À deux mois du premier tour des élections municipales, le suspense est maximal dans la capitale. Rachida Dati parviendra-t-elle à mettre un terme à un quart de siècle de règne socialiste à Paris ? Emmanuel Grégoire réussira-t-il à incarner à gauche l’après-Hidalgo ?
Entre les adversaires LR et PS, le match s’annonce très serré selon le sondage Elabe-Berger-Levrault réalisé pour La Tribune Dimanche et BFMTV.
Les intentions de vote au premier tour. (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche)
Selon cette enquête, Emmanuel Grégoire arriverait en tête au premier tour. Avec 33 %, le député PS bénéficie à plein de l’alliance qu’il a nouée en décembre avec David Belliard, le leader écologiste à l’Hôtel de Ville. Rachida Dati, dont les vidéos virales ont marqué le début de la campagne, est en deuxième position avec 26 %.
Pierre-Yves Bournazel, le candidat Horizons, auquel s’est rallié Renaissance, récolte 16 %. Tête de liste Insoumise, Sophia Chikirou est à 11 %. Entrée en lice mercredi 7 janvier lors du 20 Heures de TF1, Sarah Knafo totalise 9 %. La candidate Reconquête frôle ainsi le seuil des 10 % des suffrages exprimés, nécessaire pour se qualifier au second tour et surtout distance largement Thierry Mariani, le chef de file RN, qui n’obtiendrait que 5 %.
Dans le cas de figure où chacune des listes dépassant actuellement les 10 % se maintient. (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche)
En fonction de ces résultats, c’est une quadrangulaire qui se dessinerait en vue du second tour. Emmanuel Grégoire l’emporterait d’un cheveu avec 36 % contre 35 % pour Rachida Dati (17 % pour Pierre-Yves Bournazel et 12 % pour Sophia Chikirou).
La menace Bournazel
« Même si les deux premiers candidats sont très largement en tête au premier tour, ils sont entre les mains de faiseurs de roi, en conclut Bernard Sananès, le président de l’institut de sondage Elabe. Cela les empêche de profiter de leur dynamique. » Pour Rachida Dati, comme pour Emmanuel Grégoire, tout dépendra en effet de la configuration finale du second tour. La ministre de la Culture est d’une part sous la menace du maintien du Pierre-Yves Bournazel, qui est très sévère avec elle dans son livre La Bataille pour Paris paru cette semaine (Plon), et d’autre part de la qualification de Sarah Knafo.
Le duel Emmanuel Grégoire/ Rachida Dati (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche)
Si la candidate de Reconquête n’y parvient pas, ce sera une bonne nouvelle pour la maire LR du 7e arrondissement car elle récupère alors 80 % de ses électeurs. Emmanuel Grégoire est, lui, sous la menace du maintien de Sophia Chikirou, qui a d’ores et déjà déclaré qu’« il ne fallait pas qu’un socialiste soit maire ». Pour l’instant, la députée LFI est loin des scores de son parti dans la capitale aux européennes de juin 2024 (17 %). En matière d’image, c’est elle qui apparaît la plus clivante. 22 % ont une bonne image de la mélenchoniste et 53 % une mauvaise. Emmanuel Grégoire a 42 % de bonne image et 35 % de mauvaise, Rachida Dati respectivement 42 % et 56 %, Pierre-Yves Bournazel 33 % et 32 %, Sarah Knafo 27 % et 52 %, Thierry Mariani 23 % et 51 %.
La triangulaire avec la France Insoumise si Sophia Chirikou se maintient. (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche)
Duel Knafo-Mariani
Dans ces conditions, une bataille de vote utile va s’engager dans une campagne qui s’annonce très violente. Rachida Dati va mettre en avant le fait qu’elle est, pour l’instant, la seule à droite et au centre à pouvoir amener l’alternance dans la capitale. Pour y résister, Pierre-Yves Bournazel, arrivera-t-il à convaincre qu’il peut passer devant elle ? De son côté, Emmanuel Grégoire expliquera qu’il est le seul qui peut faire barrage à la ministre de la Culture. Enfin, à l’extrême droite, Sarah Knafo va, elle, tenter d’aspirer les électeurs de Thierry Mariani, sans dynamique, en revendiquant être le vote utile au sein d’un espace qui avait surperformé aux élections européennes de juin 2024 : les listes RN et Reconquête avaient obtenu un total de 14 %.
La triangulaire avec Reconquête. (Crédits : LTD/Ipsos-Cesi École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche)
Une nouveauté accentuera jusqu’au bout l’incertitude globale. Les règles électorales ne seront plus les mêmes que lors des précédents scrutins. L’an passé, sous l’impulsion du gouvernement Bayrou, la loi dite « PLM » a été modifiée. Désormais les Parisiens éliront directement leur maire (c’était auparavant un collège issu des conseils d’arrondissement qui y procédait). Quelle conséquence aura cette modification ? Personne ne peut véritablement l’anticiper, alors que, dans notre enquête, la gauche totalise 45 %. C’est le même niveau qu’aux précédentes municipales de 2020. La droite et le centre obtiennent eux 42 %. C’est moins qu’il y a six ans. Les listes de Rachida Dati, d’Agnès Buzyn, la candidate Renaissance, et du dissident macroniste Cédric Villani totalisaient 48 %.
« Pierre-Yves Bournazel ne récupère pas la somme des scores d’Agnès Buzyn et de Cédric Villani, soit 25 %, note Bernard Sananès. Il y a une moindre mobilisation des électeurs du bloc central, voire une partie qui peut voter en faveur d’Emmanuel Grégoire. » Le successeur d’Anne Hidalgo, qui jusqu’à présent ne s’est pas exprimée en sa faveur, pourrait néanmoins souffrir d’un handicap. La sécurité et la propreté font partie des priorités des Parisiens. Ce sont deux dossiers sur lesquels la municipalité sortante est très mal jugée.