L’agriculture réunionnaise fragilisée par l’accord UE-Mercosur
12 janvier, par Jean-Michel Moutama
Les agriculteurs sont une fois de plus les victimes silencieuses de l’impuissance politique. Le dossier du Mercosur en est une démonstration éclatante. La France, incapable de réunir une minorité de blocage, laisse avancer une procédure qu’elle affirme pourtant refuser. Pour le monde agricole, ce n’est pas une erreur technique : c’est une trahison politique.
La France, pays fondateur de l’Europe, un comble que sa voix ne soit plus entendue. Ce déclassement est incompréhensible et inacceptable. Comment un pays qui a construit le projet européen peut-il aujourd’hui se retrouver isolé, incapable de défendre ses propres lignes rouges, notamment quand il s’agit de son agriculture et de sa souveraineté alimentaire ?
Depuis des mois, les agriculteurs alertent. Nous parlons de concurrence déloyale, de normes sanitaires et environnementales inexistantes dans les pays du Mercosur, de charges toujours plus lourdes imposées aux producteurs français, pendant que l’on ouvre grand les frontières européennes. Ces alertes ne sont ni nouvelles ni marginales. Elles sont partagées par de nombreux pays. Pourtant, aucune alliance solide n’a été construite.
Dans l’Union européenne, la protection de l’agriculture ne se fait pas à coups de déclarations tardives. Elle se fait par le rapport de force, par l’anticipation et par la construction de coalitions. Or, sur ce dossier, les dirigeants français ont failli. Ils ont préféré la communication à l’action, laissant les agriculteurs payer le prix de cette absence de stratégie.
Nous assumons une agriculture exigeante, productive et responsable. Mais nous refusons qu’elle soit sacrifiée sur l’autel du libre-échange. Imposer toujours plus de normes aux producteurs français tout en laissant entrer des produits qui ne les respectent pas, ce n’est pas de l’écologie, ce n’est pas de l’Europe, c’est une concurrence déloyale organisée.
La France n’est pas faible. Ce sont ses dirigeants qui ont cessé de la faire respecter.
Gouverner, ce n’est pas expliquer après coup pourquoi on a perdu. Gouverner, c’est défendre en amont ceux qui produisent, nourrissent et font vivre les territoires.
Le Mercosur doit servir d’avertissement. Le monde agricole n’acceptera plus d’être la variable d’ajustement de l’échec diplomatique français. Nous attendons des actes, pas des excuses. Et s’ils ne viennent pas, la mobilisation deviendra inévitable.
Moutama Jean Michel
Président de la CGPER