L’idée d’une « armée européenne », serpent de mer de la politique continentale depuis des décennies, revient sur le devant de la scène avec une urgence inédite. En déplacement en Suède, Andrius Kubilius n’a pas utilisé de pincettes : il préconise la mise sur pied d’une force militaire commune de 100.000 hommes.
L’objectif est clair : compenser le retrait potentiel des soldats américains stationnés en Europe, qui constituent aujourd’hui la colonne vertébrale de notre défense. « Comment remplacerons-nous la force américaine si elle s’en va ? », a interrogé l’ancien Premier ministre lituanien, pointant du doigt le virage stratégique de Washington.
Cette sortie intervient dans un climat diplomatique électrique. Les récentes déclarations de Donald Trump concernant son ambition d’annexer le Groenland, couplées à son désintérêt manifeste pour l’OTAN, alimentent les craintes d’un abandon pur et simple de l’alliance transatlantique.

Un « Conseil de sécurité européen » pour décider vite
Washington ne s’en cache plus : sa priorité est désormais la Chine, et les Européens sont sommés de gérer seuls la menace russe à leurs frontières.
Pour donner du muscle à cette vision, Kubilius propose également la création d’un Conseil de sécurité européen. Cet organe restreint (10 à 12 membres), incluant potentiellement le Royaume-Uni malgré le Brexit, aurait pour mission d’accélérer la prise de décision en cas de crise majeure.
La priorité absolue de cette instance ? L’Ukraine. Pour le commissaire, l’Europe doit reprendre la main pour éviter une défaite de Kiev. « Nous avons besoin de ce Conseil maintenant pour infléchir le scénario du conflit », a-t-il martelé.
Si le projet séduit par sa clarté, il se heurte à un obstacle historique : la souveraineté nationale. Jusqu’ici, aucun gouvernement européen n’a accepté de céder le contrôle de ses troupes à Bruxelles. Mais avec un conflit aux portes de l’UE et un allié américain de plus en plus imprévisible, le vieux continent pourrait bien être forcé de sauter le pas pour assurer sa survie.