C’est Rocky Bucano, pionnier du hip-hop et fondateur du musée, qui nous entraine dans l’immense bâtiment construit symboliquement à la frontière du Bronx et d’Harlem, à quelques centaines de mètres seulement du lieu de la mythique première block party de l’Histoire, organisée en 73 par le nom moins mythique DJ Kool Herc. Munis de chaussures de sécurité, d’un casque et d’un gilet jaune, nous arpentons les 5000 m2 du musée toujours en chantier. C’est d’ailleurs presque aberrant qu’une telle institution n’aie pas vu le jour plus tôt. Mais Rocky Bucano, qui travaille depuis 16 ans sur ce projet, m’explique les raisons d’un tel paradoxe :
« En fait, ça n’a rien d’évident… puisque ça n’a jamais été fait ! Et la raison, c’est que construire un musée de classe internationale est un processus très long et très complexe ! Bien sûr, beaucoup de gens ont déjà pensé à ouvrir un musée du hip-hop, mais la plupart d’entre eux n’ont pas vraiment conscience de ce que ça implique de créer une grande institution culturelle, qui serait respectée par les plus grands musées, du Louvre au Prado en passant par le Guggenheim et le MoMA. Notre musée pourra les regarder sans rougir, et je ne dis pas ça par vanité mais parce que nous avons méticuleusement travaillé son design, sa scénographie, ses collections, sa chronologie historique… Nous avons aussi de grandes ambitions sur la question de la conservation des œuvres, nous nous sommes assuré que les trésors du hip-hop seront correctement protégés et préservés. Les normes muséales les plus élevées sont scrupuleusement respectées »
Un peu plus loin, c’est un métro entièrement tagué que les visiteurs pourront admirer. Car le street art, qui s’invite maintenant dans les galeries d’art les plus prestigieuses est lui aussi né ici dans le Bronx, comme en témoigne le sexagénaire Staff 161 :
« Le Bronx est devenu synonyme de bidonville, tellement la misère est historiquement liée à ce coin de New York. Au début des années 70, il y a avait beaucoup de gangs, beaucoup de drogue, beaucoup de désespérance. Mais parfois, dans ce genre de contexte, le désespoir engendre l’espoir, et même des envies festives. Les gens désespérés peuvent devenir très créatifs ! Nous, dans le « South Bronx », on s’est mis à chanter, à danser… et à peindre. On a découvert les bombes de peinture, qui avaient été inventées dans l’Illinois à la fin des années 40 pour peindre des meubles, des clôtures et des vélos… mais pas du tout pour écrire et dessiner ! Ça, c’est l’invention d’une poignée de personnes opprimées, qui voulaient redonner de l’espoir aux habitants du South Bronx ! »
Ce précurseur, qui expose actuellement dans une annexe du musée, est bien sûr impatient d’assister à l’inauguration et de découvrir les collections constituées par l’équipe de Rocky Bucano :
« On pourra y admirer toutes sortes d’objets datant des balbutiements du Hip-Hop. Des flyers, des cassettes, des platines, des micros, des vêtements, des peintures. Nous avons aussi la couronne que Notorious BIG avait l’habitude de porter, on a des trucs qui appartiennent au Wu-Tang, à Run-DMC, à Missy Elliott… Toutes ces choses témoignent de comment le hip-hop est peu à peu devenu une culture populaire. D’ailleurs, nous travaillons avec le Bureau de l’Education de New York, parce que tout ce qu’on met en place dans ce musée, c’est pour éduquer les enfants, mais aussi les adultes, bref toutes les personnes qui veulent apprendre l’Histoire du Hip-Hop et découvrir la créativité et toutes les belles choses que ce mouvement a fait naitre. Le but est aussi d’inspirer une nouvelle génération d’artistes et d’entrepreneurs, pour que le hip-hop continue de rayonner pendant les 50 prochaines années ! »
Avec son auditorium de 170 places et son studio de radio, le Hip Hop Museum sera régulièrement ambiancé par les artistes. Des légendes du rap comme Grandmaster Flash, Kurtis Blow et Snoop Dogg ont d’ailleurs mis la main à la poche. Le New-Yorkais Nas a même signé un chèque d’1 million de dollars !
La façade du HHM © Radio France – Alexis Demeyer
Il était une fois le Bronx © Radio France – Alexis Demeyer
It was all a dream © Radio France – Alexis Demeyer
Rocky Bucano, directeur du HHM © Radio France – Alexis Demeyer
La vue sur la Harlem River © Radio France – Alexis Demeyer
Work in progress © Radio France – Alexis Demeyer
What’s the flavor ? © Radio France – Alexis Demeyer
Watch your step ! © Radio France – Alexis Demeyer
Pump up the volume © Radio France – Alexis Demeyer