Christophe Mercier-Thellier, microbiologiste et hygiéniste hospitalier, et Alexandre Cressiot, coach en ménage surnommé « le Viking du ménage », déconstruisent les idées reçues sur l’hygiène domestique et alertent sur les dangers d’une chimie envahissante dans nos intérieurs. Entre excès d’hygiène et risques sanitaires, quelles sont les bonnes pratiques à adopter ?

Hygiène et propreté : ne pas confondre

Christophe Mercier-Thellier établit une distinction fondamentale : « L’hygiène, c’est la science de conservation de la santé », explique-t-il, ajoutant que « si on parle de propreté, c’est juste la notion de nettoyer, voire de désinfecter. » L’hygiéniste insiste sur un point essentiel : nous sommes composés à 90% de micro-organismes. « Ça veut donc dire que vous êtes à 90% composé de bactéries, virus, champignons, et vous n’êtes qu’à 10% composé de cellules avec votre ADN », précise-t-il. Cette réalité biologique rend absurde la volonté d’éliminer tous les microbes de son environnement.

Le véritable danger aujourd’hui ne serait plus microbien, mais chimique. « Je passe autant de temps, voire plus de temps dans mon activité professionnelle à lutter contre cette chimie envahissante et polluante qu’à lutter contre les micro-organismes », confie Christophe Mercier-Thellier. Alexandre Cressiot confirme : « On apporte une pollution dont on n’a pas besoin », recommandant de fabriquer soi-même ses produits avec des matières premières naturelles.

Des gestes simples mais précis

Le lavage des mains reste une priorité, mais selon une méthode précise. Christophe Mercier-Thellier décrit douze gestes à effectuer : « Je me mouille les mains, je prends une dose de savon, pas deux, pas trois. Plus je mets du savon, moins il agit et plus il est dangereux. » Il faut ensuite frotter mains contre mains, doigts écartés, doigts entrelacés, sans oublier les pouces, la tranche des mains et les poignets, en comptant jusqu’à trois à chaque fois. Puis rincer abondamment avec les mêmes gestes.

Concernant le sol, une idée reçue persiste : se déchausser ne serait pas un geste d’hygiène. « Les micro-organismes ne sautent pas, ils n’ont pas de ressort », affirme l’hygiéniste, qui préconise plutôt d’être vigilant avec les sacs à main et les sacs de courses « hyper dégoûtants » que l’on pose sur la table de cuisine. Pour le ménage, Alexandre Cressiot recommande quatre produits essentiels : savon noir, bicarbonate de soude, acide citrique et vinaigre blanc, en évitant absolument de mélanger produits acides et basiques.

L’éponge, ennemi numéro un

Christophe Mercier-Thellier mène une véritable croisade contre l’éponge de cuisine, résumée par une formule choc : « Éponge dans la chaumière égale culotte devant derrière. » Une étude de la revue Nature révèle la présence de plus de 50 milliards de bactéries par centimètre cube d’éponge. L’hygiéniste illustre le problème : après avoir lavé un saladier ayant été en contact avec des œufs, « à partir d’une salmonelle, vous en avez 1 milliard en 10 heures » dans l’éponge. « C’est comme si vous utilisiez directement une poule côté cul pour faire votre vaisselle », image-t-il.

La solution ? Remplacer l’éponge par de la microfibre, complétée par une brosse ou un grattoir en cuivre. Le cuivre, métal mou, « ne raie pas les surfaces tout en enlevant les résidus » et possède des propriétés bactéricides connues depuis l’Antiquité.

Le Dr Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo, conclut sur la notion d’équilibre : « L’enjeu de l’hygiène, c’est de ne pas perturber cet équilibre » entre l’être vivant et les micro-organismes qui l’entourent, rappelant qu’un excès d’hygiène peut favoriser le développement d’allergies chez les enfants.

Christophe Mercier Thellier, microbiologiste, hygiéniste, directeur du groupe de formation continue HYGIDES Santé et auteur de L’Hygiène c’est la santé (Harper Collins)  
Alexandre Cressiot, influenceur ménage @le_viking_du_menage et auteur d’Une maison impeccable (Leduc Poche)