Il y a urgence. L’espace attire les convoitises depuis des années et, revers de la médaille, devient une grande poubelle de débris au-dessus de nos têtes. L’Agence spatiale européenne (Esa) a comptabilisé en 2025 environ 40.000 objets suivis en orbite, dont 11.000 satellites actifs (18 % de plus qu’en 2020) et 1,2 million de débris. Si le risque de faire des victimes est limité, le danger existe : le risque de collision dans l’espace augmente alors que les satellites sont de plus en plus nombreux. La menace ultime est le « syndrome de Kessler », du nom d’un chercheur de la Nasa qui, à la fin des années 1970, avait prédit une réaction en chaîne par laquelle une collision entre deux satellites produit de nombreux fragments qui vont eux-mêmes détruire d’autres vaisseaux jusqu’à rendre inutilisable l’orbite basse.
« On ne sait pas à quel moment ce syndrome peut se déclencher. Mais il aurait un véritable impact sur le quotidien. On n’aurait plus de météo ni d’observation de la Terre », craint Aurélie Baker. Depuis 2023, la directrice France d’Aiko assure le développement de trois logiciels embarqués, qualifiés d’intelligents, capables de prendre des décisions autonomes directement à bord. « Notre technologie permet aux satellites de conserver leur orbite et de détecter les menaces, d’évaluer et d’exécuter des manœuvres en temps réel », assure Aurélie Baker, passée par le pôle de compétitivité Aerospace Valley durant dix ans.
Deux levées de fonds
Encore au stade de la recherche et du développement, les trois solutions bénéficieront de la levée de fonds de 10 millions d’euros censée être bouclée au premier semestre 2026. Leur mise en service à bord des satellites est annoncée pour 2027. La filiale France, qui a bénéficié de l’accélérateur District d’Aerospace Valley et de l’accompagnement de l’Esa Bic Sud France, devrait doubler ses effectifs pour atteindre une douzaine de personnes à la fin de l’année. Fondée en 2017, à Turin, en Italie, Aiko développe des logiciels spécialisés dans les technologies, mêlant un algorithme d’intelligence artificielle, pour garantir l’autonomie des missions spatiales. Cette scale-up d’une soixantaine de salariés a déjà mené une série A de 5 millions d’euros fin 2024.
Audrey Sommazi
Sur la photo d’illustration : La Terre entourée d’une multitude de débris spatiaux pouvant endommager les satellites. Crédits : Nasa.