REVUE DE PRESSE. Des millions de dollars russes dans les caisses de Trump, des agents du Kremlin dans son cabinet : l’influence de Moscou sur le président américain inquiète notamment la presse américaine.

«Make Russia Great Again ». C’est le titre du dossier que publie le supplément du week-end du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, récapitulant les multiples preuves de collusions connues entre Donald Trump et la Russie de Poutine. Pour n’en citer que quelques-unes : dès 1987, de retour d’une invitation à Moscou pour y discuter de la construction d’une Trump Tower de cent étages, l’actuel locataire de la Maison-Blanche avait surpris le milieu politique en se payant une page de publicité politique à 94 800 dollars dans les trois principaux quotidiens nationaux des États-Unis. Le promoteur immobilier y disait tout le mal qu’il pensait de l’Otan. Aujourd’hui devenu président des États-Unis, il semble sur le point de s’en prendre militairement à l’un de ses plus fidèles alliés, le Danemark, bien conscient que cela signifierait la fin de l’Alliance atlantique.

Dans les années 1990, en faillite, alors que ses diverses entreprises avaient accumulé plus de 4 milliards de dollars de dettes auprès de 72 banques américaines, Trump a été miraculeusement renfloué par Bayrock Group, dirigé par deux Russes, Felix Sater et Tevfik Arif. Ce sont eux qui ont financé la construction à New York de l’hôtel Trump SoHo, haut de 46 étages. C’est un autre Russe, l’oligarque Dmitri Rybolovlev, qui a « dépanné » Trump en lui rachetant pour 95 millions de dollars sa maison de Palm Beach qu’il venait d’acquérir pour 41 millions.

Les fils de Donald Trump ne s’en cachaient pas. En septembre 2008, Donald Jr., l’aîné du président, déclarait lors d’un congrès de promoteurs, à New York : « Une part importante des investisseurs et des clients de la Trump Organization sont russes. Nous recevons d’importants flux financiers en provenance de la Russie. » Et, en 2014, le cadet, Eric, interrogé sur le financement des terrains de golf, plantés un peu partout par l’affaire familiale, expliquait : « Les fonds ne viennent certainement pas des banques américaines. Nous obtenons tout ce dont nous avons besoin de Russie. »

Les invitations en Russie se sont succédé. En novembre 2013, Trump a accepté de délocaliser, pour 20 millions de dollars, le concours Miss Univers à Moscou à la demande du milliardaire russo-azerbaïdjanais Aras Agalarov. Logé dans la suite présidentielle du Ritz-Carlton de Moscou, Trump a bénéficié de l’accueil des « hôtesses », tandis qu’un agent du renseignement surveillait des centaines de caméras, y compris dans les chambres.

La Maison-Blanche, une annexe du Kremlin ?

À partir de la campagne électorale de 2016, les équipes trumpistes ont été truffées de personnages manifestement corrompus par la Russie : Paul Manafort, qui deviendra directeur de campagne de Trump, avait préalablement travaillé pour le milliardaire Oleg Deripaska, « roi de l’aluminium ». Michael Caputo, avant d’être chargé de la campagne présidentielle de Trump à New York, avait été recruté par la société russe Gazprom afin « d’améliorer l’image de Vladimir Poutine aux États-Unis ». Michael Flynn, qui a été conseiller à la Sécurité nationale dans l’équipe de Trump lors de son premier mandat, a reconnu avoir menti au FBI sur ses liens avec la Russie.

« Sous les administrations de Kennedy, Nixon, Reagan, Bush ou Clinton, quiconque aurait soutenu ouvertement une puissance hostile aurait provoqué un scandale. Mais les deux cabinets de Trump comptent suffisamment de tels individus qu’on pourrait remplir un autobus…, écrit le journaliste polonais Artur Wlodarski. Il y a un demi-siècle, les psychologues du Kremlin avaient cerné le profil de Trump avec justesse. Son narcissisme, sa cupidité, son goût pour les femmes et les compliments étaient comme les touches d’un piano. Or, Poutine s’est révélé être un virtuose. »

ICE, une milice trumpiste ?

L’Amérique a été choquée par la mort de Renee Nicole Good, une mère de famille de 37 ans tuée par un agent de l’ICE (la police de l’immigration) à Minneapolis. Un sondage Yougov du 8 janvier mesure la montée de cette opposition de l’opinion. 52 % des sondés désapprouvent les méthodes de l’ICE, contre 39 % qui les approuvent. 57 % les jugent excessivement autoritaires, 27 % appropriées et 10 % pas assez fermes.

« On nous a vendu cette ICE (Immigration and Customs Enforcement), éventuellement soutenue par la garde nationale, comme une force destinée à lutter contre l’immigration clandestine, écrit Anne Applebaum dans The Atlantic, mais « ces forces sont en train de remanier la démocratie et ça nous concerne tous ». Lourdement armés, souvent masqués, ces agents semblent bénéficier d’une inquiétante impunité. À quoi joue Trump ? Que prépare-t-il ? « L’administration Trump utilise l’ICE et la garde nationale pour projeter son pouvoir, démontrer qu’elle peut opérer sans limites, en signe de défis aux lois. A-t-on jamais vu ça, aux États-Unis ? », proteste l’essayiste américaine.

Ross Douthat, dans le New York Times, s’étonne que la vidéo, qui montre le policier tirant sur la conductrice cherchant à échapper à son interpellation, puisse être interprétée différemment selon les positionnements idéologiques. Il est clair, en tout cas, que la vie de l’agent qui a tiré n’était nullement menacée par la conductrice. « Si vous voulez que le centre politique soutienne cette politique », conseille-t-il aux Républicains, il va falloir changer de méthode et réviser les objectifs à la baisse. Stephen Miller, le conseiller à la Sécurité intérieure des États-Unis, avait fixé à 3 000 arrestations par jour l’objectif de cette politique de lutte contre les clandestins. Cet objectif est trop éloigné d’un « certain niveau de consensus », estime Douthat, réputé conservateur et hostile au courant Maga actuellement au pouvoir.

Devenir immodérément modérés pour s’adapter à la nouvelle réalité

« Le vieil ordre international était basé sur tout un système de limites, écrit de son côté David Brooks dans ce même journal. Des codes de civilité, mais aussi une manière de respecter la vérité, des normes d’autolimitation, un attachement au dialogue, la foi dans les institutions » permettaient à la fois de « faire fonctionner les démocraties » et de maintenir la paix entre les nations. « Cet ordre et ces limites sont à présent détruits », estime-t-il. À droite comme à gauche, de plus en plus de gens ont considéré qu’il s’agissait d’une « vaste hypocrisie, destinée à masquer l’appétit de domination des élites ».

Et « à présent, nous vivons dans l’ère de la pure volonté de pouvoir », poursuit-il. L’Amérique de Trump a rejoint la Chine de Xi Jinping, la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdogan. Comme le dit Stephen Miller : « Le vrai monde est brutal, il est gouverné par la force. » Si Trump veut quelque chose, il s’en saisit. « Les tenants du vieux monde (Biden, Starmer, Macron) semblent pathétiques », ajoute le conseiller à la Sécurité intérieure. Comment les modérés peuvent-ils résister à un courant qui semble irrésistible, mais porteur de guerres ? Deux tentations s’offrent à nous, poursuit Brooks. Nous pouvons, certes, nous illusionner en nous convainquant de notre propre supériorité morale, mais ce sera nous condamner à l’impuissance des belles âmes. Ou, au contraire, tenter de nous adapter à cette « nouvelle réalité ».

Il prône à cet effet, un centrisme de combat : les modérés, écrit-il, doivent « devenir immodérément modérés ». Les « enfants de la lumière » doivent renoncer à leur naïveté. Et se préparer à reconstruire « un ordre supportable », car c’est généralement ce que recherchent les peuples après les « pires périodes de sauvagerie historique ».

L’impuissance française

The Economist publie deux articles consacrés à notre pays. Dans le premier, l’hebdomadaire britannique dresse le tableau d’une France victime d’une « paralysie politique collective » du fait de l’absence de majorité à l’Assemblée nationale. Le pays est devenu ingouvernable depuis la dissolution ratée de 2024, estime son auteur.

Mais ce sont « tous les acteurs majeurs de la vie politique française qui devraient avoir honte ». Les extrêmes qui « se complaisent à laisser la France aller à la dérive » ; le PS et les Verts qui « n’ont aucune vision pour résoudre la crise budgétaire » et ont obtenu la suspension d’une réforme des retraites pourtant nécessaire. Et les Républicains, qui ont autorisé cette suspension. Enfin « l’attitude hautaine et distante de M. Macron n’a rien arrangé ». Mais de manière ultime, ce sont les électeurs français qui sont responsables de cette paralysie : « Ils n’ont pas su apprécier la réussite des politiques économiques de M. Macron et refusent d’admettre la nécessité d’une réforme de la protection sociale » de leur pays.

Or, cette phase d’impuissance collective tombe au plus mal : la France, comme l’Europe entière, fait face à des défis qui exigent une forte augmentation des dépenses de défense. Où trouver l’argent ? Dans le deuxième article, intitulé « Dynamique à l’étranger, Emmanuel Macron fait face à une situation chaotique en France », The Economist estime que « l’énergie politique que la France consacre à tourner en rond sur le budget est plus que consternante : elle étouffe toute ambition réformatrice, alimente une exaspération populaire et ne profitera qu’aux extrêmes ».

L’hebdomadaire britannique rappelle que les pays du Sud de l’Europe sont parvenus à redresser leurs finances publiques, tandis que le budget de l’État français, déjà l’un des plus voraces du monde, continuera à être financé par un endettement vertigineux. La politique macronienne de « la relance de l’offre par un allègement de la réglementation du travail et l’encouragement à l’investissement privé » avait obtenu une baisse encourageante du chômage. Mais « l’ambition réformatrice a quasiment disparu ». Sur le plan international, sur le dossier ukrainien, en tout cas, le président français fait preuve d’initiatives. « Mais ce dynamisme contraste fortement avec la paralysie intérieure. », estime The Economist.