Longue de 4,91 mètres, elle est la plus imposante Renault jamais lancée et sa vocation est d’installer le constructeur sur le segment du haut de gamme, non pas en Europe mais du côté de l’Asie et de l’Amérique du sud. Vaste programme. Dévoilée mardi 13 janvier à Séoul, la Filante, fruit de la coopération avec le chinois Geely, se présente comme le vaisseau amiral de la stratégie pragmatique suivi par le groupe français hors de l’Europe.

Comme rampe de lancement, la filante a logiquement choisi la Corée, centre de gravité de Renault en Asie. Ce marché, où la marque de Billancourt a reculé ces dernières années pour ne plus occuper que 3% de part de marché, est surtout marqué par la prépondérance (56%) des segments D et E qui comptent six modèles parmi les dix les plus vendus en 2025. La Filante entend démontrer que la marque, qui a accumulé les échecs dans ce domaine, peut enfin proposer un modèle de haut de gamme crédible. Plus largement, il s’agit de convaincre à l’international afin de dépasser son tropisme européen.

Une plate-forme Geely

Renault devait, pour ce faire, trouver la plate-forme à motorisation thermique capable de nourrir ce projet, son catalogue européen en étant dépourvu. La solution est venue d’un l’accord passé en 2022 avec Geely. Le groupe privé chinois déjà actionnaire du spin-off Horse créé par Renault pour produire des véhicules thermiques est aussi devenu actionnaire de Renault-Korea à hauteur de 34 %. Dans le cadre de cette coopération, il a apporté une plate-forme déjà mise à profit par sa filiale Volvo.

Geely, absent de Corée trouve ainsi un moyen d’exister commercialement en Corée, fut-ce indirectement. Il bénéficiera aussi de la diffusion de ce modèle dans les pays du Golfe et, dés l’année prochaine, en Colombie, Chili ou en Uruguay où la marque française est bien implantée. Le losange produira la Filante dans son usine de Busan, dans le sud-est du pays, où est déjà fabriquée la Polestar 4, issue d’une marque créée par Geely avec sa filiale Volvo.

Faire original pour se démarquer

La Filante est un crossover – bref, un SUV qui s’efforce de ne pas trop ressembler à un SUV – aux proportions décomplexées. Toujours très soucieux de puiser dans sa tradition historique, Renault a choisi une dénomination qui adresse un double clin d’oeil. Aux Renault d’avant-guerre (Reinastella, Suprastella) et à la fameuse Etoile filante qui, en 1956, avait établi plusieurs records de vitesse sur un lac salé.

« Les coréens privilégient la nouveauté et accordent plus d’importance au modèle qu’à sa conformité avec le style de la marque. En Corée, où nous ne sommes pas un acteur dominant, il est d’autant plus important de se démarquer » souligne Laurens Van Den Acker, qui supervise le design du groupe. La calandre constellée de losanges, la silhouette fluide et très sculptée de la Filante comme sa poupe biseautée doivent, dixit la marque, « réaffirmer la présence de Renault sur le segment premium à l’échelle mondiale ».

Huit nouveautés

L’habitacle est vaste et de qualité alors que la planche de bord, conçue par le groupe Geely, met en évidence trois vastes écrans de 12,3 pouces mais la motorisation hyride est signée de l’Allliance Renault-Nissan. Il s’agit d’un quatre-cylindres turbo de 1,5 litre assisté de deux moteurs électriques dont la puissance combinée a été portée à 250 ch.

La Filante est l’une des composantes d’un tir nourri de huit nouveautés prévu entre 2012 et 2027 à côté, notamment des SUV Kardian, Duster, Grand Koléos ou Boréal déjà diffusés. Ce modèle que l’on ne verra donc pas en Europe – il serait accablé par la fiscalité, surtout en France, et pénalisé par son manque de notoriété au sein du segment premium sur le vieux continent – sera factguré l’équivalent de quelque 30 000 euros, soit peu ou prou le prix du marché. Lancée au mois de mars prochain en Corée puis dans les pays du Golfe et en Amérique du sud, on ne tardera pas à savoir si la Filante est née sous une bonne étoile.