Après avoir exposé de superbes paysages de montagnes, le voilà qui s’aventure en plaine, saisit des vues depuis les trains, images mouvantes qui semblent se faire et se défaire sous nos yeux. Graphite, encre et fusain; teintes bistre, sépia et brou de noix. Rien de spectaculaire, mais un art qui dialogue avec les traditions du paysage européen et asiatique, sans le dire bien sûr.

Il a maintes fois emprunté la ligne Genève-Lyon, c’est son «petit Transsibérien», s’amuse-t-il, lui qui n’affectionne pas les voyages lointains. Il a observé les lieux traversés, «quelconques», où apparaissent une maison, une vache, un vélo qui prend la rouille. Des anti-cartes postales, pourrait-on dire, qui touchent par leur dénuement. Pour Martial Leiter, ce sont «les coulisses du monde», un arrière-pays qui devient soudain onirique. Sous son pinceau, ce «vide» devient habité. Il n’a pas travaillé ces paysages sur le motif mais les a mémorisés puis restitués dans son atelier lausannois, entre 23h et 5h du matin, ses heures de prédilection.