Interpellé, puis placé en détention pour avoir poursuivi un homme dans les rues de Montpellier avec une hache à la main, Driss comparaissait au tribunal judiciaire le 7 janvier.

Entre fumer le calumet de la paix ou déterrer la hache de guerre, Driss, 34 ans, a choisi la seconde option lors d’une altercation avec un homme, à Montpellier, qui aurait tenté de séduire sa compagne dans le local que le couple squatte depuis des mois. Hors de lui, il s’empare d’une hache et poursuit le « séducteur » dans la rue. Interpellé rapidement, il est placé en détention provisoire le 5 janvier.

La victime donne une tout autre version des faits aux policiers intervenus sur les lieux. Driss lui aurait volé son téléphone portable. Et c’est parce qu’il voulait le lui reprendre que Driss se serait saisi de la hache et l’aurait pourchassé, ce que conteste ce dernier. Présenté en comparution immédiate au tribunal judiciaire de Montpellier, le 7 janvier, il est poursuivi pour violence avec usage d’une arme sans incapacité et usage illicite de stupéfiants.

Une réaction disproportionnée

« Ce n’est pas commun de brandir une hache en pleine rue. Comment en êtes-vous arrivé là ? », l’interroge le président du tribunal, Alexandre Baillon. « Je voulais l’éloigner de nous, car il nous cause des problèmes avec ma copine. Je l’ai poursuivi avec une hache juste pour lui faire peur. Je ne comptais pas m’en servir contre lui. Je ne suis pas quelqu’un de violent. Je demande pardon pour ce que j’ai fait », explique le prévenu. Un témoin de la scène dans la rue précise que les deux hommes se sont arrêtés de courir et se sont parlé, avant de partir chacun de leur côté.

Pour la procureure, Marie Hamiti, quelles que soient les causes de l’altercation, la réaction de Driss est « disproportionnée. Poursuivre un homme avec une hache dans la main représente un trouble à l’ordre public ». Elle requiert 12 mois de prison dont 6 avec sursis et une interdiction de port d’armes durant 5 ans. Faisant l’objet, par ailleurs, d’une obligation de quitter le territoire français, elle requiert une interdiction du territoire français durant 5 ans.

« N’importe qui d’autre n’aurait pas été envoyé en prison »

Arrivé en France à l’âge de 9 ans, toujours en situation irrégulière, Driss est sans domicile fixe. Pour s’en sortir, il travaille dans le bâtiment, mais il n’a jamais été déclaré. Il souffre de son isolement et de sa précarité, selon les conclusions de l’enquête de personnalité conduite dans le cadre de la procédure. Il est sans antécédents judiciaires.

Pour son avocat, Me Mottin-Lafeuil, le motif de violence avec arme n’est pas justifié puisque les deux protagonistes se sont parlé avant de se séparer. La victime n’est d’ailleurs pas venue déposer plainte. Quant à l’usage de stupéfiants, non seulement aucun dépistage n’a été réalisé mais en plus son client n’a pas été retrouvé avec des produits sur lui.

Avant de s’insurger sur le fait que ce dernier, bien qu’ayant un casier judiciaire vierge, a été envoyé immédiatement en prison « parce qu’il est SDF et qu’il est en situation irrégulière. Il a déjà passé deux jours en détention alors que n’importe qui d’autre n’aurait pas été envoyé en prison ». Il plaide une relaxe intégrale ou une peine en sursis simple si le tribunal entre en voie de condamnation. Le tribunal l’a en partie suivi en condamnant le prévenu à 5 mois de prison en sursis simple, une interdiction de port d’armes et de présence sur le territoire français durant 5 ans.