Le Royaume-Uni et l’Union européenne négocient une levée de certaines contraintes administratives imposées depuis le Brexit, mais Bruxelles redoute que ces efforts soient ruinés par le retour au premier plan de Nigel Farage et demande des garanties, selon le Financial Times.

Chat échaudé craint l’eau froide. Alors que le Royaume-Uni a entamé des démarches pour se rapprocher de l’Union européenne depuis l’arrivée au pouvoir du travailliste Keir Starmer en 2024, Bruxelles veut se prémunir du « risque Nigel Farage ». Ce dernier, grand promoteur du Brexit, est revenu sur le devant de la scène politique britannique avec son parti d’extrême droite Reform UK, et promet à nouveau de couper les ponts avec le continent s’il parvenait au pouvoir.

Pour poursuivre les discussions, l’Union européenne a donc exigé que Londres s’engage à lui verser une compensation financière si le gouvernement britannique venait encore à faire volte-face.

Selon le Financial Times, une clause de résiliation – assortie « d’une importante indemnité » – a ainsi été convenue au cas où le Royaume-Uni finissait par se retirer d’un accord visant à alléger les contraintes administratives sur les échanges de produits alimentaires. Un projet d’accord vétérinaire destiné à réduire drastiquement les lourdeurs administratives pesant sur les exportations britanniques de produits alimentaires et de boissons vers l’UE.

Cet accord sanitaire et phytosanitaire stratégique pour le gouvernement Starmer pourrait faire grimper les exportations agroalimentaires britanniques vers l’UE de 22%, selon une étude des universités d’Aston et de Bristol, publiée en 2024.

« Un accord à long terme »

D’après le média anglais, les diplomates de Bruxelles ont surnommé cette disposition la « clause Farage », l’un d’eux précisant qu’il s’agit d’une « mesure de sécurité visant à assurer la stabilité et à dissuader Farage et ses acolytes ».

Ce diplomate ajoute que « l’UE souhaite un accord à long terme et pas seulement jusqu’en 2029 », date des prochaines élections générales.

Car le projet est politiquement explosif. Reform UK et les conservateurs ont déjà promis de l’abroger, dénonçant une atteinte à la souveraineté juridique du Royaume-Uni. Nigel Farage accuse Keir Starmer de « brader notre souveraineté parlementaire », tandis que la cheffe des conservateurs Kemi Badenoch rejette tout accord impliquant une influence de la Cour de justice de l’Union européenne.

Après avoir caracolé en tête des sondages l’année dernière, la dynamique de Nigel Farage semble toutefois s’essouffler. Fin décembre, Reform UK recueillait 25% des intentions de vote, soit son niveau le plus faible depuis plus de six mois après avoir atteint un pic à 32% en septembre, selon un sondage réalisé par YouGov, rapporté par The Independent. Les travaillistes et les conservateurs se redressent légèrement (20% et 19% des intentions de vote), mais restent en grande difficulté.

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Depuis son retour au pouvoir, le Parti travailliste est confronté à une économie à la peine. La croissance stagne (+0,1% au troisième trimestre), tandis que le déficit (aux alentours de 5% du PIB l’an passé) et la dette inquiètent les marchés. Keir Starmer et les travaillistes blâment les conséquences du Brexit et les « décisions néfastes » des conservateurs, au pouvoir pendant 14 ans.