Face à un Royaume-Uni exsangue dans sa lutte contre l’islamisme, les Émirats arabes unis prennent les choses en main. Abu Dhabi a annoncé ce jeudi restreindre le financement accordé à ses ressortissants désirant étudier dans les universités britanniques, en réponse au refus de Londres d’interdire les Frères musulmans sur son territoire.

Détérioration des relations

Cette décision s’inscrit dans un contexte de lente détérioration des relations les deux pays, alliés historiques. Au mois de juin dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur émirati avait publié une liste des établissements étrangers dont les diplômes seraient certifiés et les bourses étudiantes approuvées. Sur cette liste figurent des pays comme les États-Unis, la France, Israël ou l’Australie… mais pas le Royaume-Uni.

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D’après les témoignages de sources proches du dossier au Financial Times, les EAU ont pris cette décision car refusent « que leurs enfants soient radicalisés sur les campus ». Face à l’incompréhension du gouvernement britannique, invoquant la liberté académique, Abu Dhabi a bien répondu que cette omission n’était pas un « oubli ».

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D’après les services de renseignement du pays, la radicalisation touche de plus en plus d’étudiants : 70 d’entre eux ont été signalés pour « radicalisation islamiste » en 2023-2024, soit le double de l’année précédente. En 2015, 10 ans après le rapport choc dévoilé par le ministère de l’Intérieur français sur les Frères musulmans, Downing Street avait mené une vaste enquête sur la mouvance frériste, dont les conclusions avaient nié son implication dans des activités terroristes au Royaume-Uni.

Depuis le Printemps arabe de 2011, les EAU ont quant à eux mené une intense politique de répression de la mouvance frériste, notamment sous l’actuelle présidence de Cheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan, afin de limiter la pénétration de l’islam politique dans les institutions. Depuis plusieurs années, Abu Dhabi dénonce l’inanité du gouvernement britannique face aux Frères musulmans, malgré la promesse de Keir Starmer début 2025 d’un « examen attentif » de ceux-ci.

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À droite, le chef du parti populiste Reform UK Nigel Farage, en tête dans les sondages, a promis d’interdire les Frères musulmans s’il devenait Premier ministre. D’après le FT, le gouvernement émirati avait financé la venue de Farage à Abu Dhabi au printemps 2025. Selon un universitaire interrogé par le quotidien britannique, la guerre à Gaza et ses conséquences ont eu « un impact déstabilisateur » sur les campus britanniques, avec une pénétration « des activités islamistes ». 

Cette décision met à mal les liens forts qui unissent les deux pays. Le Royaume-Uni constitue le plus gros marché d’exportation pour les EAU, naguère membre de l’Empire colonial britannique jusqu’à son indépendance en 1971, et accueille de nombreux étudiants émiratis – grâce aux bourses octroyées par Abu Dhabi. Pourtant, en 2025, seuls 213 ont obtenu un visa pour étudier au Royaume-Uni, soit une baisse de 55 % par rapport à 2022. À cela s’ajoutent d’autres sujets de tensions, comme la tentative avortée des EAU de racheter le quotidien The Daily Telegraph, Londres accusant Abu Dhabi de soutenir les rebelles paramilitaires au Soudan, et l’affaire opposant la Premier League anglaise et le club de Manchester City – propriété émiratie. De l’autre côté de la Manche, le président du RN Jordan Bardella a réagi sur son compte X : « Un État dont la religion officielle est l’islam s’inquiète de l’intégrisme islamiste qui sévit dans un pays européen : ce renversement en dit long sur notre aveuglement et notre faiblesse face à cet obscurantisme qui s’installe chez nous », a-t-il martelé.