La ville de Québec est un modèle inspirant pour les artistes-peintres comme Gérard Boulanger, qui ne se lasse pas de mettre en lumière ses beautés depuis plus de 50 ans.

L’artiste professionnel de Cap-Rouge peint sur motif des paysages pittoresques du Québec en piquant son chevalet sur le terrain pour rendre les décors qui l’inspirent, selon son interprétation personnelle. Parmi eux, le Vieux-Québec est une source d’inspiration inépuisable.

«C’est la lumière, l’atmosphère, l’ambiance. Autant j’aime les ambiances de jour, autant j’aime les ambiances de nuit. Le Vieux-Québec, le jour, c’est très animé, mais la nuit, il y a quelque chose de magique», a-t-il dit.

Sur ce tableau, on aperçoit la rue du Trésor, à l’ombre de l’auberge au toit rouge.

Sur ce tableau, on aperçoit la rue du Trésor, à l’ombre de l’auberge au toit rouge.

Photo GÉRARD BOULANGER

Par ses ruelles étroites, son architecture patrimoniale et son ambiance animée, le Vieux-Québec a attiré toute une génération de peintres hors atelier qui ont laissé leur marque.

«C’est aussi beau qu’avant, sinon plus, parce qu’il y a eu plusieurs actions au fil des ans pour protéger le Vieux-Québec. Au début, lorsque nous étions nombreux à peindre sur motif, ça nous rappelait la Vieille Europe, dans le quartier Montparnasse, à Paris. C’était stimulant. Dans les années 1980, il y a eu une vague. C’étaient les belles années. Ensuite, ç’a changé. Les peintres travaillent plus en atelier aujourd’hui. C’est devenu compliqué de se déplacer sur le terrain, avec les stationnements. Parmi les vieux peintres, plusieurs sont décédés aussi», a ajouté M. Boulanger.

Peindre à l’extérieur, c’est accepter de sortir de sa zone de confort et s’exposer à l’imprévu.

Passionné depuis toujours, l’artiste aime partager les anecdotes qui ont ponctué son parcours.

Passionné depuis toujours, l’artiste aime partager les anecdotes qui ont ponctué son parcours.

Photo DIANE TREMBLAY

«Les gens sont curieux. Je me rappelle une journée, en juillet, en face du Château Frontenac, où j’avais commencé tôt le matin. Ça allait vraiment bien. C’était un beau tableau. J’étais tellement embarqué qu’en prenant un pas de recul, j’ai accroché des gens. Lorsque je me suis retourné, il y avait pas moins de 25 à 30 personnes autour de moi qui ne parlaient pas et qui me regardaient peindre en silence, alors que je ne le savais même pas.»

Son inspiration n’a pas de frontière. M. Boulanger peint aussi en pleine nature, notamment dans le parc des Laurentides. Il lui est déjà arrivé d’être observé par des ours noirs. Ceux-ci étaient toutefois plus intéressés par son sandwich que par ses pinceaux. Ce genre de rencontre lui est arrivé plus qu’une seule fois.

«Quand j’embarque dans mon tableau, il n’y a plus rien qui existe autour. C’est ça, l’affaire», a-t-il partagé quand Le Journal est allé le visiter dans son atelier-galerie.

Après 50 ans de métier, Gérard Boulanger ne court pas après la notoriété. C’est elle qui vient à lui.

Une magnifique œuvre de l’artiste.

Une magnifique œuvre de l’artiste.

Photo GÉRARD BOULANGER

«Moi, mon plaisir, c’est peindre. Après 4-5 jours, quand je ne peins pas, j’angoisse. J’en ai besoin. Ça fait du bien.»

Un parcours unique

Diplômé en dessin industriel, il a d’abord travaillé pour des firmes d’ingénieur, jusqu’à ce que sa passion se révèle. Dans ses temps libres, il a fréquenté l’Académie des beaux-arts Silvia Araya, sur la Grande Allée, où on a vite remarqué son talent. À un point tel qu’il est devenu adjoint et professeur avant de lancer sa propre école de peinture, à Cap-Rouge, qui continue d’accueillir des élèves.

Ses œuvres sont collectionnées au Canada et à l’international, notamment en France, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Asie.

Gérard Boulanger a été président d’honneur de plus de 25 symposiums au Québec. Il a été nommé au Temple de la renommée du Symposium de Danville en 2019 pour sa contribution exceptionnelle aux arts visuels du Québec. Certains de ses tableaux ont aussi été publiés dans un ouvrage collectif rendant hommage au fleuve Saint-Laurent.

Guy Lafleur parmi ses collectionneurs

On retrouve les œuvres de l’artiste dans plusieurs collections privées et corporatives au Québec et ailleurs. Le défunt Guy Lafleur était un grand amateur de Gérard Boulanger.

«Un jour où j’exposais à la galerie du Château Frontenac, je reçois un appel: “M. Boulanger, je viens de me porter acquéreur de huit de vos tableaux.” Je lui demande: “Vous êtes monsieur qui?” Il me répond: “Je suis Guy Lafleur.” Moi: “Pas Guy Lafleur, le joueur de hockey?” Il dit: “Oui! Je suis avec mon épouse, Lise. Je suis tombé en amour avec vos tableaux. J’aimerais ça vous rencontrer”, se souvient M. Boulanger comme si c’était hier.

En août 1983, avec Guy Lafleur.

En août 1983, avec Guy Lafleur.

Photo GÉRARD BOULANGER

M. Boulanger avait pour ainsi dire la main sur la poignée de porte. Il s’apprêtait à quitter son domicile pour aller rendre visite à son épouse, à l’hôpital, puisqu’elle avait donné naissance à leur fille la veille.

«Je me suis mis en route pour le Vieux-Québec, un vendredi après-midi. Quand je suis arrivé au Château, il m’attendait. Ce fut une belle rencontre», a-t-il partagé.

Quelques années plus tard, le même scénario s’est répété. Cette fois-ci, Guy Lafleur était accompagné de son beau-père, Roger Barré, de Barré Automobiles. Il venait encore une fois d’acquérir des tableaux.

«Je m’étais aussi rendu au Château, mais avec la circulation, c’était compliqué. Quand je suis arrivé, je l’ai vu partir en voiture sport. Il m’a salué en disant: “Désolé Gérard, je suis pressé.”»

«On s’est revus une quinzaine d’années plus tard. Un matin, au printemps, j’avais décidé d’aller peindre sa cabane à sucre sur le chemin du Roy, à Saint-Augustin. Par hasard, il est arrivé sur l’heure du dîner voir son personnel qui préparait la saison des sucres. Il était tellement content de me revoir. Évidemment, il a acheté mon tableau et il s’est informé de moi. Il m’a demandé comment ça allait pour ma fille. C’était incroyable qu’il se souvienne de ça! C’était Guy Lafleur! À son décès, plusieurs personnes ont dit qu’il se souvenait des gens, et c’est bien vrai.»

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