Dans le salon, canapé Gae en velours (coloris Virgin Island Salt) dessiné par Sandra Benhamou et, au-dessus, œuvre textile de Marie Hazard (The Journal Gallery). Table basse de Pierre Jeanneret. Paire de fauteuils de Sergio Rodrigues. À gauche, lampadaire de Pierre Guariche et tableau d’Amélie Chabannes. Au premier plan, guéridon tripode de Jean-Michel Frank (galerie Maxime Flatry) et coupe de Jean Dunand.
En 1906, le peintre autrichien Gustav Klimt réalise le portrait de Fritza Riedler, figure de la haute bourgeoisie viennoise. Assise sur un imposant fauteuil, vêtue d’une robe à volants couleur eau-de-Nil, elle pose devant des aplats de teintes chaudes, parsemés de mosaïques. De cette œuvre phare, Sandra Benhamou retient les couleurs, les motifs, l’équilibre entre douceur et rigueur, qui impulseront l’esprit de cet appartement, situé au dernier étage d’un immeuble parisien des années 1930. L’architecte s’est vu confier la restructuration complète de ce vaste intérieur de 160 m² appartenant à une écrivaine, collectionneuse d’art contemporain et de design. Une fois les espaces entièrement repensés, Sandra Benhamou imagine un cocon ouvert et apaisant, un lieu où la propriétaire pourrait se consacrer à son travail d’écriture en toute quiétude. « Il y a ici un côté à la fois très doux et très structuré. C’est un lieu protecteur, très référencé, sans être pompeux », précise celle à qui l’on doit de nombreux intérieurs privés dans la capitale et des scénographies d’expositions.
Dans la petite bibliothèque, trois œuvres de Gideon Rubin (galerie Karsten Greve). Devant un tabouret de Pierre Chareau,
cendrier Fontana Arte. À gauche, lance provenant de la galerie Lucas Ratton.
Sandra Benhamou partage des affinités esthétiques avec la propriétaire des lieux, notamment pour les maîtres de l’architecture et du design italiens. L’univers de Carlo Scarpa a été ici un point d’appui, plus particulièrement la boutique Olivetti, réalisée à Venise à la fin des années 1950, dont l’art du détail et la modernité intemporelle est, pour Sandra Benhamou, un repère. La claustra en bois et le sol en travertin incrusté de laiton dans la cuisine sont autant de clins d’œil au designer Italien. La salle à manger, servant également d’espace de travail à la propriétaire, est inspirée du salon parisien d’Helena Rubinstein, avec son habillage de boiseries pensé pour exposer des œuvres d’art. Chaque pièce de l’appartement reflète ainsi un choc esthétique, de ceux qui marquent et influencent invariablement.
Dans le couloir, tabouret de Pierre Chareau (galerie Maxime Flatry). Suspension de Poul Henningsen pour Louis Poulsen. Au mur, appliques Sole de Sandra Benhamou. Au fond, console de Christian Liaigre.
Page de droite, dans la cuisine dessinée par Sandra Benhamou, les portes sont réalisées en chêne et sisal ; la crédence, en travertin Dorato ; et les plans de travail, en travertin Navona.
Ici, la couleur révèle l’espace de manière contextuelle. L’appartement est ponctué de teintes douces et sourdes. Dans le salon, le canapé vert Gae, baptisé ainsi en référence à Gae Aulenti, autre grande figure du design italien, a été dessiné spécialement pour le lieu. Il épouse la courbe du salon au parquet en diamant. Un sofa aujourd’hui décliné dans la collection de mobilier de Sandra Benhamou. Dans la salle de bains, un travertin Rosso déploie sa subtile palette naturelle, allant du rouge au rose. Les murs enduits à la chaux par l’Atelier Tourtoulou dans les chambres et les volets intérieurs en bois de la cuisine propulsent instinctivement dans un ailleurs solaire. « On pourrait presque se croire en Italie ou dans le sud de la France », confirme Sandra Benhamou. « J’ai créé de nombreux jeux de lumière dans cet appartement, avec des miroirs, des ouvertures, des grandes portes vitrées qui se répondent », poursuit-elle.
Au fil de ses projets, Sandra Benhamou affirme sa manière intuitive et singulière d’assembler, sans ostentation, trouvailles vintage, pièces rares et œuvres contemporaines. Cet appartement n’échappe pas à la règle. « Il y a eu ici un vrai travail de recherche avec la propriétaire des lieux pour chiner les bonnes pièces. Parmi elles, une table sculpturale en bois signée Mario Ceroli, des chaises de Gaetano Pesce, une tête de lit en noyer de Gio Ponti. Il fallait aussi que cela s’accorde avec sa propre collection d’art », explique-t-elle. On imagine sans peine les échanges enthousiastes entre ces deux femmes à la sensibilité esthétique tangible.
Tête de lit en bois de Gio Ponti et lampe de chevet chinée. Au-dessus, tableau d’un artiste russe du courant suprématiste. Suspension italienne vintage. À gauche de la fenêtre, tableau d’Amélie Chabannes et buste
provenant des Beaux-Arts. Devant la fenêtre, bureau et lampe de Gio Ponti (galerie Maison Verrsen).
Dans la chambre, lampadaire Stilnovo et un dessin de Rainier Lericolais.