« La maladie a été plus forte que moi. La schizophrénie a parlé, ce n’était pas moi ». Le regard perdu et la parole hésitante, l’homme de 34 ans qui se tient dans le box du tribunal correctionnel était-il responsable de ses actes lorsqu’il a agressé sexuellement une femme le 11 novembre dernier, à Rennes ? L’était-il aussi lorsque, quelques jours plus tôt, il a tenté de voler le sac d’une autre femme ? C’est l’un des enjeux de la comparution à délai différé pour laquelle ce trentenaire était convoqué, ce lundi 12 janvier 2026.

Le 8 novembre, une femme porte plainte pour un vol avec violence sur un quai de métro. « Elle affirme qu’un homme l’a attrapé par l’épaule et a tenté de lui voler son sac. Elle a crié, des témoins se sont approchés, ce qui a mis fin à la tentative de vol », raconte la présidente du tribunal. Reconnu par les caméras de vidéosurveillance du métro et identifié par la victime, l’individu est rapidement interpellé. Et reconnaît les faits.

Un riverain met fin à l’agression

Puis vient la soirée du 11 novembre. Ce soir-là, sur les coups de 22 h 30, une cycliste, qui rentrait chez elle suite à un cours de théâtre, est renversée par le prévenu. À la suite du choc, l’individu se jette sur elle et tente de la violer. La jeune femme se débat, mord son agresseur qui la mord à son tour à la joue. « Vous tentez alors de lui voler son vélo, mais elle s’y accroche et vous jetez à nouveau sur elle, détaille la présidente. Vous posez vos mains sur son visage, ce qui l’empêche de respirer. » L’agression prend fin grâce à l’intervention d’un riverain. Alerté par les « cris de survie » de la jeune femme, il ceinture l’agresseur et lui « donne des coups de poing », ce qui le met en fuite. Il est interpellé peu après.

« Je suis atteint de schizophrénie depuis l’enfance et faisais une crise d’angoisse »

Là encore, le mis en cause reconnaît sa culpabilité. Mais il l’affirme : « Je suis atteint de schizophrénie depuis l’enfance. Je faisais une crise d’angoisse. Je n’avais pas pris mes médicaments et j’avais un peu fumé de la marijuana. Je fais des bad trip et c’est ça qui m’a fait faire ces actions-là. »

Une maladie confirmée par l’expertise psychiatrique ordonnée pour cette audience. « L’expert a conclu à une abolition du discernement en raison de votre schizophrénie, confirme la présidente. Il est fait état d’hallucinations dans le cadre d’une angoisse psychotique déclenchée par le fait que cet homme a été refusé en hôpital psychiatrique. Il est donc difficilement accessible une sanction pénale. Son discernement aboli doit faire l’objet de soins en hôpital psychiatrique. »

Il avait demandé son internement en hôpital psychiatrique

L’homme affirme d’ailleurs qu’il a demandé à plusieurs reprises son internement au CHGR, comme sa mère avec qui il vit. « J’avais prévenu l’hôpital que j’allais péter les plombs », a-t-il déclaré en garde à vue. Mais son hospitalisation avait été refusée, son état n’étant pas jugé prioritaire, souligne le tribunal. Sous traitement depuis l’âge de 8 ans, il a 18 mentions à son casier judiciaire, notamment pour des faits de violences et d’outrage. Sa dernière condamnation date de septembre 2022. Elle lui avait valu deux ans d’emprisonnement.

L’avocate de la cycliste, maître Maud Cousin, insiste sur les séquelles de sa cliente : « Les bleus sur ses jambes de madame, sur sa fesse, les traces de morsures ». Mais aussi son « état psychologique dramatique. Ma cliente a des troubles du sommeil, des troubles anxieux et doit se faire violence pour circuler à vélo la nuit ». L’avocate de la victime du 8 novembre dans le métro, maître Marie-Pierre Peloil, pointe, elle, « le préjudice moral » de sa cliente, « extrêmement marquée » par cet évènement.

« Une scène d’une violence absolue »

La procureure décrit « une scène d’une violence absolue, une agression sexuelle en pleine rue sur une victime, au hasard ». Elle demande « une hospitalisation concrète ». Et, « par mesure de sûreté, l’interdiction d’entrer en contact avec la victime pour dix ans, l’interdiction de paraître à son domicile et de paraître dans les quartiers de Rennes sud et de Bourg l’Évêque pour cinq ans ».

L’avocat du prévenu, maître Pierre Rodius, plaide aussi « pour un placement en hôpital psychiatrique car la détention n’est pas adaptée dans son cas. Il était en crise depuis plusieurs jours, complètement déconnecté. Il a été interpellé quelques minutes après, transpirant, torse nu, il n’allait pas bien. »

L’abolition du discernement a bien été retenue. Le prévenu est donc reconnu non responsable pénalement. Le tribunal a donc ordonné son « hospitalisation complète ». Il lui est également interdit d’entrer en relation avec la victime du 11 novembre pendant dix ans.