FRANCFORT (dpa-AFX) – L’Allemagne deviendra-t-elle enfin un pays d’actionnaires ? En 2025, l’Institut allemand des actions (DAI) recense 14,1 millions de personnes détenant des actions. Jamais auparavant autant d’Allemands n’avaient investi dans des actions, des fonds ou des fonds indiciels cotés (ETF).
« L’investissement en actions en plein essor » est, au vu d’un bond de près de deux millions par rapport à l’année précédente, une interprétation étonnamment réservée de l’institution franckfortoise. D’autant plus que le précédent record de 2022, avec alors près de 12,9 millions d’actionnaires en Allemagne, a été largement dépassé.
Engouement passager ou changement de mentalité ?
Mais la question demeure : la réticence face à la Bourse a-t-elle disparu durablement ou de nombreux investisseurs se retireront-ils lors de la prochaine chute des cours ? Et : l’ancrage du marché des capitaux comme alternative face aux difficultés du système de retraite par répartition va-t-il s’étendre à des couches plus larges de la population ?
« Les Allemands ont compris que pour obtenir de bons rendements à long terme, il n’y a pas d’autre voie que les actions », cite l’Institut des actions, par la voix de sa directrice Henriette Peucker, dans un communiqué. « Le soutien sociétal en faveur des actions n’a jamais été aussi fort. »
Les investisseurs de moins de 40 ans portent la croissance
Beaucoup de jeunes considèrent la retraite par répartition comme tout sauf sûre et craignent la pauvreté à la retraite, selon des sondages. Le fait que des applications de trading permettent d’investir aisément en actions, ETF et autres via smartphone stimule en outre la prévoyance individuelle par la Bourse.
L’intérêt croissant depuis des années de la jeune génération pour l’investissement en actions s’est « nettement consolidé », constate l’Institut : avec une hausse de 1,2 million d’investisseurs, la tranche d’âge des 14 à 39 ans représente 60 % de l’augmentation totale. Depuis 2024, ce groupe constitue la plus grande catégorie d’actionnaires en Allemagne, avec désormais 4,9 millions de personnes.
Des sommes colossales sur les comptes à vue
Il reste toutefois du potentiel : l’an dernier, selon les calculs de l’Institut des actions, un Allemand sur cinq âgé de 14 ans ou plus (19,9 %) était investi sur les marchés d’actions.
Les chiffres de l’Institut allemand des actions reposent sur une enquête représentative réalisée par Kantar. Chaque année, environ 28 000 Allemands âgés de 14 ans et plus sont interrogés sur leur comportement d’investissement.
Traditionnellement, les Allemands laissent d’immenses sommes dormir sur des comptes à vue ou d’épargne, qui ne rapportent que peu ou pas d’intérêts. Selon les estimations provisoires de la DZ Bank, les dépôts et liquidités des ménages privés atteindront près de 3,6 billions d’euros fin 2025 : soit plus d’un tiers du patrimoine financier total, estimé à un peu plus de 10 billions d’euros.
Il existe « une peur typiquement allemande de perdre beaucoup d’argent en Bourse », déplore récemment Michael Hoeck, président du directoire de la confédération des banques coopératives, auprès de l’agence de presse allemande. Or, cela n’est pas confirmé par les faits. L’Institut des actions calcule : un plan d’épargne sur des actions du DAX (l’indice allemand) a rapporté en moyenne près de 9 % par an sur chaque euro investit ces 20 dernières années. Ainsi, 12 000 euros investis à raison de 50 euros par mois sont devenus plus de 32 000 euros.
Transformer les épargnants en investisseurs
Hoeck, dont la fédération regroupe les caisses Volksbank et Raiffeisenbank dans tous les Länder sauf la Bavière et le Bade-Wurtemberg, souligne : « Avec un compte à vue, vous ne pouvez pas battre l’inflation. » Il appelle la profession : « Notre mission est de conseiller les gens pour qu’ils puissent battre l’inflation. »
Les Allemands sont certes des champions de l’épargne : au premier semestre, selon l’Office fédéral de la statistique, ils ont épargné en moyenne 10,30 euros pour chaque 100 euros de revenu disponible. Mais de nombreux investisseurs, par exemple aux États-Unis, tirent davantage profit de leur épargne, comme le montrent les analyses : l’action y occupe une place plus importante.
La politique doit prendre ses responsabilités
L’Institut allemand des actions, qui promeut les actions depuis 1953, interpelle la sphère politique face au record d’actionnaires : « L’ouverture croissante aux placements en actions est une occasion en or pour le gouvernement fédéral d’utiliser davantage le marché des capitaux dans les trois piliers de la prévoyance vieillesse. » Les mesures prévues par la coalition noire-rouge pour compléter la retraite par répartition par une prévoyance privée sur les marchés financiers sont jugées « timides ».
CDU/CSU et SPD souhaitent notamment créer un dépôt d’épargne retraite permettant de profiter du rendement des marchés financiers, sans garantie. Selon l’Institut, la fiscalité pourrait être « plus ambitieuse, à l’image d’autres pays ».
Concernant la future « retraite démarrage anticipé » voulue par le gouvernement, qui doit permettre aux enfants de recevoir dès l’âge de six ans dix euros par mois de l’État sur un dépôt d’épargne retraite, l’Institut estime que le succès de la mesure dépendra d’incitations fiscales attrayantes également pour les versements supplémentaires des parents et grands-parents.
La récente envolée des marchés boursiers conforte les partisans des actions : l’indice DAX s’est installé au-dessus des 25 000 points et les analystes n’anticipent pas de fin à la course aux records en 2026, malgré les risques géopolitiques et certaines valorisations élevées dans le sillage de la vague d’intelligence artificielle (IA)./ben/DP/men