Fermement opposés à l’accord de libre-échange du Mercosur entre l’Union européenne (EU) et les pays d’Amérique du Sud qui composent le Mercosur, les agriculteurs français ont de nouveau crié leur colère lundi 12 janvier 2026, après qu’une majorité qualifiée d’États de l’UE a donné son accord pour sa future signature. Et ce, malgré l’opposition d’autres pays, dont la France.

Dans la matinée, au port de Bayonne, une centaine d’agriculteurs ont bloqué un site céréalier d’exportation de l’entreprise Maïsica, vu comme un symbole fort des accords de libre-échange qu’ils dénoncent. À La Rochelle, les manifestants ont établi un barrage de ballots de paille devant des installations pétrolières sur le port industriel. Au Havre, premier port français pour le trafic de conteneurs, où des filtrages ont été mis en place, les agriculteurs ont contrôlé des camions frigorifiques et vérifié la provenance des produits.

Ports visés, barrages filtrants, routes bloquées

Dans le Pas-de-Calais, des opérations de barrage filtrant ont également été organisées aux péages d’Herquelingue et de Setque. Plusieurs axes routiers, ponts ou zones industrielles ont été bloqués ou perturbés par des tracteurs dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, en Loire-Atlantique, dans le Morbihan ou en Moselle. Si un blocage de l’A63 à hauteur de Bayonne a été levé dans la nuit après négociation avec le préfet, des barrages restaient en vigueur lundi sur l’A64 au sud de Toulouse, et surtout sur l’A1, avec un barrage filtrant dans le sens Lille-Paris.

Des manifestations, réunissant entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de participants, ont également eu lieu devant les préfectures ou sur les routes, à Poitiers, Châteauroux, Metz, Pau, Périgueux, Dax et Limoges, à l’appel de différents syndicats.

Dans la Vienne, Marian, éleveur de vaches laitières à Chauvigny, a participé au barrage filtrant et au contrôle des camions sur la N10 : « On cherche de nouvelles méthodes pour communiquer notre opposition au Mercosur, a-t-il expliqué à nos reporters. On s’est dit pourquoi pas contrôler les camions et vérifier leur chargement, s’il y a des marchandises avec des résidus de produits phytosanitaires. Nous, on est contrôlé, on nous demande de produire de la qualité. On est plus blanc que blanc. Mais avec le Mercosur, on fera face à une concurrence déloyale. »

« Le projet d’accord n’est pas le même »

« La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes », a répondu lundi matin la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Selon elle, l’opposition de la France a permis de faire bouger les lignes. « Nous nous sommes battus aussi pour imposer la clause de sauvegarde, la réciprocité des normes, l’augmentation des contrôles, a-t-elle assuré. Le projet d’accord tel qu’il sera paraphé au Paraguay n’est pas le même que celui qui a été paraphé à Montevideo (capitale de l’Uruguay) il y a un an. »

Elle a ajouté que l’accord pourrait s’appliquer dès samedi de manière provisoire en attendant le vote du Parlement européen, le 20 janvier. Un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu ce jour-là à Strasbourg. En attendant, une nouvelle mobilisation est annoncée à Paris, à l’appel de la FDSEA et des JA des Hauts-de-France. Ils prévoient un rassemblement d’agriculteurs de la région à Paris place de la Concorde, tôt mardi matin, avec « environ 250 tracteurs ».

Avec AFP