De sanctions contre Israël, malgré le génocide à Gaza, il n’a jamais été question. L’Union européenne (UE) n’avait en revanche pas besoin qu’on la pousse beaucoup pour de nouveau brandir la menace de mesures de rétorsion contre l’Iran alors même que celles en place asphyxient déjà l’économie et ont des conséquences sur le quotidien de la population.
« Nous sommes prêts à proposer de nouvelles sanctions, plus sévères, à la suite de la répression à l’encontre des manifestants », a confirmé le porte-parole du service diplomatique de l’UE, Anouar El Anouni, ce 12 janvier, illustrant le fait que les sanctions sont bel et bien devenues un instrument de poursuite de la guerre par d’autres moyens.
L’accord sur le nucléaire iranien est affaibli par le retrait américain
Le but est clair : cibler le cœur du fonctionnement de l’État et favoriser une déstabilisation intérieure sans que personne ne soit tenu responsable de l’inflation ou de la dégradation des conditions alimentaires ou sanitaires.
L’Union européenne y voit un avantage. Ce type de mesures demeure moins coûteux que la mobilisation de moyens militaires, n’entraîne aucune perte humaine de son côté et passe mieux auprès de l’opinion publique. Face à la répression en cours des manifestations en Iran, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, peut aisément déclarer sur X que « l’Europe doit comprendre son devoir et la nécessité d’agir », comme elle l’avait immédiatement fait après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et préserver son image de modération quand Donald Trump n’hésite pas à déclarer qu’il « frapperait très fort » si le massacre à huis clos se poursuivait.
En Europe, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne avaient été des forces motrices pour la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), en 2015. Ce dernier avait largement été célébré comme un chef-d’œuvre de diplomatie multilatérale. Mais, le retrait des États-Unis en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump, puis le rétablissement de sanctions sévères par Washington semblent avoir laissé les Européens orphelins ; Paris, Londres et Berlin se retrouvant seuls à défendre un accord qu’ils n’avaient plus les moyens de faire fonctionner du fait d’une économie dépendante du dollar.
L’Union européenne sans pouvoir réel face à Washington
Extraterritoriales, les mesures états-uniennes ont contraint les banques et les entreprises européennes à couper leurs liens avec l’Iran sous peine de mesures de rétorsion des États-Unis. Et le mécanisme spécial Instex, censé permettre les échanges humanitaires avec l’Iran, sans passer par le dollar, n’a jamais fonctionné. Aujourd’hui, l’Europe se retrouve exclue des discussions entre les États-Unis et l’Iran sur la question du nucléaire, évoquées par Donald Trump.
L’affaire est révélatrice de l’impuissance européenne. Les Vingt-Sept peuvent bien négocier des accords stratégiques, ils ont peu de moyens de les faire vivre sans l’aval de Washington. Le JCPOA étant devenu une coquille vide, les Iraniens n’avaient aucune raison de ne pas reprendre l’enrichissement d’uranium.
C’est Esmail Baghaei, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, à Téhéran, qui fit à l’époque tomber le couperet : « Les Européens agissent comme le proxy des États-Unis et d’Israël », signant lui aussi l’incapacité des Vingt-Sept à incarner un acteur global indépendant.
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