avec moins de voix qu’un autre.

Dans quel secteur municipal allez-vous vous présenter ?

Lorsqu’on est candidat à sa propre succession, on n’est pas candidat dans un secteur. Je suis candidat pour Marseille. J’aiderai les têtes de liste de secteur, qui existent toujours. Mais je serai candidat uniquement sur la liste pour la ville.

Vous étiez favorable à ce mode de scrutin parce qu’il vous arrangeait électoralement ?

Non, j’y ai toujours été favorable. Jean-Claude Gaudin a été élu quatre fois avec l’ancien système. Pourtant, lui aussi était favorable à la réforme. Elle est de bon sens même si elle est mal faite.

À l’inverse de l’élan citoyen qui a porté le Printemps marseillais en 2020, ce scrutin ne va-t-il pas marquer le grand retour des partis ?

Ce n’est pas une élection de partis. Et je le refuse : dès que j’ai été maire, je suis sorti du PS et tant que je serai maire, je ne serai affilié à aucun parti. Je ne suis pas là pour être un trophée exhibé par un candidat à l’élection présidentielle. Des femmes et des hommes vont présenter des projets, une vision, une crédibilité. On se dépouille de nos appartenances, comme on l’a fait en 2020, sans se renier. Dans ma majorité, les gens votent différemment à chaque élection. Mais nous ne sommes pas une caserne. Beaucoup de ceux qui vont nous rejoindre n’ont jamais été encartés mais ils apporteront leur manière de voir les choses et de comprendre la ville.

La liste portera toujours le nom du Printemps marseillais ?

Elle ne s’appellera pas Printemps marseillais, mais c’est le Printemps qui la présentera. C’est pour Marseille qu’il faut faire les choses, pas pour une partie de la ville. C’est pour faire que je me suis engagé. Je n’ai pas d’ambition politique nationale et je ne rêve de rien d’autre que de Marseille. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour Marseille.