L’état des lieux de la sécurité sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur présente un visage à deux faces, presque contradictoires. D’un côté, une efficacité apparente contre la délinquance d’appropriation ; de l’autre, une montée des tensions sociales et criminelles qui irriguent le quotidien des habitants.

En analysant les données du ministère de l’Intérieur entre 2016 et 2024 pour Nice, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var, Vence et La Trinité, on observe un basculement des formes de délinquance.

La chute libre des cambriolages

Les atteintes aux biens sont en nette régression. Dans les cinq communes étudiées, les cambriolages de logement ont fortement baissé en huit ans de -43,4 % à Nice, -35,2 % à Saint-Laurent-du-Var, -47 % à Cagnes-sur-Mer. À Vence, le recul est le plus spectaculaire du territoire : – 71,9 %. La Trinité suit cette dynamique avec -42,6 %.

« Si les atteintes aux biens enregistrées ont connu des baisses sensibles, la meilleure prise en compte des délits routiers et surtout des violences intrafamiliales connaît des effets statistiques importants », contraste Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers.

La poussée des violences intrafamiliales et du trafic de drogue

S’agissant des violences, Alain Bauer prévient : « Aucun territoire métropolitain n’échappe à une poussée rapide de la violence des homicidités (homicides et tentatives). » C’est particulièrement le cas des violences physiques intrafamiliales qui ont explosé. De 43,9 % en huit ans à Nice, 60,5 % à Cagnes-sur-Mer, 76,3 % à Vence, 79,5 % à Saint-Laurent-du-Var et 355 % à La Trinité(1).

Les violences physiques hors cadre familial ont aussi augmenté entre 2016 et 2024 mais dans de moindres proportions : 36,9 % à Vence (57 victimes en 2024), 29,7 % à Cagnes-sur-Mer (158 victimes), 7,6 % à Nice (1642 victimes), 6,1 % à Saint-Laurent-du-Var (83 victimes) et 5,5 % à La Trinité (34 victimes).

Le territoire est, comme beaucoup d’autres en France, gagné par le trafic de stupéfiants. À Nice, le nombre de mis en cause dans ce cadre a explosé de 68,6 % entre 2016 et 2024. Alain Bauer pointe une mutation de la criminalité organisée : « L’enracinement du narcotrafic est marqué par des guerres des zones de chalandise qui s’atténuent à Marseille (…) mais s’accentuent sur les nouvelles cibles de la DZ Mafia, déjà implantée à Nice et dans sa métropole. »

Un sentiment d’insécurité qui persiste

Malgré la baisse des cambriolages et d’autres indicateurs comme les vols ou les dégradations volontaires, le sentiment d’insécurité reste une préoccupation majeure.

Selon l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du ministère de l’Intérieur, 15 % de la population nationale se sentent en insécurité à domicile et 22 % dans leur quartier en 2024.

1. « L’appareil statistique administratif ne prend pas en compte la localisation des faits, mais des dépôts de plainte. Il n’enregistre que ce qui est déclaré par les victimes et donne lieu à un début de procédure », nuance Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers.