Par

Emilien Jacques

Publié le

12 janv. 2026 à 22h04

La fin de l’année 2025 devait être synonyme de renouveau pour la gare d’Oissel (Seine-Maritime), elle n’est finalement que frustration pour les élus. En effet, ces derniers ont appris le report des travaux de la gare qui lui promettaient une grande valeur ajoutée. La Région et la SNCF, qui pilotent ce projet ambitieux, viennent de le repousser à un horizon bien trop lointain pour la municipalité.

Une gare vieillissante

L’histoire avait pourtant bien commencé, lorsqu’en 2024, les élus oisseliens ont eu l’heureuse surprise de voir venir à leur rencontre la SNCF et la Région, pour leur présenter un grand projet de modernisation de la gare, dont la première phase devait débuter en 2026. « Cela faisait des années qu’on signalait que la gare avait besoin de travaux de modernisation et de mise en accessibilité », explique Luc Delestre, adjoint au service à la population et à la tranquillité publique.

Une nouvelle bien accueillie, donc, par cet ancien cheminot qui fait aujourd’hui le constat d’une gare d’Oissel « restée dans son jus », depuis sa création en 1865. À l’heure actuelle, un défaut majeur est pointé du doigt par l’élu : des voies 2 et 4 (sens Paris-Rouen) uniquement accessibles via un tunnel et des escaliers. « Il n’y a aucun accès PMR, souligne Luc Delestre, c’est aussi compliqué pour les gens avec des vélos ou de gros bagages, et les personnes âgées. »

Les travaux devaient porter, entre autres, sur l'accessibilité aux voies 2 et 4.
Les travaux devaient porter, entre autres, sur l’accessibilité aux voies 2 et 4. ©Emilien Jacques

Autrefois, un cheminot en gare accompagnait les voyageurs mais aujourd’hui « la gare s’est vidée de ses effectifs », déplore l’élu, au point qu’il ne reste plus qu’un agent, consacré à la vente de billet. Une demande de la population, selon Luc Delestre, est bien présente pour ces travaux qui prévoyaient donc une rénovation des quais, mais aussi une réhabilitation du bâtiment voyageur. Alors quand la municipalité apprend à l’été 2025 le report du début des travaux à 2030 au minimum, c’est la douche froide.

Des explications qui ne convainquent pas

« Un sentiment de colère » né à ce moment chez les élus, affirme Luc Delestre, inquiet que la gare d’Oissel n’aille pas « dans le sens de l’histoire ». Selon lui, le report des travaux est un contresens total au vu de l’activité de la gare, dont la fréquentation n’a fait qu’augmenter ces dix dernières années, passant de 350 000 à 432 000 voyageurs par an. Une quarantaine de trains s’arrêtent à Oissel chaque jour, et les prévisions ne sont qu’à la hausse, Luc Delestre rappelant notamment l’ouverture de la ligne Rouen-Louviers d’ici à 2032, desservant Oissel.

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

Alors la ville a demandé des comptes à la Région concernant les raisons de ce report. C’est Hervé Morin, président du conseil régional de Normandie, qui a répondu en personne. « Il nous a dit que les travaux allaient être intégrés au projet des Services express régionaux métropolitains (SERM) », rapporte Luc Delestre. Or le SERM, qui prévoit des aménagements dans plusieurs gares de France pour faciliter la mobilité entre les métropoles et leur périphérie, est un projet qui doit débuter… en 2030.

« On peut très bien faire les travaux de mise en accessibilité en attendant le SERM. Les deux n’ont rien à voir », fustige Luc Delestre. Selon lui, cette annonce cache une tout autre raison : « Il y a un lien avec l’ouverture à la concurrence des trains régionaux, avance-t-il, il va y avoir des nouveaux opérateurs, donc de nouveaux besoins dans les gares ». De nouveaux besoins qui nécessiteraient de nouveaux travaux et, de nouveaux financements pour des gares plus importantes que celle d’Oissel, qui passerait alors au second plan.

Un contretemps financier ?

Interrogée à propos de cette suspicion des élus Oisseliens, la Région dément : « Le report des travaux n’est pas lié à la future ouverture à la concurrence de l’étoile ferroviaire de Rouen », assure-t-elle.

Leur mise en œuvre dépendra des engagements financiers de l’État et des autorités organisatrices locales, la Région Normandie ne pouvant assumer seule le surcoût d’exploitation lié à ce développement.

Région Normandie.

Les raisons seraient donc liées aux éventuelles subventions attribuées par l’État pour le financement de ce projet de modernisation de la gare d’Oissel, qui s’élève à environ 15 millions d’euros, et qui ne devrait pas avoir fini de faire parler de lui. « On est loin d’être dans la résignation, ce n’est pas dans notre ADN », prévient Luc Delestre, annonçant avoir déjà formulé une demande de rencontre avec la SNCF et la Région.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.