Cette femme originaire de Nouvelle-Angleterre se souviendra toute sa vie de son voyage de trois semaines en Thaïlande, au Japon et à Hawaï. À son retour, des symptômes étranges sont apparus : une sensation de brûlure aux pieds, aux bras et au niveau du tronc, suivie de violents maux de tête et d’une confusion.

C’est seulement au bout de sa troisième visite aux urgences que les médecins ont pu poser un diagnostic. Elle souffrait d’une infection parasitaire qui touche généralement les animaux, rarement les humains. Son cas a été décrit dans la revue The New England Journal of Medicine

Un taux de globules blancs anormalement élevé

Tout a commencé par une étrange sensation de brûlure aux pieds. Les jours suivants, la douleur lancinante s’est propagée le long de ses jambes. Au moindre contact, cette douleur s’intensifiait et n’était pas soulagée avec des antalgiques classiques.

La jeune femme décide de se rendre aux urgences trois jours après l’apparition des premiers symptômes. À l’examen clinique, les médecins ne détectent rien d’anormal. Ses analyses de sang sont aussi normales excepté un taux d’éosinophiles élevé. Ce type de globules blancs augmente dans le sang en cas de cancer, d’infections parasitaires ou en présence de certaines allergies. Pas plus inquiets que cela, les médecins renvoient la patiente chez elle avec la consigne de consulter son médecin traitant. 

Mais les jours suivants, son état de santé ne s’améliore pas. La sensation de brûlure devient plus intense et envahit son tronc et ses bras. À cela s’ajoutent des maux de tête importants qui ne sont pas soulagés avec des antalgiques vendus sans ordonnance. La trentenaire retourne aux urgences. Comme lors de sa première visite, l’examen clinique et les analyses de sang sont normaux, mais son taux d’éosinophiles est très élevé : 1 050 alors que le taux de référence est compris entre 0 et 400. On lui administre un traitement par voie intraveineuse pour soulager ses violents maux de tête, puis on la renvoie chez elle en l’invitant à consulter son médecin traitant.

Une infection causée par le ver pulmonaire du rat

Le lendemain, la patiente se réveille confuse. Son conjoint l’emmène aux urgences une troisième fois, cette fois-ci à celles d’un autre hôpital. Les médecins constatent qu’elle est incapable de répondre de façon cohérente à leurs questions ou de suivre des instructions. Rapidement, l’équipe médicale soupçonne une infection parasitaire liée à son récent voyage à Bangkok (Thaïlande), Tokyo (Japon) et Hawaï.

Après l’avoir interrogé sur ce qu’elle avait mangé lors de ses vacances à l’étranger, les médecins décident de réaliser des examens plus poussés, notamment une ponction lombaire. Ils constatent que son liquide céphalo-rachidien présente un taux de 694 globules blancs par microlitre, alors que la norme se situe entre 0 et 5.

Après avoir recherché des données sur les infections susceptibles de se développer dans les trois lieux qu’elle avait fréquentés et de correspondre à ses symptômes, les médecins établissent une liste de dix causes infectieuses possibles : huit parasites et deux champignons pathogènes. Leur diagnostic se pose sur l’angiostrongylose, une infection causée par le nématode (ver rond) Angiostrongylus cantonensis, également connu sous le nom de ver pulmonaire du rat.


Larve infectieuse d’Angiostrongylus cantonensis au troisième stade (L3), récupérée sur une limace. Image obtenue par microscopie à contraste interférentiel différentiel (DIC). © CDC

Chez l’être humain, l’ingestion accidentelle de ce ver est très dangereuse

Ce ver ne touche normalement que les rats, les limaces et les escargots. Il suit un cycle de vie complexe chez ces animaux, mais ne représente aucun danger pour eux. En revanche, chez l’être humain, son ingestion accidentelle (à travers la consommation d’aliments contaminés crus ou peu cuits ) perturbe ce cycle de vie inoffensif. Une fois ingérées, les larves de ces vers tentent de reprendre leur cycle normal, mais se retrouvent vite dans une impasse. Une fois arrivées dans le tube digestif, elles tentent de rejoindre les muscles et se dirigent vers le cerveau. Pour cela, elles migrent par voie sanguine ou le long des nerfs périphériques pour atteindre le système nerveux central.

Ce déplacement le long des nerfs périphériques est à l’origine de troubles sensoriels, notamment les brûlures aux pieds ressenties par la patiente. Au niveau de la moelle épinière, cette migration peut également provoquer des dysfonctionnements intestinaux ou vésicaux. Quand ils arrivent dans le système nerveux central, ces parasites peuvent entraîner des maux de tête violents, une confusion, des convulsions, des problèmes oculaires et même une encéphalopathie.

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Un ver à l’origine de petites épidémies à Hawaï

L’Angiostrongylus cantonensis est un véritable fléau à Hawaï. Ces dernières années, il a provoqué de petites épidémies dans cet État américain. En 2017, 19 cas ont été confirmés, mais le nombre total de cas est resté inférieur à 10 chaque année depuis.

Après avoir posé le diagnostic d’angiostrongylose du système nerveux central, confirmé par un test de l’ADN du parasite trouvé dans le liquide céphalo-rachidien, les médecins ont prescrit à la patiente de la prednisone (un corticoïde immunosuppresseur) et de l’albendazole (un antiparasitaire) pendant 14 jours. 

Ce traitement a permis de traiter efficacement l’infection et la jeune femme a pu rentrer chez elle après six jours d’hospitalisation.