Yann est animateur sur la ville depuis presque 40 ans. Il aime son métier et s’est toujours battu pour pouvoir l’exercer dans les meilleures conditions possibles et proposer aux enfants de Saint-Denis un accompagnement de qualité. Le 18 novembre, suite à une réunion d’équipe où il a fait part à sa direction de plusieurs désaccords, il est arrêté par la police municipale et placé en garde à vue à Aubervilliers. Depuis, il est suspendu. Il a reçu le soutien des syndicats et des collègues dont plus d’une cinquantaine se sont rassemblés le 16 décembre devant la mairie de Saint-Denis pour dénoncer l’intervention de la police contre un agent de la ville sur son lieu de travail.

Nous nous sommes entretenu avec cet agent de la ville qui souhaite sortir du silence et dénoncer son cas de répression. Plus largement, Yann invite à s’organiser face aux multiples pressions que subissent les agents de Saint-Denis.

Pour comprendre l’arrestation de Yann sur son lieu de travail, il faut remonter bien avant. Depuis bientôt 40 ans, Yann est agent de la ville. Comme il le souligne à plusieurs reprises pendant l’entretien, il « aime son métier » et s’est donc toujours battu pour les conditions de travail des agents de la ville. Il a milité dans plusieurs syndicats et n’a jamais accepté la dégradation des conditions d’accueil des élèves.

Si Yann a toujours été engagé pour la défense des droits des agents et l’accueil des jeunes, le conflit avec sa direction a commencé à l’arrivée du nouvel édile et de son équipe municipale. « Ils sont en train de transformer l’accueil de loisir pour en faire une garderie bas de gamme », explique t-il. En effet, depuis son arrivée à la mairie, le socialiste Hanotin met sa fonction publique au pain sec, comme le titre StreetPress : privatisation du ménage des écoles, RTT et congés spéciaux en moins, primes indexées sur l’absentéisme, mobilité forcée et management toxique … on ne compte plus les offensives de la mairie contre les agents des écoles.

Yann poursuit : « Avant, on était un minimum consultés, on participait à la construction des projets éducatifs et pédagogiques, maintenant c’est fini tout ça, on nous dicte tout ce qu’on doit faire et si on pose des questions on nous explique que “c’est les directives” ! On devient des exécutants. Hanotin a aussi augmenté les taux d’encadrement, ce qui rend plus difficile de mettre en place des projets pédagogiques de qualité. » Concernant la privatisation du ménage, il raconte : « Les salles sont sales et les personnes qui font le ménage ont des conditions de travail terribles. En fait, on habitue les enfants à vivre dans une société où des personnes, souvent racisés, se font exploiter et maltraiter devant nos yeux ».

Face à ces offensives, les agents des écoles se sont toujours mobilisés, et depuis 2020 plusieurs grandes grèves ont eu lieu à Saint-Denis. Yann a toujours participé activement à ces grèves ; il nous raconte même qu’une vidéo de lui qui interpelle le maire pour l’inviter à venir voir comment ça se passe sur le terrain tourne sur les réseaux sociaux.

En 2025, un nouveau directeur arrive dans l’école de Yann : « Le premier contact avec lui est très mauvais puisque dès son arrivée, il m’humilie en réunion devant l’ensemble de mes collègues, après que j’ai exprimé des désaccords sur sa manière de concevoir les projets en cours. » Le ton est donné. Depuis, Yann décrit une ambiance de travail pesante, un dénigrement de son travail, et des obstacles dans la réalisation des projets qu’il entreprend.

Le 18 novembre, un énième désaccord survient en réunion. Sans consultation préalable, le directeur annonce prendre la salle d’activité de Yann pour en faire une salle d’étude. Yann conteste cette décision en expliquant que d’autres salles sont disponibles et que cette salle est son outil de travail, dans lequel il a mis beaucoup de choses en place. Mais rien n’y fait. Il annonce alors se mettre en grève, pour protester contre cette dégradation générale des conditions de travail.

Quelques heures plus tard, il est interpellé par la police municipale sur son lieu de travail : « Quatre policiers ont débarqué dans la salle en me cherchant, suite à un appel du directeur m’accusant d’un comportement menaçant. Ils m’ont embarqué, je suis sorti de l’école encadré de quatre policiers devant les enfants et mes collègues. C’était totalement humiliant. J’ai ensuite passé la nuit au commissariat d’Aubervilliers », raconte t-il, encore choqué par les méthodes employées par son employeur.

Au commissariat, il apprend avec stupeur que les accusations retenues contre lui sont des insultes homophobes. Il explique : « Je suis choqué des accusations, ça m’a profondément heurté de voir le manque d’honnêteté de ces gens. Ce genre de propos n’est ni dans mon vocabulaire, ni dans mes valeurs. Je trouve ça encore plus scandaleux qu’ils cherchent à me salir de la sorte ».

En effet, l’animateur a toujours accordé une place centrale à la mixité et à la lutte contre les discriminations dans ses projets éducatifs auprès des enfants, et précise : « c’est un combat qui me tient à cœur, jamais je n’aurais pu proférer ce genre d’insulte à mon directeur ni à quiconque ».

Depuis, l’animateur est suspendu à titre temporaire par la mairie de Saint-Denis. Il n’a fait l’objet d’aucune poursuite pénale, et aucune procédure disciplinaire n’est engagée contre lui à ce jour. Cela n’a pas empêché Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, de se positionner personnellement sur l’affaire via un post Facebook, dans lequel il légitime l’intervention de police et la répression subie par Yann. Comble de l’ironie et preuve de la manœuvre de la direction : la version des « faits » relatée par Hanotin est celle de la police municipale, et ne correspond même pas à la version délivrée par le directeur dans sa plainte.

De manière très claire, la mairie s’est rangée derrière la police et la direction du centre, en dépit des contestations de Yann, qui n’a cessé de clamer son innocence lors de son audition en garde à vue puis par courriers répétés au maire de Saint-Denis.

Prisca Ancion, avocate au barreau de la Seine-Saint-Denis et conseil de Yann explique : « ce qu’on voit dans ce dossier, c’est un cas de répression patronale dont le levier principal est de recourir à l’intervention policière et la procédure pénale. Dans le cas présent, l’employeur est la mairie de Saint-Denis, qui a utilisé une police municipale à ses ordres pour s’attaquer à cet agent. L’intervention policière visait à l’humilier. Yann était en poste, dans une salle avec des enfants, quand il s’est fait embarquer. La mesure de garde à vue dont il a fait l’objet est tout aussi humiliante et vise à lui attribuer des comportements dont il ne s’est jamais rendu coupable. Concrètement, ces méthodes cherchent à mettre en scène artificiellement un « comportement problématique » d’un agent pour pouvoir fonder une potentielle procédure disciplinaire contre lui. »

Les syndicats SNUTER-FSU, CGT, SUD et FO ont unanimement condamné cette répression brutale dans des communiqués et ont appelé à un débrayage et un rassemblement de soutien, qui a réuni une cinquantaine de collègues le 16 décembre dernier. Une première réaction importante, face à ce cas de répression sans précédent dans le secteur.Il s’agit très clairement, pour la mairie, d’envoyer un signal fort contre un agent qui dérange et défend des valeurs éducatives, dans un contexte d’attaques majeures contre le service public, ses agents et usagers.

Le cas de Yann est d’ailleurs loin d’être isolé, et la mairie PS n’en est pas à son coup d’essai en terme d’offensive contre les agents de la ville, ni en terme de répression, comme nous l’écrivions déjà dans nos colonnes : « La mairie PS n’a eu de cesse de s’attaquer aux services publics, et gare à ceux qui souhaiteraient contester ! Toujours d’après StreetPress, outre les coups de pressions – méthodes classique de la mairie qui a à plusieurs reprises menacé de sanction les agents en grève – Hanotin et son équipe n’hésitent jamais quand il s’agit de briser des grèves comme en 2020, où ils ont engagé illégalement du personnel pour faire le travail des grévistes. »

Vous pouvez retrouver le témoignage de Yann sur le Blog de Saint-Denis.

Face à ces méthodes scandaleuses de management toxiques et d’attaques des conditions de travail, il est temps de s’organiser non seulement pour dégager Hanotin, mais aussi pour exiger des conditions de travail décentes pour l’ensemble des agents de la ville. C’est pourquoi nous lançons une enquête sur les conditions de travail des agent·es de la ville. Si tu es agent·e de la ville et que tu souhaites témoigner (possiblement anonymement), contacte-nous : [email protected]