Invitée ce lundi matin sur BFMTV-RMC, la ministre de l’Agriculture a affirmé que la France avait fait « bouger les lignes » de l’accord UE-Mercosur, même si elle n’a pas réussi à empêcher sa signature.

Si Paris n’a pas réussi à lui faire obstacle, la ministre de l’Agriculture assure que la France est parvenue à faire « bouger les lignes » de l’accord UE-Mercosur. »Ça fait des mois maintenant que je sillonne les capitales européennes pour convaincre nos partenaires de ne pas voter ce projet d’accord, que j’ai toujours considéré comme mauvais », a déclaré ce lundi matin la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur BFMTV-RMC.

« En même temps que la France se battait pour que l’accord ne soit pas signé, nous nous sommes battus aussi pour imposer la clause de sauvegarde, la réciprocité des normes, l’augmentation des contrôles. Ce sont les combats de la France. Le projet d’accord tel qu’il sera paraphé au Paraguay n’est pas le même que celui qui a été paraphé à Montevideo il y a un an », a affirmé Annie Genevard. « Ce n’est pas le même et c’est à la France qu’on le doit », a-t-elle assuré.

« La France, à la fois, a fait bouger les lignes et en même temps a exprimé un choix, un choix courageux, un choix qui défend le monde de l’agriculture […]. Ce n’est pas parce qu’on risquait d’être minoritaire que ce combat il ne fallait pas le mener », a poursuivi la ministre de l’Agriculture.

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« Alors évidemment, je ne vais pas vous dire le contraire, on aurait préféré que l’accord ne soit pas adopté », a avancé Annie Genevard. Mais « ce combat que nous avons mené […] fait que les prochains accords de libre-échange que l’Union européenne conclura au nom des pays membres ne seront pas les mêmes qu’avant ces négociations avec le Mercosur », a-t-elle affirmé.

Mobilisation d’agriculteurs

Lancée il y a un mois contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la mobilisation de plusieurs syndicats agricoles a été amplifiée par la signature prochaine de l’accord commercial UE-Mercosur. Alors que les actions se sont multipliées ce week-end, des agriculteurs ont encore bloqué lundi un dépôt pétrolier à La Rochelle et des silos à grains à Bayonne, dans le sillage d’un barrage filtrant établi ce week-end sur le port du Havre.

Malgré l’opposition de la France, qui n’a pas réussi à réunir une minorité de blocage pour y faire obstacle, les États membres de l’Union européenne ont en effet donné vendredi leur feu vert à la signature de l’accord commercial entre l’Europe et les pays sud-américains du Mercosur. Bruxelles a depuis confirmé que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendrait ce samedi 17 janvier au Paraguay pour apposer sa signature sur le texte.

Fruit de plus de 25 ans de négociations, cet accord est considéré par ses partisans comme essentiel pour stimuler les exportations, soutenir l’économie du continent et renforcer les liens diplomatiques dans un contexte d’incertitude mondiale. L’accord a cependant suscité des protestations de la part d’agriculteurs qui craignent un afflux de viande bovine et d’autres produits bon marché en provenance d’Amérique du Sud.

En attendant les eurodéputés

Mais la route n’est pas encore entièrement dégagée jusqu’à l’entrée en vigueur. Sa ratification dépend encore d’un vote, qui s’annonce serré, au Parlement européen. À Strasbourg, la situation est un peu plus confuse: les eurodéputés sont tiraillés par les impératifs nationaux à l’intérieur des groupes politiques, rendant incertaine la perspective d’une majorité en sa faveur. Surtout, ils auront la possibilité de saisir la Cour de justice de l’UE pour recueillir son avis sur la compatibilité de l’accord avec les traités européens. Une telle saisie, si elle est jugée recevable, serait suspensive.

Outre la France, des manifestations ont aussi eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande Pour maintenir la pression sur les eurodéputés, un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu le 20 janvier prochain à Strasbourg devant le Parlement européen.

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