La trentaine d’agriculteurs du syndicat ont donc décidé de contrôler, au niveau de la sortie 82 de la N 10 entre les communes de Peujard et de Gauriaguet, les cargaisons des camions traversant dans les deux sens cette route reliant les Yvelines à l’Espagne, et passant entre autres par Poitiers et Bordeaux. En somme, un axe important de transports de marchandise.
« On devient les contrôleurs »
Objectif : dégoter des fruits, légumes et viandes venant de l’étranger pouvant être cultivés et élevés en France et d’en amener un échantillon à Étienne Guyot, préfet de Nouvelle-Aquitaine et de Gironde. « On devient nous-mêmes les contrôleurs » , explique Théo Hernandez, secrétaire général adjoint des JA33. « On est en train de détruire l’agriculture française avec ces produits qui n’ont rien à faire là. »

Les chauffeurs routiers, la plupart du temps étrangers et souvent incrédules face à la situation, donnent l’historique de leurs marchandises.
A. B.
« CMR please », lance-t-il à un routier polonais hameçonné quelques centaines de mètres auparavant. Ce document se veut être l’historique de son origine, sa provenance et sa destination finale. Chou blanc cette fois encore, le conducteur de poids lourd n’est qu’en transit et part direction l’Espagne avec l’ensemble de sa marchandise. Un peu plus tard, des bananes en provenance de Côte d’Ivoire et à destination du MIN de Bordeaux ont bien été trouvées, « mais bon, à part en Martinique et en Guadeloupe, difficile d’en cultiver en France, il faut quand même être sérieux », lance le secrétaire général adjoint.
Avec l’aide des gendarmes
Au total, une bonne cinquantaine de camions ont été ainsi inspectés par les agriculteurs, sans que rien de bien prohibitif à leurs yeux ne soit découvert. « On n’a pas de chance sur ce coup », se désole un. « Il y a quand même des choses anormales, relance Mathieu, jeune vigneron à Saint-Émilion. Au supermarché la dernière fois, j’ai regardé l’étiquette d’une boîte d’asperges à la basque, elles venaient de Chine ! Alors qu’on a deux IGP dans les Landes… » s’émeut-il.
Fait très surprenant – d’autant plus que dans le même temps, les agriculteurs de la CR33 en arrivaient aux mains avec les forces de l’ordre à Bassens – ce sont les gendarmes d’unité motorisée qui interceptent eux-mêmes les camions visés et les redirigent vers le point de contrôle improvisé des JA. « On sort un peu de notre cadre, mais c’était soit ça, soit les agriculteurs qui arrêtaient eux-mêmes les camions sur la Nationale, alors que cette portion est à 110 km/h », souffle un gendarme. « On fait donc le choix de sécuriser les usagers et les manifestants. »

Ce sont les motards de la gendarmerie qui ont intercepté les camions.
A. B.
Après les contrôles, les agriculteurs se sont dirigés vers le rond-point de la Garosse, à Saint-André-de-Cubzac pour un dernier grand « feu de la colère » fait de ceps de vignes et de bois en tout genre, agrémenté d’un nombre conséquent de klaxons d’automobilistes compréhensifs. « Ce soir, on rentre chez nous. On va se reposer et on va voir ce qu’on va faire par la suite », développe Guillaume Grandeau. Car leur colère et leurs inquiétudes ne sont pas près de s’éteindre.