Les mairies n’ont aucune obligation de disposer d’une police municipale. Ce rappel un peu abrupt risque de surprendre sous nos latitudes, a fortiori au moment où la sécurité devient un incontournable thème de campagne. Il convient donc de noter que le pays ne compte que quelque 4 000 polices municipales (et moins de 30 000 agents) pour 36 000 communes.

Dans la région pourtant, la question ne semble même pas se poser. Ici, c’est la règle et à l’approche des élections, aucun candidat n’a émis l’idée de supprimer une « PM ».

Pour répondre à la grandissante exigence de sécurité des électeurs, beaucoup promettent au contraire de muscler encore les effectifs en particulier en assurant du 24 heures sur 24. « Sans augmentation d’effectif, c’est une foutaise, tranche illico un gradé… Avec les congés et les repos, pour avoir une patrouille de trois bonshommes la nuit, il faut en embaucher dix. Ça veut dire un budget de 700 000 à 800 000 euros par an. » Dans les communes de dimension moyenne, ça peut ajouter un point à la feuille d’impôts. De quoi faire rapidement dévisser la popularité de la mesure.

En attendant, le jeu des promesses électorales place les agents dans un état d’esprit paradoxal. Si l’importance de leur mission est mise à l’honneur, ils aimeraient que leurs conditions de travail intéressent autant les candidats (et les électeurs).

Or le sujet reste un « angle mort des discours de campagne » pour cet autre policier. « L’accent est souvent mis sur les effectifs, l’armement, la vidéosurveillance, l’élargissement des compétences mais le volet social des policiers municipaux est rarement abordé : rémunérations, déroulement de carrière, pénibilité, reconnaissance statutaire… » Autant de sujets qui suscitent « malaise professionnel, difficulté de fidélisation des agents et sentiment de décalage entre les annonces politiques et la réalité du terrain. ».

« Connaître le terrain et les habitants »

Des questions qui s’ajoutent à celle structurelle de la « clarification des rôles entre État et communes ».

La répartition des rôles entre PM et police nationale ou gendarmerie reste compliquée. « On devrait être essentiellement une assistance… Mais dans la majorité des cas, nous sommes les primo-intervenants », s’agace un responsable en évoquant sans distinction un accident de la circulation et un homicide. « Mais quand le 17 nous appelle et nous dit « tu peux envoyer quelqu’un, moi je n’ai personne », qu’est-ce qu’on peut faire ? On serre les dents et on y va. »

Pas question pour autant de confondre les métiers. « Nous ne sommes pas là pour faire des enquêtes, mais pour connaître le terrain et les habitants. Policier municipal, c’est un métier de voie publique pour dissuader et produire de la tranquillité. Il faut être curieux de tout pour remarquer si quelque chose n’est pas habituel et pour que notre présence rassure. Mais ça, la place Beauvau (le ministère de l’Intérieur, Ndlr) n’a toujours pas compris » soupire-t-on dans un poste de l’aire toulonnaise.

S’ils sont présentés comme indispensables à la sécurité publique dans les villes et villages (et régulièrement mis à contribution par les services d’enquête), les « municipaux » perçoivent toujours méfiance et condescendance de la part des structures d’État. « On ne les intéresse pas. On nous a toujours considérés comme des « petits » policiers à côté des « vrais ». Jusqu’aux attentats, on n’avait pas le droit d’avoir des 9 mm par exemple… Expliquez-moi aussi pourquoi pour identifier un véhicule, un garagiste a accès à plus d’informations que nous ? L’État n’aime pas qu’on ait plus ou mieux. On n’est considéré comme la troisième force de sécurité intérieure que quand ils ont besoin de nous et que ça les arrange ». À défaut d’être compris par le ministère de l’Intérieur, les municipaux aimeraient être compris par les candidats… et surtout ceux qui seront élus.

Agents territoriaux, les policiers municipaux que nous avons interrogés ont souhaité témoigner de façon anonyme en cette période électorale.