Sculptrice française dont le travail explore le sacré, Sophie Renoir, 53 ans, s’est tournée vers la création après une révélation spirituelle en 2013. Depuis, elle façonne des œuvres où la pierre, l’argile et la feuille d’or deviennent langage de l’âme. 

Il y a chez Sophie Renoir une façon singulière de parler de son travail : une douceur mêlée d’urgence, comme si chaque œuvre naissait d’un appel plus fort qu’elle. Rien ne destinait pourtant cette ancienne professionnelle des relations internationales à la sculpture. Avant 2013, sa vie se partageait entre la France et New York au service de projets culturels. Et puis un été, tout a basculé.

Une vision fondatrice

Août 2013. Retirée quelques jours chez les sœurs dominicaines de l’Hérault, Sophie Renoir entre dans un temps de silence et de prière. C’est là qu’apparaît la vision qui va bouleverser sa vie : « Une forme verticale, sombre, brute, traversée d’une lumière or à l’intérieur », raconte-elle à Aleteia. Cette image l’obsède pendant un mois. Elle ne la comprend pas encore, mais elle sait qu’elle doit la matérialiser. Elle s’inscrit alors à des cours de sculpture, apprend à travailler la matière auprès d’une doreuse à Paris, découvre la patine. De ce geste inaugural naît sa première œuvre : L’Âme Une.

Dix ans d’apprentissage suivront, entre Issy-les-Moulineaux, Paris, son atelier partagé à Meudon et son atelier personnel dans la Nièvre. La sculpture, devenue une nécessité intérieure, s’impose comme le prolongement naturel de sa foi.

L’Âme Une.
L’âme 

La démarche artistique de Sophie Renoir s’articule autour d’un thème central : l’âme. Une forme qu’elle décline à l’infini — enveloppante ou fine, maternante ou naissante — mais toujours unique. “Semi-ouvertes, elles dévoilent en leur cœur la lumière, un trésor de beauté, un bien sacré à découvrir et à révéler”, explique-t-elle. Sa palette de matériaux — pierre, argile, bois, feuille d’or, bleu de Prusse — traduit cette recherche de spiritualité. L’or pour la lumière intérieure, la terre pour l’incarnation.

L’autre grand pilier de son œuvre est le sacré, compris au sens large. “La spiritualité accompagne l’humanité depuis ses origines, bien au-delà de tout dogme”, précise-t-elle. Ainsi naissent des pièces inspirées des origines de l’humanité et des premières écritures ou encore des pierres de lithographie venues de Bavière ou de Cuba. Elle les rachète, les nettoie, les retaille, les grave : chaque pierre porte déjà une histoire à laquelle elle ajoute la sienne. 

Parmi son corpus d’œuvres, certaines se détachent par leur force symbolique, notamment La Vie, le Chemin : une hostie brisée d’où jaillit la lumière, métaphore du passage entre l’humain et le divin et la promesse d’éternité. 

la-vie-le-chemin-sophie-renoirLa Vie, le Chemin

Vient ensuite Mata Atlântica : un tronc qui se fend en deux pour célébrer la Création. “Aux couleurs du Brésil, des papillons bleus s’envolent de façon ascensionnelle créant l’ouverture d’un tronc d’arbre or et vert. L’œuvre est inspirée de la forêt atlantique brésilienne, la plus riche du monde du point de vue de la biodiversité”, reprend l’artiste. 

Mata-Atlantica-sophie-renoirMata Atlantica.

Mais c’est Cœur Sacré et Esprit Saint qui demeure l’œuvre la plus personnelle de l’artiste. Elle naît en 2020, après un choc spirituel puissant vécu à la veille d’une rencontre avec Mgr Rougé, l’évêque qui l’accompagne dans sa confirmation. “Le 20 juin 2020, j’ai effectué ma confirmation pour poursuivre mon chemin de foi. Je ressentais un véritable manque”, raconte-t-elle. Quelques mois après, elle décide de revoir son évêque pour lui exprimer sa décision de se consacrer entièrement à l’art sacré. “La veille de ma rencontre, dans la nuit, mon cœur a explosé, j’étais en sueur, incapable de me calmer », raconte-t-elle. De cette expérience physique et mystique jaillit Cœur Sacré et Esprit Saint, une sculpture habitée par la lumière, la foi et la vulnérabilité.

Coeur-Sacre-et-Esprit-Saint-sophie-renoirCœur Sacré et Esprit Saint.
Des commandes qui se multiplient

Si au départ elle sculptait pour elle, aujourd’hui, les commandes se multiplient : “Les Âmes et les pierres de lithographie sont particulièrement recherchées”, explique-t-elle. L’une de ses œuvres a d’ailleurs rejoint la collégiale Saint-Aignan d’Orléans. Intitulée Au Royaume des Cieux, la sculpture a été installée le 12 octobre 2025, jour de la bénédiction de la chapelle Carlo Acutis par Mgr Jacques Blaquart. “Un jour d’été à l’atelier, je me suis installée près de la fenêtre et, sous un doux soleil, je préparais ma terre afin de réaliser une Âme. Soudain, une ombre portée en forme de croix se projeta sur la plaque d’argile. Il m’apparut évident de suivre l’ombre et de concrétiser dans la matière cette croix descendue du Ciel”, raconte-t-elle.

Un autre projet d’envergure — un Christ en croix monumental destiné à l’église Saint-Jacques-le-Majeur de Montrouge — demeure aujourd’hui en suspens. Porté par le père Marc Ketterer, le décès de celui-ci en décembre 2024 en a interrompu la naissance. Mais l’artiste ne désespère pas de voir un jour sa croix trouver une place de choix au cœur d’une église.

croix-sophie-renoir
“Notre siècle doit redevenir spirituel”,

Sophie Renoir évoque souvent la notion d’élévation. Pour elle, la création constitue un rempart face à la frénésie du monde moderne, une manière de réaffirmer la place du sacré dans une époque saturée de consommation. « C’est une urgence absolue. Notre siècle doit redevenir spirituel », affirme-t-elle. Elle espère ainsi que ses œuvres insufflent un souffle d’Espérance, une véritable respiration.

Parmi les figures qui l’accompagnent, elle cite Pierre Soulages, Rembrandt, mais aussi Brancusi, Giacometti et Camille Claudel — tous artistes de lumière, de matière ou de tension intérieure. Elle évoque aussi son parrain sculpteur et une appétence familiale pour l’art : des graines semées longtemps avant que la vision fondatrice de 2013 ne les fasse éclore.

Chez Sophie Renoir, la frontière entre la foi et l’art n’existe pas : l’un irrigue l’autre, sans cesse. Elle cite volontiers la parabole des talents ou L’Histoire d’une âme de Thérèse de Lisieux. « Si je m’éloigne de la foi, je m’assèche dans ma créativité », confie-t-elle. Alors elle crée, habitée par ce sentiment d’appel intérieur. Et chaque sculpture devient une rencontre avec le Divin et, peut-être, pour ceux qui la contemplent, une invitation à ralentir, regarder et s’élever.