Le procès de Shahriar J. a commencé à huis clos devant une chambre spéciale pour mineurs car le prévenu avait 16 ans au début des faits qui lui sont reprochés, début 2021.

Le jeune homme était présent physiquement au premier jour d’audience, a confirmé le parquet à l’AFP.

En détention provisoire depuis son arrestation le 17 juin, « White Tiger » – son pseudonyme sur internet – est soupçonné d’un total de 204 infractions sur plus de 30 victimes, des enfants et des adolescents résidant en Allemagne, au Canada, en Finlande et aux Etats-Unis, entre janvier 2021 et septembre 2023.

Il encourt une peine maximale de 10 ans de prison, a fait savoir vendredi Marayke Frantzen, la porte-parole du tribunal.

« Cybergrooming »

L’affaire a mis en lumière un réseau mondial de prédateurs en ligne qui manipulent des jeunes vulnérables pour qu’ils se livrent à des actes de violence envers eux-mêmes, voire poussent d’autres victimes à en commettre.

Le réseau, connu sous le nom de « 764 », partageait des contenus ultra-violents, dont des images d’agressions sexuelles d’enfants, et ses membres échangeaient des conseils sur la manière d’appâter des victimes – le « cybergrooming » – afin de produire du contenu sexuellement explicite et dégradant, puis de l’utiliser pour les faire chanter.

Agissant à partir du domicile familial dans une banlieue de Hambourg, Shahriar J. est accusé d’avoir été l’auteur, par le biais d’un intermédiaire, d’un meurtre et de cinq tentatives.

Il aurait notamment poussé un adolescent transgenre de 13 ans vivant près de Seattle, aux Etats-Unis, à se suicider par pendaison sur un parking en janvier 2022. Un acte diffusé en direct sur internet.

Le magazine Spiegel affirmait dans une récente enquête que la victime avait été incitée à cela par une fille de 12 ans que l’accusé avait « torturée pendant sept mois » à distance jusqu’à qu’elle devienne sa complice.

Steffen Hoerning, représentant de la partie civile, est photographié avant le début du procès à huis clos "White Tiger" au tribunal régional pour mineurs de Hambourg, dans le nord de l’Allemagne, le 9 janvier 2026

Steffen Hoerning, représentant de la partie civile, est photographié avant le début du procès à huis clos « White Tiger » au tribunal régional pour mineurs de Hambourg, dans le nord de l’Allemagne, le 9 janvier 2026 © Marcus Brandt / POOL/AFP

Or il n’existe encore aucune « décision de justice comparable » avec une « chaîne de deux auteurs » intermédiaires, le prévenu et « cette enfant également psychiquement fragile, contre une autre victime présumée », a souligné Mia Sperling-Karstens, la porte-parole du parquet.

Autre difficulté juridique : les actes d’automutilation et les suicides n’étant « pas punissables », une personne ne peut en être jugée pénalement responsable que « si l’on ne peut plus parler d’une décision autonome de la victime », a-t-elle estimé.

Démontrer que l’accusé avait « la maîtrise de l’acte » que ses victimes ont commis à leur propre encontre sera « l’enjeu » du procès, a-t-elle poursuivi.

Mais, jusqu’à présent, uniquement « une petite fraction » des victimes a pu être identifiée » et une seule a souhaité se constituer partie civile, a insisté Mme Frantzen.

Cette adolescente de Finlande « a été amenée à se livrer à des automutilations lourdes », fait depuis l’objet d’un suivi psychiatrique et psychologique et doit parfois être hospitalisée, a expliqué son avocat Steffen Hörning, présent à Hambourg.

« Passé à tabac »

Shahriar J. « n’est ni un monstre, ni incurablement mauvais ou malade », ni encore « un sadique pédophile », ont affirmé ses avocats dans un communiqué.

Plutôt que « sa personnalité », ils mettent en cause internet, un « espace asocial » et non contrôlé qui constitue, selon eux, « un piège autant pour les auteurs que pour les victimes ».

Les avocates de la défense, Christiane Yüksel (à droite) et Christiane Berger (à gauche), avant l’ouverture du procès à huis clos "White Tiger" au tribunal régional pour mineurs de Hambourg, dans le nord de l’Allemagne, le 9 janvier 2026

Les avocates de la défense, Christiane Yüksel (à droite) et Christiane Berger (à gauche), avant l’ouverture du procès à huis clos « White Tiger » au tribunal régional pour mineurs de Hambourg, dans le nord de l’Allemagne, le 9 janvier 2026 © Marcus Brandt / POOL/AFP

Au cours de son transfert jeudi de l’isolement carcéral à une cellule collective, Shahriar J. a été « passé à tabac » par d’autres prisonniers, a affirmé vendredi son avocate Christiane Yüksel.

En plus de l’horreur suscitée par les faits présumés, l’affaire a mis les autorités allemandes dans l’embarras, en raison des quatre années écoulées entre le premier signalement à l’encontre de Shahriar J. et son arrestation.

Les autorités de Hambourg ont fait valoir le temps nécessaire à des investigations de ce type, en raison notamment, après perquisition de son domicile, de l’analyse « particulièrement chronophage » des données de son matériel informatique.

Un garçon de 14 ans consulte les réseaux sociaux sur son téléphone portable, près de Gosford (Australie), le 24 octobre 2025

Un garçon de 14 ans consulte les réseaux sociaux sur son téléphone portable, près de Gosford (Australie), le 24 octobre 2025 © David GRAY / AFP

De surcroît, « le fait que les victimes et les autres coauteurs vivent pour la plupart à l’étranger et ont parfois dissimulé leur identité » a encore compliqué le travail des enquêteurs, a avancé le gouvernement local.

Pour ce procès, le tribunal de Hambourg a prévu 82 jours d’audience, jusqu’au 17 décembre 2026.

Le parquet de cette ville enquête aussi actuellement sur un autre membre du réseau mais « il n’existe aucun indice d’un lien » entre ce suspect et Shahriar J., a assuré Mia Sperling-Karstens.