Et si Tesla mettait fin à sa production en Allemagne ? Cette éventualité peut sembler folle étant donné que le constructeur n’a ouvert son usine européenne qu’en 2022 et pourtant… Des signaux plus si faibles laissent penser que la Giga Berlin n’a plus réellement de raison d’être.

Tesla vend moins de voitures en Europe

Derrière le symbole industriel, les chiffres racontent une autre histoire. La Gigafactory de Berlin avait initialement été pensée pour accompagner une forte croissance des ventes de Tesla en Europe. Mais depuis plusieurs trimestres, la dynamique s’est totalement inversée.

Les immatriculations du constructeur américain reculent sur la plupart des grands marchés européens, y compris en Allemagne et en France, au point que Tesla vend aujourd’hui à peine plus de véhicules qu’au moment de l’ouverture de son usine allemande.

Cette chute de la demande remet en cause la logique économique même du site de Grünheide. Produire localement n’a de sens que si les volumes permettent d’amortir les coûts fixes élevés d’une usine quasi neuve. Et dans ce cas précis, il apparaît que la capacité théorique de Giga Berlin (500 000 unités) dépasse largement les ventes actuelles de Tesla en Europe (235 322 modèles livrés en 2025). Dans les faits ça donne une usine qui est loin de son potentiel, et cela fragilise l’équilibre financier.

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Le paradoxe est frappant. En 2022, Tesla alimentait le marché européen essentiellement depuis la Chine et les États-Unis, tout en enregistrant des volumes de ventes similaires à ceux d’aujourd’hui (233 000 pour l’année 2022). Autrement dit, c’est comme si l’ouverture de Giga Berlin n’avait pas eu d’impact positif sur Tesla en Europe. Comme le rappellent nos confrères d’Electrek, l’usine allemande a permis de « libérer une partie de l’offre produite aux États-Unis et en Chine pour d’autres marchés », mais c’est à peu près tout.

Des tensions sociales au sein de l’usine allemande

À ces difficultés commerciales s’ajoutent des tensions sociales de plus en plus visibles à l’approche des élections du comité d’entreprise chez Giga Berlin. Selon nos confrères du Handelsblatt, le syndicat IG Metall cherche à renforcer son influence au sein de l’usine. Les travailleurs souhaitent notamment passer à la semaine de 35 heures, un standard dans une partie de l’industrie allemande, mais pas chez Tesla.

De son côté, la direction de l’entreprise met en avant des problèmes de productivité et laisse planer la menace d’un gel des investissements si le syndicat gagne du terrain. André Thierig, le directeur de Giga Berlin, aurait déclaré ceci : « personnellement, je ne peux pas imaginer qu’Elon ou que notre conseil d’administration, décide d’agrandir l’usine si le vote penche majoritairement en faveur d’IG Metall ».

Mais pour Tesla, réduire la voilure, voire remettre en question l’avenir de Giga Berlin, serait un signal extrêmement négatif envoyé aux marchés. Fermer ou sous-exploiter une usine inaugurée il y a à peine quelques années reviendrait à reconnaître que la promesse d’une croissance européenne soutenue n’est pas réalisable. Une perspective encore impensable il y a peu, mais qui ne semble plus totalement irréaliste aujourd’hui.