l’essentiel
La librairie jeunesse Tire Lire fermera ses portes le 28 janvier. Après 47 ans de passion littéraire, elle cède la place à une nouvelle enseigne de livres. La baisse de fréquentation et l’absence de repreneur spécialisé marquent la fin d’une époque à Toulouse.
Après près d’un demi-siècle d’existence, la librairie jeunesse Tire Lire s’apprête à tirer sa révérence. Située au 24 rue de la Bourse, en plein cœur de Toulouse, l’emblématique enseigne fermera définitivement ses portes à la fin du mois, le 28 janvier, laissant derrière elle des générations de lecteurs et de souvenirs partagés.
Fondée en 1978, Tire Lire fait partie des pionnières de la librairie jeunesse en France, elle était d’ailleurs à l’origine du groupement des Librairies Sorcières (association des librairies spécialisées jeunesse), qui existe toujours. Longtemps installée rue Pargaminières avant de déménager en 2017 rue de la Bourse, elle a su, pendant 47 ans, conseiller avec exigence et passion des livres soigneusement choisis aux enfants. Pendant quinze ans, la librairie a été portée par Cécile Panou, sa responsable actuelle, qui explique cette fermeture par un choix personnel autant que par un contexte économique de plus en plus fragile.
» Pas de candidats spécialisés jeunesse »
« Je pars vers une autre vie, je quitte Toulouse », confie-t-elle. Malgré des recherches, aucun repreneur n’a pu être trouvé pour maintenir une librairie exclusivement jeunesse. « C’est une librairie indépendante, cela nécessite des capitaux importants. Et parmi les candidats spécialisés jeunesse, je n’ai pas trouvé. Je suis triste que cela ne reste pas une librairie pour enfants car j’y ai mis beaucoup de choses, j’ai organisé énormément d’événements « , explique-t-elle. L’enseigne restera toutefois une librairie, reprise par de nouvelles gérantes, avec la volonté de conserver un axe jeunesse afin d’assurer une forme de continuité.
Si les années Covid ont offert un répit grâce à un soutien accru aux librairies indépendantes, la fréquentation s’est progressivement érodée, avec une baisse du chiffre d’affaires estimée à près de 10 % par an. « Ce qui m’a tenue pendant quinze ans, c’est la passion car financièrement, cela a toujours été compliqué », ajoute Cécile Panou, évoquant également la concurrence accrue du numérique et des usages du téléphone.
« On venait ici les yeux fermés »
Dans les allées du magasin, l’émotion est palpable à quelques jours de la fermeture définitive. Les clientes se succèdent, souvent venues par solidarité. Émilie, habitante de Saint-Michel, repart les bras chargés de derniers livres pour sa fille : « C’était un endroit très chouette, avec beaucoup de choix pour faire de petits cadeaux », glisse-t-elle. Monique, cliente de longue date, se souvient des conseils avisés des libraires : « On venait ici les yeux fermés, on trouvait toujours un livre adapté à chaque enfant. » Pour Justine, professeure de théâtre pour enfants, la fermeture est une perte culturelle : « La littérature jeunesse est essentielle, et ici on trouvait des ouvrages sur des sujets très précis », regrette-t-elle.
Jusqu’au 28 janvier, une liquidation totale du stock est proposée. Une dernière occasion de franchir les portes de Tire Lire, avant que ne se referme un chapitre marquant de la vie culturelle toulousaine. Et que s’en ouvre un nouveau avec Mon Chat Pitre, une librairie généraliste où l’on croisera des félidés à moustaches…