Invité ce dimanche du « Grand Jury RTL-Le Figaro-M6-Public Sénat », l’ancien premier ministre a jugé inapproprié le coup de pression de l’exécutif pour éviter une censure. Une démarche contraire au « moment de démocratie » que représentent les municipales.
Bluff ou vraie menace ? Visé par deux motions de censure déposées par le RN et LFI sur le Mercosur – accord commercial Europe-Amérique latine auquel l’UE a donné son feu vert ce vendredi, malgré l’opposition de la France -, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a agité le spectre d’une nouvelle dissolution en cas de chute du gouvernement. Une hypothèse également évoquée sur le dossier budgétaire, où le compromis semble, à ce stade, hors de portée, alors que les députés ont rejeté ce week-end le texte en commission. Concrètement, l’élu de l’Eure a donné instruction au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de plancher sur l’organisation d’éventuelles élections législatives concomitantes aux municipales, les 15 et 22 mars prochains. Une manière de mettre la pression sur certaines formations politiques en position d’arbitres à l’Assemblée, en particulier le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR), qui redouteraient un retour aux urnes, à un an de la présidentielle.
Rien de tel, rétorque Michel Barnier. « On n’a pas peur des électeurs, il ne faut jamais avoir peur des citoyens », a indiqué l’ancien premier ministre ce dimanche lors du « Grand Jury RTL-Le Figaro-M6-Public Sénat ». Sans pour autant souhaiter une censure. La droite, par nature « responsable », n’entend en voter aucune, « ni sur le budget, ni sur le Mercosur ». Quant à la juxtaposition envisagée des scrutins législatifs et municipaux, le député LR de Paris ne la trouve « pas juste ». Surtout, ajoute-t-il, cette option « prend en otage » l’élection des maires, au risque d’affaiblir ce « rare moment de vraie démocratie, à un échelon où l’on est capable de s’entendre entre élus qui ne pensent pas toujours la même chose ». Et de court-circuiter « ce débat municipal qui est démocratiquement très important, celui de la proximité », à mille lieues des « divisions nationales ».
Guillaume Tabard : «Censure et budget, un télescopage à haut risque»
Quoi qu’il en soit, la droite devra mener un délicat numéro d’équilibriste, à l’heure où le budget arrive en séance publique dès mardi, pour un examen théoriquement prévu jusqu’au 23 janvier. Prise en étau entre son attachement à la stabilité institutionnelle et la volonté de repousser les velléités du Parti socialiste, quitte à provoquer une nouvelle impasse, elle devra faire preuve d’agilité tout en faisant respecter ses lignes rouges. Notamment sur l’équilibre des comptes publics. « Ce qui est exclu, c’est de continuer à augmenter les dépenses, alors qu’on n’a pas d’argent pour les payer, et qu’on s’endette et qu’on emprunte de l’argent qu’on n’a pas. Qu’on tire des chèques en blanc ou en bois sur les futures générations », a argué Michel Barnier, mettant un holà aux exigences du PS en la matière. « Ça suffit », a-t-il tempêté, à l’aune d’un manque, selon lui, d’ambition « de réduction du déficit budgétaire », « comme s’il n’existait plus ». Un laisser-aller qu’il juge d’autant moins « responsable » que l’objectif du gouvernement de disposer d’un budget permettant de revenir en 2026 sous la barre des 5 % de déficit, contre 5,4 % en 2025, s’éloigne.
Le « double décalage » du débat budgétaire
Au regard d’un « double décalage » qu’il perçoit autour du débat budgétaire – d’un côté avec des « citoyens » qui en ont « ras-le-bol », de l’autre avec un monde où « tout s’accélère sur le plan géopolitique » – le Savoyard veut que le pays « arrête son recul » et « reprenne sa marche en avant ». Faut-il, dès lors, comme l’appelle de ses vœux ce dimanche l’ancien président et député PS, François Hollande, que le premier ministre déclenche un 49.3 à l’Assemblée pour écourter les discussions, même si cela implique de renoncer à l’un de ses engagements phares ? « Il ne peut pas faire autrement », estime Michel Barnier, qui dit son incompréhension face à cette promesse faite par son successeur aux socialistes, dès le début de son bail à Matignon. « Lorsque j’étais premier ministre, j’avais laissé le temps du débat. Là, ce n’est pas une négociation qui a eu lieu avec le PS, c’est un chantage », dénonce-t-il. Une « surenchère », va-t-il jusqu’à affirmer après l’adoption du budget de la Sécurité sociale en décembre, comprenant la suspension de la réforme des retraites. Et d’enfoncer le clou : « Le PS a dominé la discussion, il a obtenu ce qu’il voulait et on a trop cédé. »
Pour l’heure, la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, n’exclut pas que le gouvernement ait recours au 49.3, plutôt en « fin de débat » dans l’Hémicycle. L’exécutif n’écarte pas non plus totalement la voie des ordonnances. Certes, celle-ci présente l’avantage de doter la France d’un budget quelle que soit l’issue d’une éventuelle censure. Mais Michel Barnier déconseille ce scénario pour des raisons « juridiques » et d’inconstitutionnalité. À l’entendre, la classe politique est confrontée à « un moment de vérité » et doit « prendre ses responsabilités » en conséquence. « C’est le moment pour que le Parti socialiste ne contribue pas à ce qu’on reporte toujours sur les jeunes d’aujourd’hui les efforts qu’on n’est pas capable de faire nous-mêmes, et que l’on sacrifie toujours l’avenir au présent », a-t-il exhorté, en paraphrasant une citation de l’ancien président du Conseil de la IVe République Pierre Mendès France.