Les liens fascinants entre l’oeuvre du peintre russe et la musique sont au coeur de « Kandinsky, la musique des couleurs ». Une exposition immersive à découvrir jusqu’au 1er février à la Philharmonie de Paris.
Et si vous pouviez voir la musique? C’est l’expérience troublante que propose l’exposition « Kandinsky, la musique des couleurs » à la Philharmonie de Paris. Fruit d’une collaboration entre le Musée de la musique et le Centre Pompidou, cette rétrospective de près de 200 œuvres plonge le public dans l’univers synesthésique du peintre russe, pour qui les sons et les couleurs étaient fortement liés.
Dès l’entrée, les visiteuses et visiteurs reçoivent un casque audio qui diffuse une bande-son adaptée à chaque section de l’exposition. Une manière ingénieuse de recréer l’expérience sensorielle qui a bouleversé la vie de Vassily Kandinsky (1866-1944) et de replacer son œuvre dans l’effervescence musicale de son époque.
Tout a commencé avec Wagner
L’histoire débute en 1896, lorsque Kandinsky, alors promis à une carrière de juriste, assiste à une représentation de l’opéra « Lohengrin » de Wagner au Bolchoï. Ce soir-là, quelque chose bascule: en écoutant les violons et les basses profondes de l’orchestre, il voit des couleurs. Cette révélation va changer le cours de sa vie et de l’histoire de l’art.
Issu d’une famille cultivée de Moscou et Odessa, le jeune Kandinsky pratiquait déjà le violoncelle et l’harmonium en amateur. Mais ce « choc Wagner », comme il le nommera lui-même, agit comme un révélateur de sa vocation artistique. Il va développer une véritable théorie des correspondances entre couleurs et instruments. Ainsi, le bleu clair évoque la flûte, le jaune la trompette et le vert le violon.
Mais au-delà de ces correspondances, c’est aussi tout un vocabulaire musical qu’il va transposer dans sa peinture. Le mot « composition » lui-même, qu’il utilisera pour titrer ses œuvres majeures, agissait sur lui, selon ses propos, « comme une prière ».
Un parcours à travers son évolution artistique
L’exposition ne se contente pas d’illustrer la synesthésie de Kandinsky. Elle retrace plusieurs décennies de son évolution artistique, des paysages russes aux dernières « Compositions », en montrant comment sa réflexion s’est affinée au contact de musiciens d’avant-garde: Scriabine, Schönberg, Stravinsky ou encore ses proches collaborateurs comme Thomas von Hartmann et Sergueï Taneïev.
Ces échanges ont nourri sa célèbre série d' »Improvisations » et de « Compositions », où le peintre réinvente le langage pictural en suivant le modèle abstrait de la musique. Contemporain de Moussorgski et des nouvelles écoles musicales russes, Kandinsky puise aussi dans le folklore de son pays natal pour enrichir sa palette.
Une salle baptisée « L’œil écoute » dévoile la discothèque du peintre: des chants de synagogue aux valses de Strauss, en passant par Bach. Kandinsky vivait littéralement dans un monde où musique et couleurs dialoguaient en permanence. Il allait même jusqu’à demander à ses proches de parler de musique en termes de couleurs!
Rendre accessible un artiste réputé difficile
L’exposition présente aussi les projets les plus ambitieux de Kandinsky. On y découvre notamment un piano optophonique qui projette des formes colorées, ses dessins pour un spectacle visuel sur les « Tableaux d’une exposition » de Moussorgski, reconstitué en vidéo, ou encore le Salon de musique qu’il a conçu pour l’exposition d’architecture de Berlin en 1931.
Une plongée dans l’univers de Kandinsky qui réussit le pari de rendre accessible, que l’on soit amateur d’art moderne, mélomane ou simple curieux, un artiste réputé difficile, en montrant comment sa quête d’absolu artistique s’enracinait dans une expérience sensorielle concrète.
Sujet radio: David Christoffel
Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente
« Kandinsky, la musique des couleurs », Philharmonie de Paris, jusqu’au 1er février 2026.