La plateforme X (anciennement Twitter), propriété d’Elon Musk, est une nouvelle fois sous pression. La semaine dernière, le chatbot IA baptisé Grok a été utilisé pour créer des images illicites de femmes dénudées sans leur consentement, et, plus grave encore, pour produire des représentations sexuelles d’enfants. L’affaire, confirmée par l’Internet Watch Foundation (IWF), provoque un tollé politique et judiciaire au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Le gouvernement britannique envisage d’interdire purement et simplement l’accès à X. Liz Kendall, secrétaire d’État aux Technologies, a déclaré que la plateforme devait prendre des mesures « urgentes », tandis que l’Ofcom a lancé « une évaluation accélérée ». Kendall a prévenu que si une interdiction était décidée, « elle bénéficierait du soutien total du gouvernement ».
Tim Sweeney (Epic Games) s’oppose aux appels à la censure
Dans ce climat tendu, Tim Sweeney, PDG d’Epic Games, a réagi. Bien qu’il condamne les dérives de l’IA, il critique fermement les pressions politiques qui visent, selon lui, à instrumentaliser ces scandales pour réduire les libertés numériques. « Toutes les grandes IA ont connu des dysfonctionnements avérés ; toutes les grandes entreprises du secteur font de leur mieux pour y remédier ; aucune n’est parfaite », a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il considère comme du « capitalisme de connivence ».
Interpellé sur les réseaux sociaux, il a répondu à un utilisateur qui l’accusait de défendre l’indéfendable : « Je défends les plateformes ouvertes, la liberté d’expression et l’application cohérente de l’État de droit. Je ne défends pas les actes répréhensibles commis avec l’IA, mais je m’oppose fermement à ce qu’ils servent de prétexte pour miner les libertés de tous. »
Réactions de X : paywall et suspension de comptes
Face à la crise, la plateforme X a rapidement restreint l’accès à la génération d’images, désormais bloquée derrière un système payant. Une mesure que Daisy Dixon, maître de conférences en philosophie à l’université de Cardiff, juge totalement insuffisante : « Grok doit être entièrement repensé et intégrer des garde-fous éthiques. »
X affirme vouloir coopérer avec les forces de l’ordre pour supprimer les contenus illégaux et suspendre définitivement les utilisateurs responsables. Mais pour beaucoup, le mal est déjà fait. Le fait même que des IA puissent générer ce type de contenus remet en cause les fondements éthiques du secteur.
Vers une régulation internationale de l’intelligence artificielle ?
Outre-Manche, la présidente du Parti travailliste, Anna Turley, a confirmé que « des discussions sont en cours » pour envisager une interdiction complète de X au Royaume-Uni. « X doit se ressaisir », a-t-elle insisté, ajoutant que le Premier ministre partageait le même point de vue : « C’est absolument abject. »
Alors que les images générées par Grok ont mis le feu aux poudres, la polémique dépasse largement la seule plateforme X. C’est toute l’industrie de l’IA générative qui se retrouve aujourd’hui dans la ligne de mire des régulateurs.
Ce scandale devrait accélérer les discussions sur un encadrement juridique strict, à l’échelle nationale et internationale, de la création de contenus visuels par intelligence artificielle.