Par
Jessie Leclerc
Publié le
13 janv. 2026 à 14h12
Des Rouennais directement concernés par les troubles psychiques, ont choisi de transformer leurs mots en images. Le court-métrage Entre les lignes, sera projeté le jeudi 15 janvier 2026 au cinéma l’Omnia, à Rouen (Seine-Maritime). Un film sensible et profondément humain qui donne la parole à celles et ceux que l’on entend trop peu, pour changer les regards et lutter contre la stigmatisation encore très présente autour de la santé mentale.
Stop aux préjugés
Loin des préjugés et des raccourcis, Entre les Lignes a été imaginé et réalisé par des habitants de la résidence Séraphine de Rouen et trois membres de l’association Le Clubhouse, un projet d’insertion professionnelle basé à Saint-Etienne-du-Rouvray.
Il ne s’agit pas de « patients », mais bien de locataires autonomes et engagés dans la vie collective. Une précision essentielle tant les mots façonnent les regards.
Des mots aux images
À l’origine du projet, il y a des ateliers d’écriture mensuels animés par Thierry Poré, médiateur du réseau des bibliothèques de Rouen. Un espace d’expression libre où chacun peut poser ses émotions, son vécu ou ses doutes.
Margot, 31 ans, à la résidence depuis 2021, y participe régulièrement. « Comme ce sont de beaux textes et que l’on sentait qu’on avait vraiment quelque chose à exprimer, on s’est dit que ça serait bien d’en faire autre chose », confie-t-elle.
Le projet de court-métrage naît alors, avec la participation de la Drac, de l’ARS et du Département. Et le réalisateur Amaury Voslion rejoint l’aventure.
Miser sur le collectif
La réalisation s’est étalée sur dix jours entre septembre et novembre 2025. Brainstorming, écriture, tournage… Dix personnes concernées directement par des troubles psychiques ont participé à toutes les étapes. Un participant préférant rester hors champs a même composé les musiques.

Toutes celles et ceux qui ont participé à la réalisation du court-métrage sont touchés par des troubles de la santé mentale. Dans la résidence Séraphine, Adèle (en bas au centre) et Moon (en bas à droite) les accompagnent. (©Résidence Accueil Séraphine)
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« Amaury était très ouvert à nos idées. Quand on pensait à quelque chose, on voyait ensemble comment développer la scène », se souvient Margot.
« Faire passer un message »
Pour Océane, 26 ans, « participer, c’était faire passer un message ». « Et puis j’ai toujours été attirée par l’audiovisuel. »
D’une durée de 19 minutes, le film aborde les différents troubles non pas sous l’angle médical, mais à travers leurs impacts dans la vie quotidienne.
« C’est très réducteur la façon dont on en parle dans les médias », regrette Moon Zedini, animatrice coordinatrice de la résidence Séraphine. Aujourd’hui encore, plus d’un Français sur deux pense qu’un schizophrène est dangereux.
C’est là que le film intervient. Il met à bas les caricatures.
Plus les gens comprennent, moins ils jugent.
Océane
Membre de l’équipe de réalisation et locataire à la résidence Séraphine.
Le film explique aussi que « ça peut arriver à n’importe qui ». Selon l’Assurance Maladie, une personne sur quatre sera concernée par un trouble de la santé mentale au cours de sa vie.
Mettre en image l’invisible
Certaines scènes du film sont improvisées, comme celle du cercle de parole, inspirée de véritables groupes d’échanges. « On avait aucun script », sourit Margot.

Océane (à gauche) et Margot (à droite) sont ravies d’avoir participé à la réalisation du court-métrage. (©JL/76actu)
L’équipe accompagnatrice souligne le courage des participants. « S’ouvrir ainsi c’est difficile, d’autant plus que les familles vont voir le film, c’est sans doute ça le plus dur », affirme Adèle Colange, seconde animatrice.
Parfois, la poésie s’invite. « On a une scène sur un délire psychotique qui rend comme un film d’action », sourit Océane. « C’est la plus belle scène du court-métrage » pour elle. Comme quoi, les images parlent parfois mieux que les mots.
La résidence Séraphine, un « chez soi entouré »
La résidence accueil Séraphine fait partie du réseau Viv 3 Normandie, acteur majeur de l’accompagnement des personnes fragiles et vulnérables. L’établissement accueille des personnes psychiquement stabilisées, suivies médicalement, vivant de manière autonome dans leur logement. Ici, chacun est locataire, paie un loyer et choisit de s’inscrire dans un collectif.
« Ses grands objectifs sont de rompre l’isolement. Et dans les faits, ça passe par des projets culturels et des ateliers », explique Adèle Colange. Ateliers, partenariats culturels, interactions avec l’extérieur : la résidence fonctionne comme une petite société.
Tous ont appris des autres
L’aventure a marqué les participants, mais aussi le réalisateur. « Amaury ne savait pas vraiment dans quoi il s’embarquait. Il a été très surpris », sourit Margot. Le regard a évolué des deux côtés de la caméra.
« On se rend compte qu’on a beaucoup de points communs, même si nos troubles sont différents. On se sent moins seuls », témoigne Océane.
Entre les lignes sera projeté jeudi 15 janvier 2026 à 18h, au cinéma l’Omnia à Rouen, en présence des participants et de l’équipe du film. La séance sera suivie d’un débat ouvert au public.
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