Par

Léa Corbet

Publié le

13 janv. 2026 à 18h55

La tempête Goretti, qui a balayé la Manche la semaine dernière, a laissé derrière elle un paysage d’arbres arrachés, de routes coupées… et de commerces à l’arrêt. Pendant plusieurs jours, des milliers de foyers ont été privés d’électricité. Pour les petits commerces alimentaires, les conséquences sont catastrophiques.

La boucherie d’Anneville-en-Saire a perdu 25 000 euros

Installés depuis quatre ans, Théo et Gretha n’avaient jamais vécu cela. La boucherie d’Anneville-en-Saire a été plongée dans le noir du jeudi 8 janvier 2026 à 22 heures jusqu’au samedi 10 à 21 heures et n’a toujours pas ouvert depuis.

« Les frigos étaient en panne, la chambre froide a grimpé en température. Les aliments ont dépassé les 6 °C alors que la limite sanitaire est de 4 °C », explique Gretha.

Dès le vendredi soir, les températures de certains produits atteignaient déjà 10 à 12 °C.

L’issue était inévitable : tout jeter

Ce mardi 13 janvier, les deux commerçants commencent à peser les pertes : presque 1,9 tonne de viande, charcuterie, crémerie et préparations maison pour un montant estimé à 25 000 €.

Ça fait tellement mal au cœur…

Théo et Gretha, propriétaires de la boucherie d’Anneville-en-Saire

« On avait acheté une demi-bête, un demi-veau, tout était prêt pour le week-end. On ne peut rien sauver, même pas donner les carcasses au parc animalier de Montaigu-la-Brisette : l’huissier doit constater qu’on détruit tout, avec javel ou autre produits, pour l’assurance », explique le couple.

À cela s’ajoutent des dégâts matériels : tuiles envolées, gouttière cassée, moteur d’un frigo arraché, vitrine hors service.

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Trois salariés de la boucherie sont à l’arrêt

« On ne sait pas si on va pouvoir indemniser nos trois salariés (à l’arrêt). Ils avaient passé des heures à préparer la marchandise partie à la poubelle… Moralement, c’est difficile pour tout le monde. »

Après la tempête Goretti, la boucherie Charcuterie d'Anneville-en-Saire n'a toujours pas rouvert.
Après la tempête Goretti, la boucherie-charcuterie d’Anneville-en-Saire n’a toujours pas rouvert. ©DR

La trésorerie, elle, est au plus bas. « On a une chance sur deux de ne pas pouvoir rouvrir et de mettre la clé sous la porte. On n’a pas la trésorerie pour assumer la perte, payer nos salariés et racheter de la marchandise pour rouvrir… »

Habituellement, la boucherie coordonne ses congés avec celle de Réville pour laisser toujours un commerce ouvert dans le secteur.

« On devait prendre des vacances en février… mais là, on ne sait même plus si on tiendra jusque-là. »

Il faut des groupes électrogènes puissants pour les commerces.

Théo et Gretha, propriétaires de la boucherie d’Anneville-en-Saire

Pour les deux artisans, cette crise révèle une faille : « Les groupes électrogènes classiques ne suffisent pas pour alimenter quatre chambres froides. Les communes devraient pouvoir mettre à disposition des générateurs puissants lorsqu’une tempête est prévue ».

Avec une nouvelle alerte de vents violents annoncée, l’inquiétude grandit. « On n’est jamais en confiance. Une autre coupure, et c’est fini pour nous. »

À La Rauvillaise, « tout a été perdu, sauf l’équipe »

À la boulangerie La Rauvillaise de Rauville-la-Bigot, les propriétaires décrivent « des moments très difficiles ». La coupure a commencé dans la nuit de jeudi à vendredi. Résultat : fermeture totale vendredi, samedi et dimanche jusqu’à midi, et « toute la marchandise perdue ». Ils viennent tout juste de rouvrir ce mardi 13 janvier.

« C’est la deuxième fois que ça arrive, déjà en 2023. Mais jamais si longtemps », explique Angélique, encore secouée.

On n’est pas sereins du tout. En plus, c’était le week-end de la galette : un moment crucial pour notre chiffre d’affaires.

Angélique Le Sauvage, propriétaire de La Rauvillaise

Le couple attend le passage de l’huissier pour pouvoir chiffrer les pertes : « On sait juste que tout doit être jeté ».

Mais ils retiennent un message d’espoir : « Ce que nous n’avons pas perdu en revanche, c’est notre équipe. Présente immédiatement, venue nous soutenir sans hésiter, là à chaque heure pour aider, reconstruire, prendre des nouvelles… Votre solidarité nous a profondément touchés », expriment-ils sur Facebook.

La boulangerie d’Acqueville souhaite une reconnaissance de catastrophe naturelle

Pour Sandra Auguin, responsable boutique de la boulangerie d’Acqueville, deux jours de fermeture ont suffi à provoquer des pertes importantes : « Tout était déjà poussé. Les pâtes prêtes pour le four ont dû être jetées. Deux jours sans les utiliser, c’est trop ». La toiture et des carreaux ont aussi été endommagés. L’avenir dépendra d’une éventuelle reconnaissance de catastrophe naturelle, qui permettrait une meilleure indemnisation.

Les assurances ont du pain sur la planche

Au-delà des pertes individuelles, la tempête Goretti révèle la fragilité des petits commerces alimentaires ruraux, pour qui quelques jours sans électricité suffisent à mettre en péril des années de travail. Dans la Manche, les artisans espèrent désormais des réponses rapides des assurances…

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