Le rendez-vous dans le grand hall de l’hôtel de ville en a surpris plus d’un. Les vœux de Mathieu Klein, en tant que maire de Nancy s’étaient toujours tenus hors les murs. Et même en virtuel lors des deux premières éditions, pour cause de crise sanitaire. Puis ce fut en 2023, le décor bucolique du parc Sainte Marie. L’année suivante, l’ambiance post-industrielle de la grande halle Alstom. L’an dernier, le cadre flambant neuf d’une caserne de pompiers tout juste inaugurée. 2026 affiche une hauteur sous plafond sans précédent. Tant pis si le hall d’accueil du public de la mairie peut apparaître un peu froid, tout est dans le symbole, celui de la proximité et du service public. Le maire joue à domicile et s’en explique dès le début de son allocution devant un parterre de plus de 900 personnes, constitué comme d’habitude de soutiens plus que d’opposants, aucun élu de l’opposition en vue dans la salle.

Le bilan malgré tout

« La conjonction des vœux du maire et des élections municipales va encadrer mon propos de ce jour de telle sorte que je ne vais pas beaucoup pouvoir vous parler d’hier, si ce n’est 2025, et certainement pas vous parler de demain. Donc, nous allons essayer d’échanger autour d’aujourd’hui. » Exercice d’équilibriste pour le maire sortant qui aura certainement privilégié la forme d’un décor somptueux sur le fond d’un propos engagé. Car la loi lui interdit de profiter de cet instant pour évoquer tout bilan ou programme. Côté bilan, Mathieu Klein s’autorise tout de même un bref retour sur l’année écoulée : « 2025 a été une année de concrétisations », évoquant la mise en œuvre du trolley, la végétalisation, l’ouverture de la Maison de femmes ou la célébration des 80 ans de la Libération. Sans anticiper sur la campagne électorale à venir – dans laquelle la sécurité devrait occuper une place de choix – il a rappelé que l’année écoulée avait été celle « d’un rappel à l’ordre », notamment suite aux incivilités provoquées par des groupes de jeunes en centre-ville. « Nous avons reçu une quarantaine de jeunes avec leurs parents pour leur rappeler, en rendez-vous individuel, ce que signifiait vivre ensemble, le respect de la tranquillité publique, le respect de la loi et les difficultés auxquelles ils pouvaient s’exposer. Alors c’est un moment qui pouvait être un peu intimidant pour eux, ça l’a parfois été, mais c’était un moment très fécond, parce que cela permet aussi de rappeler à chacun sa responsabilité. »

Le rappel des valeurs

Faute de pouvoir s’étendre sur la question municipale, Mathieu Klein choisit le moment pour prendre de la hauteur et d’évoquer le contexte international. Il est coutumier de cette prise de recul – parfois même en préambule des conseils municipaux. Un exercice qu’il affectionne sans le rendre trop indigeste. En ce mois de janvier 2026, la matière ne manque pas. Il évoque Poutine, Trump, l’Ukraine, la Chine, Taïwan, le Venezuela. Et se place d’un point de vue européen, historique. Comme pour rappeler que les évidences sont parfois bonnes à rappeler. « Même si nous sommes les derniers dans le monde à défendre l’idée que l’affrontement des empires conduit à l’extinction de l’humanité et que seuls le droit international, le respect d’autrui, peut-être qu’une règle commune est partagée, nous devons le défendre, y compris en mémoire de celles et ceux qui, il y a 80 ans, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, ont fondé un ordre international menacé. Nous devons arrêter de croire que ces valeurs sont des valeurs désuètes, passées de mode, ou qui veulent juste être enseignées dans les livres d’histoire. » Certains élus ont coutume d’attendre la cérémonie avec impatience. L’occasion souvent de distribuer les bons points, de blâmer les absents, de glorifier un bilan et de glisser un ou deux points d’un programme à venir. Bref, une bonne affaire entre une galette et un verre de mousseux. Pour d’autres, dont Mathieu Klein, c’est un exercice obligé, une courtoisie républicaine qu’il faut savoir rendre symbolique pour lui donner du relief. Ces vœux 2026 étaient donc assez périlleux. Sans annonce de candidature – beaucoup l’espéraient ce jour-là sans trop y croire – le rendez-vous n’aura pas été d’une grande intensité. Reste à espérer que cette économie d’énergie nous réserve une campagne municipale au moins aussi chaude que la soupe servie aux convives à l’issue des vœux dans le grand hall. Le champagne dans les grands salons étant réservé pour une éventuelle victoire en mars prochain ?