Il y a des retours involontaires qui tiennent du malentendu heureux. Au printemps dernier, la maison de disques Warner exhume le répertoire de Karen Cheryl. Le best of se hisse à la quatrième place des ventes, juste derrière Lady Gaga. Un succès aussi massif qu’inattendu et, surtout, totalement étranger à la volonté de celle qui l’incarne. Car derrière l’icône populaire aux millions de disques vendus, il y avait une femme qui, en 1991, a choisi de s’arrêter net. Non par fatigue ou par désamour, mais pour reprendre possession de son nom et de sa vie. Redevenir Isabelle Morizet.

Fille d’agriculteur normand, élevée loin des projecteurs, premier prix de batterie au conservatoire, lectrice passionnée, amatrice de house et d’électro, autant de dimensions longtemps éclipsées par un personnage trop étroit. Ce retour n’annonce pourtant aucune renaissance musicale. Sa décision est irrévocable, Isabelle Morizet n’entend pas revenir à la scène. Et c’est précisément ce refus qui donne à ce succès sa densité singulière. Car il ne s’agit pas de nostalgie, mais de reconnaissance différée. Celle d’un parcours parfois douloureux, souvent courageux. Celui d’une femme qui découvre avec un étonnement mêlé de douceur que le public, lui, la garde toujours dans son cœur.