Par

Guillaume Laurens

Publié le

10 janv. 2026 à 18h46

« Opérations buses ». C’est le nom de code des actions organisées par les agriculteurs en colère, qui n’ont pas dit leur dernier mot – loin s’en faut – en Haute-Garonne, dans le long bras de fer qui les oppose depuis plus d’un mois au gouvernement, sur le front (notamment) des mesures en vigueur face à la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Jusqu’à mercredi, on fait des opérations buses », glisse ainsi à Actu Toulouse Luc Mesbah, au nom de l’intersyndicale agricole (FDSEA, JA, Coordination rurale et Confédération paysanne) en Haute-Garonne. Voici de quoi il s’agit.

La buse, « un oiseau rare en voie de disparition »

« On a appelé ça les opérations buses, car la buse est un oiseau rare en voie de disparition », raconte Luc Mesbah, par ailleurs secrétaire général de la FDSEA. Le principe est simple : à l’instar du rapace, les agriculteurs sont appelés à mener des actions éclair çà ou là… puis à s’envoler rapidement à chaque fois.

Au programme de ces prochains jours ? « Diverses perturbations éphémères sur des axes routiers et ferroviaires, ou bien des lieux stratégiques, comme les services de l’État, les institutions liées de près ou de loin au gouvernement, tout en respectant les biens et les personnes », insiste celui qui est aussi secrétaire général de la FDSEA 31. Car le mot d’ordre donné par l’intersyndicale localement est clair : « Des déversements oui, de la casse non ».

« Dans la Résistance, il y a des maquisards… »

Où seront menées ces opérations buses ? « Pour qu’elles se réalisent, il faut un effet de surprise, donc on laisse la liberté dans les cantons et sur les territoires de mener ces actions. Même moi, je ne suis pas au courant de ce qu’il va se passer », avance Luc Mesbah. Un temps mort, puis il enchaîne : « Dans la Résistance, il y a des maquisards… »

« Vu qu’on a des interdictions de manifestation… »

« Vu qu’on a des interdictions de manifestation, on va faire des opérations buses », confirme Maxime Raud. « Elles sont laissées au libre choix des agriculteurs du département », dit le président de la Coordination rurale 31, à l’unisson avec son comparse de la FDSEA : « Les autorités envoient les forces de l’ordre aux organisations syndicales à la moindre action, alors qu’elles laissent un agriculteur bloquer une autoroute pendant un mois… [allusion à Jérôme Bayle qui est toujours mobilisé à Carbonne avec les Ultras de l’A64, l’association aux commandes de la chambre d’agriculture, NDLR]. Et que pour nous, même lors d’une manifestation pacifique à Toulouse où l’on portait des croix, on a pris des coups ».

Quelles sont les revendications des agriculteurs ?

Les revendications des agriculteurs sont nombreuses, mais d’après Luc Mesbah, l’enjeu premier reste de revoir le protocole en vigueur face à la crise de la DNC : « La ministre dit avoir doublé l’aide allouée aux éleveurs, mais le doublement de l’enveloppe promise ne suffira pas sur un département comme le nôtre, car cela va concerner 300 éleveurs. Or, il y en a 1 180 en Haute-Garonne, on fait quoi des autres ? » Quant à l’accord du Mercosur, « il sera signé, on n’est pas dupes », soupire ce céréalier de Longages, qui réclame pour y faire face de réelles avancées en matière de « simplification administrative, afin de nous débarrasser de la paperasse, de nous laisser travailler sur notre métier, et de nous permettre ainsi d’être compétitifs face à la concurrence… ».

« Ils n’y arriveront pas… Et ça leur pend au nez »

L’un comme l’autre ne décolèrent face aux directives du préfet qui ont visé leurs dernières actions à Toulouse et dans l’agglomération, et face à « la proportionnalité des mesures de rétorsion par rapport à d’autres mouvements sociaux », dit Luc Mesbah. Prohibée par les autorités, la dernière manifestation dans la Ville rose mercredi s’est soldée par 17 interpellations. « Ils veulent interdire nos engins agricoles ? C’est très bien », ironise Maxime Raud, qui annonce la couleur :

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Avec les tracteurs, ils arrivent encore à nous contenir, mais avec les voitures, ils n’y arriveront pas… Et ça leur pend au nez.

Maxime Raud 
Président de la Coordination rurale de la Haute-Garonne

Avant une nouvelle action à Toulouse

À l’instar des opérations menées sur l’A68 et l’A680 vendredi matin, puis sur l’A61 dans la foulée, par des agriculteurs qui se sont évaporés après avoir déversé du fumier et coupé la circulation, d’autres actions du même acabit sont donc à prévoir ces prochains jours…

Ce samedi, outre les perturbations du fameux barrage de Carbonne, des agriculteurs en colère sont apparus sur le rond-point de Fos sous le regard des gendarmes… sans barrage à cette heure. À l’appel des organisations syndicales, une nouvelle mobilisation des agriculteurs à Toulouse est dans les tuyaux pour la semaine prochaine.

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