Par

Guillaume Laurens

Publié le

11 janv. 2026 à 18h48

Après les « opérations buses » organisées ces jours-ci dans le département – et dont Actu Toulouse vous dévoilait la teneur samedi –, les agriculteurs en colère entendent à nouveau changer de braquet et envisagent une nouvelle mobilisation d’ampleur dans les rues de Toulouse. Elle se déroulera ce mercredi 14 janvier 2026, une semaine après la dernière qui a été semée d’embûches par les autorités. Et si le préfet leur met à nouveau des bâtons dans les roues, en interdisant les tracteurs ? Ils entendent revendiquer « l’entraide entre agriculteurs », un principe prévu au Code rural. Explications.

« On invite tous les agriculteurs d’Occitanie à nous rejoindre »

« On revient sur Toulouse mercredi », annonce à Actu Toulouse Luc Mesbah, céréalier à Longages, au nom de l’intersyndicale (FDSEA, JA, Coordination rurale et Confédération paysanne) en Haute-Garonne : « On repart sur une grande mobilisation et, cette fois, on invite tous les agriculteurs d’Occitanie à venir nous rejoindre dans la capitale régionale, par tous les moyens qui sont à leur disposition ».

Tous les moyens ? « Véhicules routiers, tracteurs, camions… Tout ce que peut compter une exploitation agricole », sourit Luc Mesbah. Le secrétaire général de la FDSEA en Haute-Garonne fait ainsi allusion à la mesure prise par la semaine derrière par le préfet Pierre-André Durand, qui avait d’abord interdit tous les tracteurs et engins agricoles de se rendre dans la Ville rose – et ce « hors motif légitime lié à des travaux agricoles et à la desserte locale », écrivait-il -, avant de prohiber purement et simplement toute manifestation…

« L’entraide entre agriculteurs, c’est dans le code rural »

« L’arrêté préfectoral prévoyait une interdiction de circulation des engins, tout en tolérant les activités agricoles, donc ce n’est pas compliqué », s’exclame Luc Mesbah, qui enchaîne : « Tout agriculteur qui circule sur un acte routier peut faire de l’entraide entre agriculteurs, c’est dans le Code rural ».

À titre personnel, j’ai des amis très proches de Toulouse, je vais leur rendre visite pour les aider mercredi, peut-être que je vais leur porter une tonne à lisier…

Luc Mesbah
Secrétaire général de la FDSEA en Haute-Garonne

Et si les engins s’arrêtent sur la chaussée, ce qui est également interdit ? « Cela peut arriver qu’un tracteur tombe en panne sur la route », dit le syndicaliste.

Vidéos : en ce moment sur ActuMais c’est quoi, « l’entraide entre agriculteurs » ?
Comme l’avance Luc Mesbah, « l’entraide entre agriculteurs » est un principe de droit, prévu par le Code rural et de la pêche maritime (article L 325-1). Cela correspond à « des échanges de services en travail et en moyens d’exploitation » entre personnes ayant le statut d’agriculteurs. Cela « implique gratuité, réciprocité et équivalence des échanges », rappelle la MSA.« Ils n’y arriveront pas… Et ça leur pend au nez »

Luc Mesbah s’interroge au passage face à « la proportionnalité des mesures de rétorsion par rapport à d’autres mouvements sociaux ». Mercredi dernier, la manifestation dans la Ville rose – qui était donc prohibée – s’est soldée par 17 interpellations. « Ils veulent interdire nos engins agricoles ? C’est très bien », ironise aussi Maxime Raud, le président de la Coordination rurale, qui annonce la couleur : « Avec les tracteurs, ils arrivent encore à nous contenir, mais avec les voitures, ils n’y arriveront pas… Et ça leur pend au nez ».

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Les autorités envoient les forces de l’ordre aux organisations syndicales à la moindre action, alors qu’elles laissent un agriculteur bloquer une autoroute pendant un mois… [allusion à Jérôme Bayle qui est toujours mobilisé à Carbonne avec les Ultras de l’A64, l’association aux commandes de la chambre d’agriculture, NDLR].

Maxime Raud
Président de la Coordination rurale de Haute-Garonne

Quelles sont les revendications des agriculteurs ?

« Nos revendications sont claires », rappelle Luc Mesbah, qui regrette : « Les retours du gouvernement ne sont pas à la hauteur… On est même loin du compte ». Si leurs demandes sont diverses et variées, l’enjeu premier pour ces agriculteurs réunis en intersyndicale (hors Ultras de l’A64) reste de revoir le protocole en vigueur face à la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : « La ministre dit avoir doublé l’aide allouée aux éleveurs, mais le doublement de l’enveloppe promise ne suffira pas sur un département comme le nôtre, car cela va concerner 300 éleveurs. Or, il y en a 1 180 en Haute-Garonne, on fait quoi des autres ? »

Quant à l’accord du Mercosur, « il sera signé, on n’est pas dupes », soupire-t-il, avant de réclamer, pour y faire face, de réelles avancées en matière de « simplification administrative, afin de nous débarrasser de la paperasse, de nous laisser travailler sur notre métier, et de nous permettre ainsi d’être compétitifs face à la concurrence… ».

Vers de nouveaux arrêtés préfectoraux ?

D’après nos informations, Pierre-André Durand n’a encore pris aucun arrêté à l’encontre de cette nouvelle manifestation prévue dans la Ville rose. Le fera-t-il d’ici mercredi ? Contactée, la préfecture n’a pas répondu à nos sollicitations.

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