“Les écrans font désormais partie de la vie familiale”, reconnaît la ministre de l’Éducation Bridget Phillipson, citée par The Guardian. Mais alors que 98 % des enfants de 2 ans sont déjà exposés aux écrans chaque jour – pour cent vingt-sept minutes en moyenne, d’après les chiffres du gouvernement relayés par la BBC, soit bien au-delà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui préconise de ne pas dépasser une heure entre 2 et 4 ans –, “la question que se posent les parents, ce n’est pas de savoir s’il faut utiliser les écrans, mais comment les utiliser”, estime-t-elle.
Une étude commandée par le gouvernement, menée entre 2022 et début 2024 par des chercheurs d’Oxford, de Cambridge et d’University College London dans le cadre du programme Children of the 2020s, a suivi près de 5 000 enfants pour évaluer les effets des écrans sur leur développement à 9 mois, puis à 2 ans. Elle conclut que l’exposition prolongée aux écrans nuit au développement du langage. Les enfants les plus exposés – environ cinq heures par jour – ne reconnaissent en moyenne que 53 % des 34 mots testés, contre 65 % chez ceux qui se limitent à quarante-quatre minutes quotidiennes. The Daily Telegraph, qui relaie également les résultats, détaille :
“C’est à partir de quatre-vingt-six minutes par jour que le lien entre longue exposition aux écrans et faiblesse du vocabulaire devient particulièrement marqué.”
À cela s’ajoute également une autre inquiétude : le comportement. The Times rapporte que 39 % des enfants qui regardant des écrans cinq heures par jour présentaient des signes de troubles émotionnels ou comportementaux potentiels, contre 17 % chez les moins exposés. L’usage des écrans à cet âge est si ancré qu’il comprend aussi les jeux vidéo : 19 % des enfants de 2 ans y jouent régulièrement.
“Parler, jouer et lire avec les enfants”
Si l’étude ne relève pas de baisse générale du niveau de langage par rapport aux générations nées entre 2017 et 2020, elle met toutefois en évidence l’apparition de disparités fortes liées aux pratiques numériques. C’est ce qui pousse le gouvernement à agir.
À partir d’avril, un groupe d’experts, piloté par la commissaire à l’enfance Rachel de Souza et le conseiller scientifique du ministère de l’Éducation Russell Viner, proposera des recommandations concrètes pour intégrer les écrans dans des activités partagées, “parler, jouer et lire avec les enfants”, et “des options pour remplacer le temps passé devant les écrans”. “Je souhaite que les parents participent au processus, pas que les résultats leur soient imposés”, insiste Bridget Phillipson, qui prévoit d’organiser des consultations avec des parents.
Les acteurs de la petite enfance accueillent favorablement cette initiative, tout en appelant à une approche plus globale. “Tout guide sur la question doit s’inscrire dans le cadre plus large d’une information sur la culture numérique et la sécurité en ligne”, prévient Neil Leitch, directeur de l’Early Years Alliance, une organisation de la petite enfance, cité par le Guardian. Felicity Gillespie, directrice de l’association caritative Kindred Squared, pour qui il était “plus que temps” de voir cette question encadrée.
Pendant ce temps, le débat politique autour du numérique chez les mineurs s’intensifie. Selon le Telegraph, la cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, ainsi que le travailliste Andy Burnham proposent un encadrement plus strict, en interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant 16 ans, à l’image de ce qu’a entrepris l’Australie. Une piste que Londres n’a pas encore retenue.