SATAN BOUCHE UN COIN

Le film 28 ans plus tard avançait systématiquement à contretemps, ce qui le rendait à la fois audacieux, excentrique, erratique et donc imprévisible. Chaque personnage semblait prédestiné à tenir une place et occuper un rôle précis dans le récit avant de faire un pas de côté inattendu, du candide Spike à son père héroïque, en passant par sa mère délirante ou l’inquiétant médecin isolé sur le continent. Le plus déconcertant restait toutefois la construction narrative, qui s’ouvrait sur l’enfance volée de Jimmy, dont on croisait ensuite le nom gravé sur un cadavre pendu, avant de le retrouver dans les toutes dernières secondes, désormais adulte et gourou d’une secte aux couleurs de Jimmy Savile.

De fait, le dernier long-métrage de Danny Boyle était autant un tour de force pour un film de franchise (refusant les écueils et facilités de l’exercice) qu’un petit vent de fraicheur pour un genre aussi ressassé que le film de zombies. Cependant, Le Temple des morts n’a pas la même fougue que son aîné, du fait d’une réalisation moins agressive et effervescente, d’un montage plus sobre et de plans souvent élégants et contemplatifs (notamment les séquences planantes entre Kelson et Samson).

Ralph Fiennes dans 28 ans plus tard : Le temple des mortsKelson les nouvelles du jour ?

Cette suite choisit de rentrer dans le rang et de suivre un chemin plus balisé en reprenant plus explicitement les codes et thématiques attendues du genre, non sans repasser par quelques étapes familières, du groupe de survivants cinglés de 28 jours plus tard à la possibilité d’un vaccin avancée dans 28 semaines plus tard.

Certes, il était préférable que la réalisatrice n’essaye pas de singer Danny Boyle et de se prêter une extravagance qui n’est pas la sienne. On devine d’ailleurs une démarche sincère et personnelle : la mémoire collective et l’oubli au centre de son Candyman, ainsi que l’incarnation de la douleur et de la colère humaine dans une figure monstrueuse et mythologique résonnent tout particulièrement dans Le Temple des morts.

28 ans plus tard : Le Temple des morts, Ralph Fiennes

Toute l’ironie tragique de cette séquence

Mais le résultat est fatalement moins singulier et impactant, exception faite de cette reprise hallucinée et délicieusement risible de The Number of The Beast d’Iron Maiden.

Le retour de Jim (Cillian Murphy) à la toute fin, comme annoncé très tôt dans la promotion, finit de ramener la franchise dans les carcans du legacyquel, surtout que Danny Boyle a expliqué que ce choix était en partie pratique, pour assurer le financement d’un troisième volet. Mais tout compte fait, ce n’est pas si grave que ça.

BONES & ALL

Le Temple des morts est moins fou et fiévreux, mais il reste tout à fait pertinent dans ce qu’il raconte du monde, et de nous. S’il n’en a pas l’exclusivité – la série britannique In the Flesh ou le film The Cured étant déjà passés par là – les réminiscences d’humanité de Samson sont prometteuses pour la suite, quand bien même le parallèle avec le parcours de Jimmy Ink est un peu trop placardé. De même pour l’opposition sans grande subtilité entre Ian Kelson et les Jimmies, et plus généralement la dichotomie entre le Bien(faiteur) et le Mal(in) au milieu duquel Spike tente de trouver sa place.

Le docteur de Ralph Fiennes occupe un rôle plus didactique par rapport à 28 ans plus tard, mais son personnage reste le pilier du récit autant que celui du Royaume-Uni, en plus d’être toujours magnifiquement interprété. Au-delà d’une simple boussole morale, il porte en lui la mémoire du passé, dont il conserve des reliques peu utiles à la survie (notamment la musique), et surtout une belle humilité (son fameux Memento Mori) qui lui permet une empathie totale.

28 Ans plus tard : Le Temple des morts jack o'connell

Tout perdre, et donc tout recentrer autour de sa personne

Cette même empathie qui agit comme un remède contre l’obscurantisme et la fatalité, ou ce qu’on croyait l’être. Selon cet enseignement, la civilisation renaîtra par le savoir et l’entraide, ce qu’augure la leçon d’histoire dispensée par Jim.

En conséquence, Kelson, dont l’athéisme est lourdement appuyé, se transcende. Il devient une figure mythique, celui-ci se comparant même brièvement à Androclès, l’esclave romain épargné par le lion qu’il avait jadis soigné. Il obtient la grâce que « Sir » Jimmy Crystal s’est octroyée, éloigné d’une réalité dont il n’a plus que des échos traumatisants et des visions déformées (à l’instar de sa fascination pour les télétubbies, qu’il décrit comme un écran dans un écran dans un écran…)

Sa morale est si dévoyée et sa foi si dénuée de sens – son père lui a dit de croire, mais sans préciser en qui ou en quoi –, qu’il va jusqu’à corrompre la notion même de charité, là où Kelson en redonne au contraire la juste définition. Malgré une légère déception, l’intérêt reste donc très vif pour l’ultime film de cette nouvelle trilogie.

28 ans plus tard : le temple des morts