Par

Jessie Leclerc

Publié le

13 janv. 2026 à 20h11
; mis à jour le 13 janv. 2026 à 14h11

Dans le cadre de son nouveau cycle d’expositions consacrées au dessin, le Musée des Beaux-Arts de Rouen (Seine-Maritime) ouvre ses portes à une pratique longtemps restée en marge : le tatouage. Marion, tatoueuse depuis plus de 20 ans est fière d’avoir été sélectionnée pour ce drôle de projet. Elle dévoile donc son travail pour l’exposition Jamais trop Rococo, aux côtés de dessins du XVIIIe siècle.

Le tatouage entre au musée

Intitulé « Le dessin à l’œuvre », le nouveau cycle d’exposition de la Réunion des Musées Métropolitains (RMM) explore le dessin dans tous ses états, sous toutes ses formes des plus classiques aux plus contemporaines, si contemporaines que le tatouage y pointe le bout de son nez.

Jusqu’en mai 2026, cinq expositions sont à découvrir au Musée des Beaux-Arts, au musée Flaubert et d’histoire de la médecine et à la Corderie Vallois.

Parmi elles, Jamais trop Rococo met en lumière des trésors de cet art du mouvement et de la courbe.

Et au milieu de tout ça, une surprise vient faire le lien entre le passé et le présent, une pratique encore tabou pour certains : le tatouage.

Une véritable récompense pour Marion

Tatoueuse depuis plus de 20 ans, Marion expose pour la première fois dans un musée. Et pour celle qui manque de confiance en elle, avoir été invitée pour ce projet, « c’est un grand bonheur, une validation extérieure ».

Même si le stress n’est jamais bien loin : « Ce sont des choses très intenses au niveau émotionnel. Dans ma tête, ce sont les montagnes russes. Je suis partagée entre : ‘Oh non, je n’ai pas le niveau’. Et : ‘Ouais ! Trop bien !’ »

Le symbole est d’autant plus fort qu’il fait écho à son passé. « Mes parents voulaient que je fasse les Beaux-Arts, mais je ne m’en sentais pas capable. À 41 ans, ce sont les Beaux-Arts qui m’invitent ! Comme quoi, ce sont mes parents qui avaient raison depuis le début », sourit la tatoueuse.

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20 années passées l’aiguille à la main

Marion et le tatouage, c’est une histoire d’amour. Si elle pratique ce métier depuis ses 21 ans, elle baigne dans l’univers depuis l’adolescence. « Ça m’a toujours attiré. Déjà à 15 ans, je traînais dans les boutiques de tatouages et de piercings sur Paris », confie-t-elle. « J’ai fini par sympathiser avec ces gens un peu différents, se remémore la passionnée. Je m’y sentais mieux qu’au milieu des gens normaux. »

Elle débute le tatouage en 2004, au sortir de ses études supérieures dans la communication. « Au départ, je pensais qu’il fallait être spéciale pour travailler là-dedans, mais moi je ne l’étais pas », avoue Marion. « Les doutes m’empêchaient de me lancer. Je me suis mise des bâtons dans les roues, toute seule », ajoute-t-elle.

Mais sa rencontre avec un tatoueur va la pousser. « On s’est mis en couple et il s’est installé chez moi, dans mon 20m2. Rapidement, il est tombé sur mes dessins et m’a dit que je devais me lancer dans le tatouage », détaille Marion.

Tatouage présenté pour l'exposition
Tatouage présenté pour l’exposition « Jamais trop Rococo ». (©Marion/punkyvonbacalhau)

Alors, c’est ce qu’elle a fait. Elle fait ses premiers pas dans le Val-de-Marne, dans un monde alors bien différent de celui qu’elle connaît aujourd’hui. « Il y a 20 ans, le tatouage n’avait rien à voir, explique-t-elle. C’était, disons, plus rock’n’roll. Pour s’entraîner, il n’y avait pas de fausses peaux, c’était directement sur les gens. » Une école exigeante.

Dans ce milieu, il faut vouloir être le meilleur. Entre tes mains, tu as la peau des gens et ça, ça n’a pas de prix. Il faut toujours se dépasser pour les clients qui te font assez confiance pour que tu marques leur corps à vie.

Marion, dite Punky Von Bacalhau
Tatoueuse à Rouen

Le premier cobaye pour son tatouage, ce fut elle-même. Elle n’a finalement jamais posé l’aiguille et parle, aujourd’hui encore, de son travail comme « le plus beau métier du monde ».

Rouen, sa ville de cœur

Marion s’est installée à Rouen il y a onze ans avec l’ouverture de sa première boutique, dans la rue Jeanne-d’Arc. Depuis trois ans, elle a déménagé dans la rue de l’Hôpital, plus calme.

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« Rouen, c’est une ville que j’adore. J’ai bougé plein de fois, mais maintenant, je pense avoir trouvé ma place. Ce n’est pas loin de la mer, pas loin de Paris, pas trop grand, pas trop petit et c’est une ville qui bouge beaucoup, même si certains disent le contraire », assure la tatoueuse.

Des doutes qui émergent

Mais, selon elle, le monde du tatouage traverse une période fragile. Explosion du nombre de salons, concurrence mondiale sur les réseaux sociaux, absence de cadre officiel en France… « Tout le monde est angoissé par l’avenir », déplore Marion, qui échange avec de nombreux autres tatoueurs sur le sujet.

« Les anciens n’arrivent plus à s’adapter face aux nouveaux arrivants, beaucoup de salons pas forcément très réglementaires marchent sur ceux qui font les choses bien », dénonce la professionnelle. « Des amis qui avaient plus d’un an d’attente sur leurs rendez-vous ont fermé aujourd’hui. On a tous une épée de Damoclès sous la gorge. »

« J’aime trop le rococo »

Alors Marion prend l’exposition comme une opportunité. Elle a été repérée par le musée des Beaux-Arts pour son lien avec le style rocaille. « J’aime trop le Rococo. Ornements, courbes et contre-courbes… C’est exactement ce que je fais ! », se réjouit la Rouennaise.

Dans l’exposition, le public peut découvrir :

  • une grande photographie de l’un de ses tatouages
  • une vidéo montrant son processus de création
  • des peintures originales, comme des œuvres à part entière

Deux peintures réalisées pour l'exposition.
Deux peintures réalisées pour l’exposition. (©Marion/punkyvonbacalhau)

Elle espère ainsi, « toucher une catégorie de personne qui n’a pas l’habitude de regarder le tatouage avec cet œil-là. »

Je veux nuancer les aprioris tranchés et montrer que le tatouage est un art légitime qui ne nie pas les autres techniques et qui s’inspire de la société dans laquelle il évolue.

Marion, dite Punky Von Bacalhau
Tatoueuse à Rouen

L’exposition n’est pas élitiste, il y a même des explications pour les petits. « C’est tout simplement de la démocratisation du dessin par le biais du tatouage », décrit Marion.

Une journée tattoo au musée

Et comme point d’orgue du projet, une journée de tatouage au musée des Beaux-Arts sera organisée le 7 mars 2026. Marion y travaillera avec deux autres artistes. Des flashs, soit des dessins prêts à tatouer, seront proposés toute la journée. « Tatouer dans un musée, c’est euphorisant ! », s’impatiente déjà la professionnelle. « On essaiera de tatouer autant que l’on pourra sur ce laps de temps court », complète-t-elle.

Les flashs dévoilés seulement quelques jours avant la rencontre, seront à réserver en amont sur le compte Instagram de Marion.

Pour elle, ce pari fou est comme « un second souffle, 20 ans après ». « C’est hyper galvanisant, je me dis que je ne suis pas un dino ! »

Salon : icone-bodyart.com / Instagram : @punkyvonbacalhau

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